Un virage autoritaire inédit dans l’histoire des démocrates américains

Les élections de mi-mandat ont lieu mardi aux États-Unis. Le politologue Philippe Langlois dresse le bilan des deux premières années de l’administration de Joe Biden, un président-marionnette dont se servent les va-t-en-guerre et les wokes.

Samedi le 5 novembre 2022, à 14:05

Les élections de mi-mandat ont lieu mardi aux États-Unis. Le politologue Philippe Langlois dresse le bilan des deux premières années de l’administration de Joe Biden, un président-marionnette dont se servent les va-t-en-guerre et les wokes.

 

Il est monnaie courante au sein de la droite américaine de voir des accusations de «traîtres» ou de «communistes» être lancées contre l’establishment du Parti démocrate. 

 

S’il est aisé de voir la grandiose incompétence de l’administration Biden, ces accusations simplistes tombent à plat et n’arrivent pas à cerner les récentes transformations du Parti démocrate. 

 

Celui-ci n’a pas grand-chose de communiste, mais il est en réalité peut-être pire encore: un amalgame incohérent de tendances idéologiques de la culture politique américaine…

 

Aussi embarrassant que Trump

 

Soulignons d’emblée une chose: bien que nous utilisions le terme «administration Biden», il est de plus en plus évident, même pour les médias démocrates, que s’il a déjà été un politicien efficace et redoutable, Biden est maintenant un vieillard aux facultés cognitives affaiblies qui peine à lire ses discours. 

 

Joseph R. Biden Jr peine maintenant même à remplir son rôle de marionnette politique manipulée par les membres de son administration.

 

Il est au pouvoir, car l’establishment du parti devait trouver une figure assez notoire pour battre Bernie Sanders à l’interne et Trump aux présidentielles. C’est une réussite, mais les États-Unis sont maintenant coincés avec un président qui multiplie les moments de sénilité dignes d’une comédie burlesque de mauvais goût.

 

Pour gérer le comportement embarrassant de Biden, les porte-paroles de la Maison Blanche ont recours à des procédés qui ressemblent étrangement à ceux de leurs prédécesseurs républicains. 

 

Rappelons-nous que lorsqu’il était président, Donald Trump multipliait les déclarations intempestives et improvisées que son administration devait ensuite justifier devant les médias. Aucun mensonge, exagération ou révisionnisme n’étaient alors négligés: «Non le président voulait dire que…». 

 

Maintenant, lorsque Biden grommelle des propos incohérents, affirme qu’il n’y a pas d’inflation, qu’il redéfinit le terme de récession, ou encore, qu’il essaie de parler à une parlementaire décédée, ses porte-paroles accourent pour justifier ou réviser a posteriori ses propos avec des arguments qui ont aussi peu de sens que les affirmations de leur patron. 

 

Mais plutôt que d’avoir à justifier les envolées à l’emporte-pièce d’un Trump impulsif, la Maison-Blanche doit maintenant justifier les délires déconnectés d’un Biden intellectuellement perdu.

 

Une politique étrangère néo-conservatrice

 

Ce n’est pas simplement en termes de communication que les démocrates plagient les républicains. Leur politique étrangère est directement influencée par les néo-conservateurs. 

 

Cette frange de l’élite politique américaine est normalement principalement campée chez les républicains et a comme philosophie de maintenir à tout prix la domination américaine sur le monde, avec une forte tendance à utiliser la puissance militaire pour arriver à ses fins. 

 

Les néo-conservateurs voient en particulier la Russie, la Chine et dans une moindre mesure l’Iran comme des adversaires qu’il faut constamment étouffer et contenir. Ils méprisent la diplomatie et semblent toujours prêts à envenimer une délicate situation géopolitique plutôt que de la désamorcer.

 

Bien que les invasions catastrophiques de l’Irak et de l’Afghanistan aient démontré les limites de la voie de la force brute, les démocrates ont manifestement les oreilles grandes ouvertes aux discours va-t-en-guerre des neocons, comme le démontre l’attitude extrêmement belliqueuse de Washington dans le cadre du conflit en Ukraine ou encore envers la Chine. 

 

Certains politiciens démocrates croient maintenant que les États-Unis peuvent faire face à un double conflit larvé ou même ouvert avec ces deux pays, ce qui est une aberration. 

 

Dans un discours récent, Biden a affirmé que les États-Unis n’avaient jamais été aussi près d’un conflit nucléaire avec la Russie depuis la crise des missiles cubains, mais cela ne semble pas avoir poussé son administration vers une solution pacifique. On parle pourtant de la possible auto-destruction de l’humanité…

 

Une aile «woke» encombrante  

 

Le Parti démocrate étant depuis des décennies une coalition réunissant les différentes tendances gauchistes de la société américaine, il reflète la transformation des valeurs progressistes à travers le temps. Celles-ci ont toujours tourné autour de la sociale-démocratie et d’une certaine forme d’État providence, mais aussi autour des valeurs anti-racistes, féministes et «anti-oppression». 

