Environnement, économie, identité, Covid-19: quel bilan tirer du dernier débat des chefs à Radio-Canada?
Jeudi soir dernier se tenait le deuxième débat des chefs de la campagne électorale provinciale dans les locaux de Radio-Canada. Il faut dire que le premier débat a été globalement décevant, surtout compte tenu des deux dernières années de Covid-19 qui n’ont presque pas été abordées.
En effet, que ce soit en raison de la pandémie ou de l’inflation, les Québécois ont vécu et vivent des temps difficiles. La crise sanitaire, le pouvoir d’achat, le vieillissement de la population et la pénurie de main-d’œuvre sont des enjeux majeurs qui nécessitent d’être débattus avec discernement.
Des questions sans réponses
Pourtant, au premier débat, les spectateurs ont assisté à un méli-mélo cacophonique sans réponses ni solutions. D’ailleurs, l’arbitrage de Pierre Bruno était de piètre qualité, l’animateur ne se gênant pas pour outrepasser sa neutralité et lancer des flèches politiques.
C’est pourquoi le débat hébergé par Radio-Canada ne pouvait pas être pire. En raison du format équitable ainsi que de la rigueur de Patrice Roy, nous avons assisté à un bien meilleur exercice démocratique.
Cela étant dit, que doit-on en retirer?
Tout d’abord, il est manifeste que l’environnement prend une place de plus en plus importante dans les engagements des partis, notamment en ce qui concerne la réduction des GES.
L’environnement au cœur du débat
Legault mise sur l’hydroélectricité tout en projetant de construire de nouveaux barrages, ce qui incite Anglade à l’accuser de «passéisme».
Déclaration presque passé inaperçue, François Legault a récemment affirmé que l’offre d’électricité risquait de décliner dans les prochaines années au Québec, ce déclin énergique pouvant rimer avec une forme de décroissance. Ce qui ne l’a pas empêché au dernier débat de condamner les projets de décroissance de Gabriel Nadeau-Dubois.
De son côté, GND profite de la vague «d’éco-anxiété» chez les Québécois en affirmant qu’il s’agit de «l’élection de la dernière chance », un procédé foncièrement démagogique qui cherche à amplifier le sentiment de panique.
Du côté d’Éric Duhaime, il est le seul à prôner l’exploitation des hydrocarbures afin de financer la transition énergétique, diversifier les ressources, mais aussi afin d’exporter nos ressources en sol européen.
Depuis la guerre en Ukraine, nos alliés européens, en particulier l’Allemagne, cherchent à combler leurs besoins en gaz naturel.
Paradoxalement, une telle posture était originellement celle de François Legault au début de son mandat, ayant finalement opté pour un projet de loi visant à d’interdire l’exploitation des hydrocarbures.
L’économie au second plan?
On ne peut aborder les préoccupations des Québécois sans passer par l’économie. En effet, l’inflation cause beaucoup de stress chez nombre de familles québécoises.
Sur ce point, Duhaime offre les baisses d’impôts les plus généreuses tout en offrant une suspension de la taxe sur l’essence.
En revanche, Québec solidaire s’enfonce dans l’étatisme en annonçant leur volonté de taxer davantage la classe moyenne et ceux qu’ils considèrent comme «les plus riches».
Sur ce point, François Legault attaque avec virulence Gabriel Nadeau-Dubois, se posant en défenseur de la classe moyenne contre un certain péril réglementaire et fiscal. Legault n’hésite pas à qualifier le projet solidaire de «pays des merveilles».
De façon similaire, Éric Duhaime accuse ouvertement Québec solidaire de «socialisme». Il est donc intéressant de constater que, malgré la polarisation entre la CAQ et le PCQ, ils réussissent à faire front commun lorsque vient le temps de s’opposer à Québec solidaire.
Les systèmes hospitaliers et scolaires ont aussi été au cœur du débat. La pénurie de main-d’œuvre est un enjeu majeur qui pose problème quant à la saine prestation des services. Rappelons que Québec impose le niveau de taxation le plus élevé en Amérique du Nord.
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Mais Legault se montre intransigeant quant à la hausse des seuils d’immigration, estimant qu’il faille garder des seuils modérés sans quoi le français fondra comme neige au soleil. Jumelé aux lois 21 et 96, ce type d’approche n’est probablement pas le meilleur incitatif pour inviter les immigrants à venir s’établir et contribuer à la société québécoise.
Une identité payante
Pourtant, la population est vieillissante et le taux de natalité est particulièrement faible. Cependant, l’approche identitaire semble lucrative pour François Legault, cherchant manifestement à gruger le vote du Parti québécois en stimulant la fibre nationaliste.
Paul St-Pierre Plamondon monte la surenchère en proposant un taux d’immigration encore plus bas, mais aussi en soulevant la promesse d’un référendum. Il n’est pas du tout certain que cette posture soit gagnante dans l’immédiat sachant son peu de pragmatisme et de réalisme.
La pandémie toujours absente
Encore une fois, la pandémie et sa gestion ont été peu abordées durant le débat, ce qui est consternant compte tenu du profond impact de cet épisode sur la vie des Québécois, épisode qu’on cherche manifestement à oublier.
Cette distraction étant à son avantage, il est pratiquement certain que François Legault reprendra le pouvoir le 3 octobre, probablement grâce à une députation écrasante. La tendance semble bien difficile à renverser.
Tout dépendra donc du rapport de force entre la CAQ et les oppositions.
Éric Duhaime a poursuivi sur sa lancée, moins nerveux et plus en contrôle que lors du premier débat. Il cherche à se présenter comme une alternative crédible capable d’implanter un autre type de modèle, plus efficace et performant. Ses rassemblements sont les plus dynamiques des partis politiques à l’heure actuelle.
François Legault, lui, est plutôt à la recherche du consensus et du statu quo tout en promouvant une économie verte et un nationaliste identitaire. En somme, il est le parfait représentant du modèle québécois, cherchant à réparer ses lacunes à partir des mêmes outils défaillants.
Québec solidaire se pose comme étant la formation la plus radicale et révolutionnaire sur le plan écologique, munie d’un projet afin de réglementer et imposer de façon plus significative la population québécoise.
Paul St-Pierre Plamondon joue beaucoup sur les émotions d’une utopie souverainiste, la grande majorité de son plan dépendant d’un hypothétique référendum. D’ailleurs, le PQ court un risque d’extinction avec la possibilité d’un seul député aux prochaines élections.
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Finalement, quant à Dominique Anglade, son optimisme et son enthousiasme peinent à cacher un parti en difficulté. Autrefois le véhicule de l’efficacité économique et du fédéralisme assumé, le rôle du PLQ consiste désormais à sauver les meubles dans la mesure du possible.
Définir quelle sera l’opposition officielle est donc une tâche ardue en cette période de recomposition.
Cela dit, après deux ans de censure autour de la Covid-19, nous pouvons enfin nous réjouir d’avoir assisté à une véritable expression démocratique et pluraliste, ce qui est une bonne nouvelle en soi.











