Implication dans la crise des opiacés, scandale autour de ses contrats en France, et une éthique qui semble aux abonnés absents, le Québec est-il imperméable aux scandales qui ont frappé McKinsey?
1,7 million de dollars, c’est le montant payé par le gouvernement du Québec à McKinsey & Company Canada pour déconfiner les Québécois. Conclu sans appel d’offres, ce contrat a permis à McKinsey de proposer plusieurs scénarios de déconfinements en lieu et place d’une institution comme l’Institut de santé publique du Québec (INSPQ). Comment un cabinet est-il capable de damer le pion à des organismes du gouvernement?
Le cabinet McKinsey est montré du doigt dans plusieurs pays comme la France et les États-Unis. Outre son implication dans la crise des opiacés et les questions soulevées par sa présence dans des pays comme la Chine, la firme est sur la sellette pour son rôle de conseil durant la pandémie de Covid-19. Pourtant, au Québec, son emploi par le gouvernement reste flou et suscite peu de réactions. Pourquoi?
Présence tentaculaire
La firme de conseil commence sérieusement à soulever des interrogations. Présente dans plus de 130 pays, elle fait affaire aussi bien avec les États que les entreprises. Cette présence tentaculaire peut être un véritable problème en ce qui a trait à la sécurité et la protection des données.
Faire affaire avec un cabinet de conseil en tant que gouvernement, c’est lui fournir des chiffres et des informations précises sur ses capacités ainsi que des données cruciales sur la population comme les tranches d’âge, la répartition de la population et des métiers selon différents critères, et même les orientations politiques afin de tenir compte des mouvements contestataires et de leurs représentants...
Faire affaire avec un cabinet de conseil en tant que gouvernement, c’est lui fournir des chiffres et des informations précises sur ses capacités ainsi que des données cruciales sur la population comme les tranches d’âge, la répartition de la population et des métiers selon différents critères, et même les orientations politiques afin de tenir compte des mouvements contestataires et de leurs représentants...
Croisées avec d’autres chiffres venant d’autres clients, il devient alors possible pour un cabinet de regrouper des statistiques et des données précises sur la population de tel pays ou province.
Par exemple, pour aider l’entreprise pharmaceutique Purdue Pharma à commercialiser son Oxycontin accusé d'avoir causé de nombreux décès, McKinsey lui a fourni la liste des médecins qui surprescrivaient les opiacés. Bref, c’est une véritable mine d’or de l’information sur laquelle est assis McKinsey et cela pose un problème réel sur le plan éthique.
«Les conflits d’intérêts ne semblent pas gêner ce cabinet»
L’autre problème vient de la trop grande disparité des clients. N’importe quelle entreprise ou institution publique peut faire affaire avec McKinsey et les conflits d’intérêts ne semblent pas gêner ce cabinet. Lorsque d’un côté, McKinsey obtient un contrat du gouvernement américain pour conseiller la FDA (Food and Drugs Administration) sur la régulation des opiacés, il conseille en parallèle un laboratoire pharmaceutique qui les commercialise.
C’est justement pour son rôle dans la crise des opiacés que le cabinet-conseil vient de payer 573 millions de dollars dans le cadre d’une entente avec 47 États américains afin d’éviter un procès, notamment sur son rôle auprès de Purdue Pharma pour la promotion de l’Oxycontin.
McKinsey a été d’accusé d’avoir fourni la liste des médecins qui surprescrivaient des opiacés selon la procureure de New York, Laetitia James. De même, le cabinet a également été accusé d'avoir conseillé à Purdue Pharma de se consacrer sur les médicaments à dosages élevés, plus rémunérateurs. McKinsey n’a ni reconnu ni infirmé les faits, ce qui empêche toute poursuite après son accord.
La tempête va toutefois se poursuivre. Désormais, les politiques américains se penchent sur son rôle auprès de la FDA qu’elle conseillait notamment sur les opiacés, tout en travaillant avec Purdue Pharma pour l’aider à commercialiser son Oxycontin.
McKinsey a été d’accusé d’avoir fourni la liste des médecins qui surprescrivaient des opiacés selon la procureure de New York, Laetitia James. De même, le cabinet a également été accusé d'avoir conseillé à Purdue Pharma de se consacrer sur les médicaments à dosages élevés, plus rémunérateurs. McKinsey n’a ni reconnu ni infirmé les faits, ce qui empêche toute poursuite après son accord.
La tempête va toutefois se poursuivre. Désormais, les politiques américains se penchent sur son rôle auprès de la FDA qu’elle conseillait notamment sur les opiacés, tout en travaillant avec Purdue Pharma pour l’aider à commercialiser son Oxycontin.