 

Or, ces quinze dernières années, ces valeurs se sont largement radicalisées pour en arriver à former l’idéologie «woke» que l’on connaît de nos jours. Cette idéologie, à la base des safe spaces sur les campus, a élargi sa sphère d’influence pour s’établir solidement dans plusieurs milieux académiques, universitaires, scolaires, culturels (comme Hollywood).

 

Le wokisme domine même dans l’administration publique de certaines villes et États démocrates comme New York ou la Californie.

 

De par leurs actions parfois radicales (voir les émeutes raciales de 2020), leurs positions idéologiques extrêmes (la dissolution post-moderne du genre qui prétend que les hommes peuvent avoir des utérus et porter des enfants) ou encore leur tendance à vouloir supprimer les idées et propos qui les dérangent (la cancel culture), les wokes, bien que très actifs, rebutent particulièrement les républicains et même une partie importante des démocrates. 

 

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Le parti se retrouve en fait dans une position difficile où il doit satisfaire les besoins idéologiques de cette base animée et motivée tout en ne décourageant pas son électorat moins radical. 

 

Le parti a de plus en plus de mal à gérer cette contradiction, puisqu’il est maintenant aux yeux de plusieurs celui des wokes, ce qui pourrait lui coûter cher au niveau électoral. 

 

Sanitarisme et autoritarisme

 

Partout en Occident, la pandémie a été un prétexte pour l’une des plus spectaculaires répressions des libertés et droits démocratiques depuis des décennies. 

 

Dans la plupart des pays occidentaux, les mesures sanitaires ont reçu une large approbation de l’élite politique, mais les États-Unis ont été un des rares endroits où une force politique majeure (le Parti républicain et la droite en général) a résisté et dénoncé ces mesures. 

 

Le parti démocrate lui, au contraire, s’est lancé à fond de train dans le sanitarisme, ce qui a créé une très forte polarisation entre les deux camps politiques qui perdure jusqu’à maintenant.

 

Or, si au début de la pandémie, il existait un certain consensus social autour des mesures sanitaires, ce consensus fond comme neige au soleil depuis plusieurs mois. Pourtant, le Parti démocrate semble déterminé à persister dans son histoire d’amour avec l’autoritarisme étatique qui caractérise le sanitarisme. 

 

De l’établissement de la vaccination des enfants comme condition d’accès à l’école publique aux restrictions de plus en plus assumées de la liberté d’expression au nom de la guerre aux discours haineux et à la désinformation, le Parti démocrate a pris un virage particulièrement autoritaire, inédit dans son histoire.


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Cet abandon de la liberté comme valeur fondamentale de la société américaine est lourd de conséquences. Cela plaît à la tendance woke, qui y voit une opportunité pour étendre son safe space à l’ensemble du discours public, mais bien des Américains, parmi lesquels des démocrates, y voient une dérive perturbante qui pourrait les faire décrocher. 

 

Par exemple, parallèlement à tous les discours anti-racistes, comment ne pas remarquer que dans la ville très démocrate de New York, une large majorité d’Afro-Américains non vaccinés se sont donc vus refuser pendant plusieurs mois l’accès aux endroits publics et même aux universités?

 

Il est alors ironique de constater que le parti qui a combattu la ségrégation raciale durant les années 60 a instauré une nouvelle forme de ségrégation médicale qui à nouveau frappe de nombreux Afro-Américains. Ceux-ci on l’habitude de voter massivement pour les démocrates, mais l’autoritarisme du parti pourrait lui faire perdre ce vote pourtant très loyal.

 

Un phénomène occidental

 

Wokisme, néo-conservatisme, autoritarisme et même trumpisme… La transformation du Parti démocrate en une étrange courtepointe d’idéologies radicales et difficilement compatibles reflète en réalité la transformation un peu partout en Occident du progressisme et d’une grande partie de l’élite politique. 

 

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En effet, une analyse semblable pourrait très bien être réalisée du Parti libéral du Canada, du macronisme français ou même du Parti conservateur britannique. 

 

Le sanitarisme a permis de révéler et d’accentuer cette tendance déjà bien présente en 2019. 

 

À ce qui a déjà été mentionné, on peut ajouter une relation très étroite et franchement douteuse avec le pouvoir corporatif (Big Pharma ou Big tech par exemple), de la corruption systémique, une obsession plus ou moins saine avec les changements climatiques et toujours le réflexe d’imposer de force sa vision prétendument supérieure du monde au restant de la société.

 

Par contre, aux États-Unis et en Occident, le nouveau «progressisme» incarné entre autres par le Parti démocrate démontre de plus en plus de faiblesses qui sont exploitées avec beaucoup d’opportunisme par diverses forces conservatrices. 

 

On le voit en Italie avec la nouvelle présidente, Giorgia Meloni, au Canada avec Pierre Poilièvre et aux États-Unis avec le Parti républicain qui, si on en croit les sondages, devrait malmener les démocrates le 8 novembre. 

 

Cela donne à penser que ce qui se fait appeler «gauche» en Occident est en train de préparer sa propre chute en donnant des armes et en prêtant flanc à ses adversaires.