M. Poilievre, oserez-vous freiner l’escalade en cours?

Montage par LM.

Mardi le 2 avril 2024, à 11:50

L’animateur Guillaume Ratté-Côté invite Pierre Poilievre à s’élever au-dessus de la mêlée pour placer prochainement Ottawa dans le rôle de conciliateur dans la guerre en Ukraine. Et si le Canada pouvait contribuer à nouveau à la paix dans le monde?

 

Plus personne de sérieux ne vante les mérites de la guerre en Irak pour avoir empêché l’utilisation d’armes de destruction massive. Dans quelques années, plus personne ne dira que la guerre en Ukraine était «pour sauver la démocratie». 

 

Et comme dans le premier cas, il faudra des centaines de milliers de personnes tuées, et encore plus d’estropiés à vie, pour en venir à cette conclusion. 

 

Pourtant, si le Canada savait tirer profit de la latitude acquise à titre de satellite des États-Unis et l’utilisait savamment à ce moment précis, le monde pourrait éviter de dévaler cette pente savonneuse plus allègrement.

 

Mais bon, il ne faudra pas compter sur Justin Trudeau pour faire quoique que ce soit perçu comme à contre-courant de la «tendance» occidentale. Il sera toujours le plus béat conformiste.

 

Poilievre le pacifiste?

 

Alors, que pouvons-nous faire? Miser sur Pierre Poilievre? Peut-être! Voici un message pour lui.

 

Monsieur Poilievre, à titre de nouveau premier ministre, vous aurez le choix d’être embrigadé dans un schème qui aura toutes les apparences d’être la seule voie possible, ou de passer à l’histoire comme le leader qui a su éviter un troisième conflit généralisé en Europe, en sachant penser en dehors de la boîte ne serait-ce qu’un minimum.

 

La première option vous sera présentée comme inévitable de plusieurs façons. 

 

Les alliés s’entendent pour dire que Poutine pourrait continuer sa course ailleurs en Europe si l’Ukraine en venait à tomber. Il faudrait affaiblir ce tueur et criminel de guerre pendant qu’on le peut encore. Parce que les impératifs électoraux le commandent. 

 

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Parce que les renseignements américains et leur puissant lobby militaire, auxquels notre Défense semble carrément subordonnée, le réclament. Ou simplement parce que des dirigeants alliés seront tombés dans le piège d’un engrenage pourtant facile à prévoir au départ. Dans ce dernier scénario, il n’y aurait donc rien à faire. Ce sera la catastrophe générale. Cette Troisième Guerre mondiale tant redoutée. 

 

Toutefois, en amont, tout est encore possible! Mais commençons par la logique. Poutine ne sera jamais en mesure de conquérir l’Europe, ni même quelques petits pays limitrophes, et la comparaison avec Hitler ne tient pas la route. Simple: si tel était le cas, le chef du Kremlin n’aurait pas passé deux ans à obtenir des succès somme toute mitigés près de sa propre frontière. À ce compte, il prendrait bien 20 ans à gagner l’Alsace-Lorraine! 

 

Poutine a beau être un leader autoritaire se permettant de tuer des opposants, se lancer à la poursuite de tous les dirigeants du genre sur la planète, évidemment, n’est aucunement envisageable pour les pays de l’OTAN.

 

Une guerre profitable au Canada?

 

Comme vous le savez, nous devons agir dans nos intérêts. L’affaiblissement de la Russie est-il aligné avec les intérêts canadiens, en vue d’accaparer une certaine proportion de ses ventes d’hydrocarbures à l’Europe? Rien n’est si simple. 

 

Ce serait là miser sur des marchés qui, loin d’être émergents, fourniront une faible croissance, une fois acquis. Il vaudrait probablement mieux nous concentrer sur les pays asiatiques et même africains. Des marchés qui d’ailleurs sont bien moins enclins à s’auto-saboter en multipliant les mesures schizophréniques anti-énergie. Il resterait à conquérir l’amitié de ces gouvernements.

 

Et cela, l’électorat est en mesure de le comprendre. Souhaiter éviter la guerre n’est pas complaisant envers Poutine. Et ne fragilisera pas les positions des pays qui ne lui sont pas naturellement favorables. Ce serait même l’occasion de reconstituer les stocks de munitions! Et de nous assurer que les pénuries actuelles ne se reproduisent plus dans l’avenir.

 

Mais surtout, de permettre au peuple ukrainien de se remettre de la pire saignée démographique de son histoire depuis l’Holodomor.

 

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M. Poilievre, avec un peu de stratégie, de vision et d’ambition, vous pourriez contribuer à éviter de reproduire les cycles pathétiques qui ont ravagé l’Europe des siècles durant au gré des hubris princiers, tout en travaillant à redonner au Canada une place enviable dans le système international, bien au-dessus de son statut de simple satellite des États-Unis.

 

Il s’agirait peut-être simplement de proposer un plan de paix convenable aux deux parties qui tiendrait compte honnêtement de leurs intérêts propres. Et soumettre une proposition de composition de force de maintien de la paix avec laquelle les deux camps seraient à l’aise.

 

L’exemple canadien de Suez

 

Cela peut sembler simpliste, mais vous n’êtes pas sans savoir que pareille initiative, provenant d’ailleurs du Canada, a déjà servi à préserver le monde d’un autre potentiel holocauste nucléaire, à l’occasion de la crise de Suez, en 1956. 

 

À cette époque, l’initiative était venue du Parti libéral de Louis St-Laurent et Lester B. Pearson, mais aujourd’hui, bien des électeurs aux sympathies conservatrices ont la fibre pacifiste. Cette initiative serait même susceptible d’attirer nombre d’indécis et d’électeurs libéraux déçus de voir Trudeau jouer les va-t’en guerre depuis deux ans.