Selon notre chroniqueur Simon Leduc, le nouveau chef conservateur aura trois grands défis à relever dans les prochains mois: unir son parti, séduire la majorité historique francophone et recentrer son discours.
Lors de cette joute électorale qu’a été la course à la chefferie du Parti conservateur, on a eu droit à une lutte féroce entre les deux favoris de la course: Pierre Poilievre et Jean Charest.
Le premier a accusé M. Charest de ne pas être un vrai conservateur en dressant un sombre bilan de son règne comme premier ministre du Québec.
L’élu de l’Ontario clamait haut et fort que l’ancien chef du PLQ n’était pas un vrai conservateur, mais un libéral, et a dénoncé les problèmes éthiques auxquels il a été confronté de 2003 à 2012 durant son règne comme premier ministre québécois.
Tandis que M. Charest a traité son adversaire de politicien populiste à la sauce américaine et d’être ultra partisan.
Depuis le départ d’Andrew Scheer, rappelons que le mouvement conservateur est très divisé entre les libertariens, l’aile progressiste et la droite sociale.
Rassembler un parti divisé
Le premier défi du nouveau chef conservateur sera d’unifier toutes les factions derrière lui malgré son score écrasant de 68%. Poilievre devrait tendre la main au caucus québécois qui a majoritairement appuyé Jean Charest durant la course au leadership.
Afin de calmer le jeu, M. Poilievre pourrait nommer à des postes importants, dans son éventuel cabinet fantôme, des élus québécois comme Richard Martel et Gérald Deltell. Il aura besoin de leurs qualités et compétences pour faire des gains en sol québécois aux prochaines élections.
Il devra faire la même chose avec les Red Tories de l’Ontario et les conservateurs sociaux de l’Ouest canadien pour leur démontrer qu’ils ont leur place au Parti conservateur du Canada.
Lors de son discours de victoire, M. Poilievre a voulu se montrer rassembleur: «Désormais, aujourd’hui, nous sommes un seul parti, qui sert un seul pays», a-t-il lancé.
Or, mercredi le 14 septembre dernier, on a appris que le bureau du nouveau chef conservateur avait envoyé un texto aux militants conservateurs de Richmond-Arthabaska: «ALERTE: Votre député Alain Rayes vient de quitter le Parti conservateur. Il a décidé de ne pas combattre l’inflation de Trudeau avec l’équipe unie de Pierre Poilievre. […] Appelez son bureau dès maintenant et dites-lui de démissionner de son poste de député», lit-on dans le texto, qui comprend le numéro de téléphone du bureau de circonscription de M. Rayes.
Le soir du 14 septembre, le PCC s’est excusé sur Twitter auprès des membres conservateurs du comté d’Alain Rayes. Mais le mal était fait.
On peut dire que cela commence bien mal pour le nouveau chef des conservateurs fédéraux. C’est ce genre d’attitude autoritaire et mesquine que M. Poilievre doit absolument éviter.
S’il veut être perçu par les Canadiens comme un premier ministre en attente, il devra apprendre à être rassembleur et à adoucir son style qui est très intransigeant en ce moment. Ce sera tout un défi pour un homme qui semble adorer son style bagarreur.
Tendre la main aux Québécois
Pour hausser ses chances de devenir premier ministre, le chef conservateur devra reconnaître et respecter les éléments fondamentaux de l’identité québécoise: la langue et la laïcité.
D’une part, Pierre Poilievre doit respecter la volonté des Québécois de vivre dans un État laïque, alors qu’il s’oppose toujours à la loi 21.
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De ce fait, la loi 21 ne devrait pas être remise en question par un éventuel gouvernement conservateur dirigé par M. Poilievre. Ce dernier a le droit de s’opposer personnellement à la laïcité, mais il devra accepter le fait qu’elle est importante pour la nation québécoise.
Concernant la langue française, le leader de la droite canadienne semble comprendre son importance au Québec. Contrairement à ses deux derniers prédécesseurs, M. Poilievre maîtrise très bien la langue de Molière et ce sera un atout primordial pour lui au Québec lors de la prochaine campagne électorale.
Il pourra facilement communiquer avec les Québécois lors du débat en français. Lors de son discours du 10 septembre dernier, il a déclaré: «les conservateurs de partout au pays ont beaucoup à apprendre des Québécois. Les Québécois défendent leur patrimoine, leur culture et leur langue».
De même, s’il devient premier ministre, Pierre Poilievre devrait s’engager à donner plus de pouvoir à Québec en matière d’immigration. Cela lui permettrait de se démarquer du gouvernement centralisateur et intransigeant de Justin Trudeau, qui s’y oppose farouchement.
Recentrer son discours
Lors de la course au leadership, Pierre Poilievre prônait clairement des idées et valeurs conservatrices. C’est normal, car il courtisait les militants conservateurs.
Maintenant qu’il est le chef du PCC, il devra démontrer qu’il représente une alternative sérieuse et crédible au gouvernement Trudeau.
En conséquence, M. Poilievre doit se recentrer afin d’aller chercher l’appui des populations des banlieues de Toronto, lesquelles sont plutôt centristes et loin des points de vue polarisants.
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On ne demande pas à M. Poilievre de renier ses principes conservateurs, mais de s’élever au-dessus de la mêlée et devenir premier ministrable. Stephen Harper a réussi cela et a été premier ministre du Canada pendant dix ans.
Le nouveau leader de droite devra utiliser essentiellement la même stratégie que Stephen Harper en 2005-2006. Lors des élections de 2006, M. Harper avait centré sa campagne électorale sur cinq points précis et cela avait attiré les électeurs canadiens.
Pierre Poilievre devrait proposer des politiques simples et claires comme réduire le fardeau fiscal des contribuables, exploiter nos ressources naturelles afin de créer de la richesse, combattre la hausse du coût de la vie avec des mesures fiscales ciblées pour la classe moyenne, etc.












