Toronto Orange mécanique

Un policier monte la garde sur les lieux d'une fusillade survenue sur Danforth Avenue à Toronto, le 23 juillet 2018. Photo: Cole Burston pour l’AFP.

Mardi le 24 mai 2022, à 12:30

Le système de transport public de Toronto semble connaître une épidémie de criminalité caractérisée par des attaques fortuites, sans mobile et sans lien entre elles, analyse notre journaliste Henri Chevalier. 


Le soir du 7 avril dernier, Kartik Vasudev, un étudiant étranger de 21 ans, a été froidement abattu à la station de métro Sherbourne de la Toronto Transit Commission (TTC), l'agence chargée des transports en commun, alors qu'il se rendait à son travail à temps partiel. 

48 heures après, le 9 avril, aux environs de 18h, c’est au tour d’Elijah Eleazar Mahepath d’être fauché par la mort dans des conditions tragiques. La victime est criblée de balles et ne survit pas en arrivant à l’hôpital. 

À première vue, ces deux meurtres à la fois terribles et alarmants paraissent indépendants l’un de l’autre, mais derrière ces crimes se cache le même assaillant, Richard Jonathan Edwin.

Une semaine plus tard, le 17 avril, une vidéo partagée par le média local de BlogTO diffuse les images suivantes: une femme de 39 ans, marchant sur le quai de la station, se fait violemment  poussée sur les rails. La victime est grièvement blessée par la chute et son agresseur, une femme, est arrêté le soir suivant pour tentative de meurtre.
 

Des mobiles mystérieux

 

Dans ces trois cas, ce qui frappe la police de Toronto, c’est le caractère aléatoire et improvisé de ces crimes. 
 
Le sergent-détective Terry Browne de la brigade criminelle du Toronto Police Service décrit le meurtre de Mahepath et Vasudev comme «une rencontre fortuite, un moment fortuit». Il ajoute: «pour des raisons que seul le suspect connait, ces deux personnes ont été victimes ce jour-là, et sont maintenant mortes».

L’aspect hasardeux derrière ces deux crimes se retrouve aussi dans la vidéo diffusée par le média local BlogTO, dans laquelle on peut voir la victime être poussée sans aucune hésitation sur les rails du métro par son assaillant.

Insécurité en hausse


Bien que la police de Toronto ait retrouvé chez Richard Jonathan Edwi des armes à feu chargées, pointant un meurtrier particulièrement bien équipé, ces faits montrent un passage impulsif à l’acte criminel marqué par une improvisation détachée de toute conscience, comme si le geste reflétait l’humeur journalière d’un délinquant agissant au gré de ses caprices. 

Des comportements dignes des personnages d’Orange Mécanique? 
 
Véritable série noire dans la Ville Reine, ces trois événements témoignent d’une accélération de cas de violence à travers le système de transports publics de la ville, avec une multiplication d’incivilités et d'agressions. 

En juin 2021, comparant la moyenne mensuelle d’interruptions de service en période pré-pandémie (2017-2020) avec la moyenne lors de la pandémie (2020-2021), le Toronto Star partage des statistiques inquiétantes qui dévoilent une réalité d’insécurité grandissante.


Des usagers et employés agressés

 
Malgré une baisse du nombre d’usagers pendant la pandémie, le nombre d’interruptions de service causées par une agression contre un employé ou un usager a explosé. 

Entre la période pré-pandémie (2017-2020) et la période pandémie (2020-2021), les agressions contre les employés de la TTC ont augmenté de 49% et contre ses usagers de 34%.

Ce sentiment d'insécurité est aussi visible sur les réseaux sociaux. Certains Torontois commencent à exprimer une certaine peur vis-à-vis de leur propre sécurité, avec des tweets dénonçant des comportements anormaux et violents qui rendent l’ambiance particulièrement lourde dans les transports publics.

Les chiffres et les faits divers sont là: le droit à la sécurité des Torontois est fragilisé et un malaise sociétal s’est installé dans la métropole ontarienne.