Bruit en France, silence radio au Québec
Alors que de la crise de la Covid a mis en évidence le manque de moyens des hôpitaux publics, verser des millions à un cabinet-conseil qui auraient pu être injectés dans le milieu hospitalier semble ubuesque. Difficile de trouver un chiffre précis au Québec, mais les médias français annoncent que McKinsey facturerait pour chaque conseiller un montant allant de 1500 à 2000 euros par jour.
Avec une enveloppe de 1,75 million de dollars pour élaborer des scénarios de déconfinement, il serait étonnant que le gouvernement du Québec ait bénéficié d’un prix d’ami. Entre août 2021 et janvier 2022, ce sont plus de cinq millions de dollars de contrats qui ont été signés avec McKinsey sans aucun appel d’offre.
Avec une enveloppe de 1,75 million de dollars pour élaborer des scénarios de déconfinement, il serait étonnant que le gouvernement du Québec ait bénéficié d’un prix d’ami. Entre août 2021 et janvier 2022, ce sont plus de cinq millions de dollars de contrats qui ont été signés avec McKinsey sans aucun appel d’offre.
Mais pourquoi ce qui a fait scandale en France ne suscite presque aucune réaction au Québec? Pourtant, des médias comme La Presse ont bien évoqué l’absence de transparence dans les missions confiées à McKinsey par le gouvernement Legault.
Plusieurs raisons peuvent expliquer l’absence de réaction des Québécois. La première vient du fait que les liens entre le public et le privé semblent mieux acceptés en Amérique du Nord. Ces liens sont plus ancrés dans les mœurs au Québec qu’en Europe. Aux yeux d’une partie du public, si le gouvernement choisit McKinsey, c’est pour ses compétences.
Une deuxième partie de la réponse réside sans doute dans le climat de censure entourant les décisions de la Santé publique, climat qui s’est abattu sur le Québec durant toute la pandémie.
Une deuxième partie de la réponse réside sans doute dans le climat de censure entourant les décisions de la Santé publique, climat qui s’est abattu sur le Québec durant toute la pandémie.
Des décisions plus politiques que scientifiques
Une autre question se pose au regard de l’opposition entre plusieurs professionnels de la santé et les directives du gouvernement qu’ils considéraient comme peu claires, comme le décrit une enquête de Radio-Canada. Cette opposition témoigne également du caractère plus politique que scientifique de certaines décisions du gouvernement Legault.
De nombreux médecins se sont plaints de ne pas être entendus et ont dû se résoudre à communiquer à travers les réseaux sociaux faute d’écoute des autorités. Le gouvernement aurait donc-il écouté McKinsey plutôt que des professionnels de la santé? Si l’INSPQ n’est pas assez compétent pour effectuer le travail de McKinsey, ne vaudrait-il pas mieux consacrer cet argent à le moderniser?
De nombreux médecins se sont plaints de ne pas être entendus et ont dû se résoudre à communiquer à travers les réseaux sociaux faute d’écoute des autorités. Le gouvernement aurait donc-il écouté McKinsey plutôt que des professionnels de la santé? Si l’INSPQ n’est pas assez compétent pour effectuer le travail de McKinsey, ne vaudrait-il pas mieux consacrer cet argent à le moderniser?
En France, l’élection présidentielle a donné plus de résonance au scandale McKinsey en fournissant aux adversaires d’Emmanuel Macron des arguments pour l’attaquer. Le gouvernement Macron a employé plusieurs firmes de conseil dont McKinsey pour un montant total de 2 milliards d’euros, dont 1 milliard dépensé uniquement pour 2021.
En France, McKinsey a été l’arbre qui cache la forêt, le cabinet y étant accusé également de ne pas payer ses impôts depuis 10 ans et soulève des interrogations pour avoir mis à disposition gratuitement 20 collaborateurs afin d’élaborer le programme électoral du candidat Macron.
Les adversaires d’Emmanuel Macron tenaient là un argument de poids, ce qui a permis d’amplifier le scandale. Maintenant que Macron a été réélu, la presse française s’est tournée vers d’autres sujets, et plus personne ne parle de McKinsey, ou presque.
En France, McKinsey a été l’arbre qui cache la forêt, le cabinet y étant accusé également de ne pas payer ses impôts depuis 10 ans et soulève des interrogations pour avoir mis à disposition gratuitement 20 collaborateurs afin d’élaborer le programme électoral du candidat Macron.
Les adversaires d’Emmanuel Macron tenaient là un argument de poids, ce qui a permis d’amplifier le scandale. Maintenant que Macron a été réélu, la presse française s’est tournée vers d’autres sujets, et plus personne ne parle de McKinsey, ou presque.












