Les jeunes, une priorité de la CAQ? Le décrochage toujours en hausse

Photo: Michael Loccisano pour l'AFP.

Mercredi le 31 août 2022, à 16:10

Le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge persiste dans son approche jovialiste en affirmant que tout se passe bien dans les écoles et que le la lutte au décrochage est prioritaire. Pourtant, l’ensemble des données disponibles le contredisent.

 
Sans grande surprise avant les élections d’octobre 2022, le ministère de l’Éducation n’a rendu aucune donnée officielle sur le décrochage scolaire depuis l’année 2019-2020. 
 
Pourtant, une majorité des 72 centres de service scolaire ont été en mesure de fournir individuellement leurs chiffres, pour chacun des élèves ayant abandonné l’école avant la fin de leur parcours secondaire, et ce, depuis deux ans. 
 

32% de plus de décrocheurs 

 
On estime donc jusqu’à présent que le décrochage scolaire a augmenté de 32% pour l’année 2020-2021 et de 29% pour l’année 2021-2022, ce qui représente plus de 1000 décrocheurs supplémentaires par année!
 
M. Roberge peut bien tenter de se défendre en affirmant avoir injecté 19 millions de dollars pour la santé mentale des élèves et avoir bonifié l’accessibilité aux programmes de tutorats, mais c’est plutôt par leur absence que brillent les supposés services aux élèves lorsque l’on vit la réalité sur le terrain.
 
À titre d’exemple, le nombre de plaintes s’étant rendues jusqu’au ministère de l’Éducation avait presque doublé en 2021 par rapport à 2017, passant de 194 à 369. 
 
Parmi celles-ci, l’un des principaux enjeux identifiés porte sur le manque de services aux élèves à risque ou aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation et d’apprentissage. 
 
Pendant ce temps, les demandes de services dans le secteur privé explosent, puisque de nombreuses écoles indiquent ne pas être en mesure d’offrir l’aide professionnelle dont le jeune pourrait avoir besoin, que ce soit en orthopédagogie, en orthophonie, en psychologie, ou encore en psychoéducation. 
 
Il est certain que lorsqu’un professionnel se retrouve obligé de diviser son temps de travail entre six écoles différentes, ce dernier n’est pas en mesure d’offrir un service optimal et de qualité à tous les élèves qui pourraient en avoir besoin. 
 

Une combinaison de facteurs à considérer

 
Il va sans dire que la pandémie a joué un rôle majeur dans la hausse du décrochage scolaire au Québec. Pour tous les jeunes vulnérables, principalement ceux qui vivent des situations difficiles à la maison, l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage et de socialisation, c’est aussi un facteur de protection significatif. 
 
Si certains enfants et adolescents ont la chance d’évoluer dans un milieu familial aisé, qui leur offre toutes les conditions nécessaires à leur épanouissement personnel, ce n’est malheureusement pas le cas pour chacun d’entre eux. 
 
La violence domestique, les abus psychologiques, la santé mentale fragilisée, la consommation excessive et la pauvreté font partie du portrait d’un nombre significatif de familles au Québec. 

 

Covid-19: la socialisation sur pause 

 
Avec la fermeture des écoles et l’interdiction de socialiser, l’arrêt des sports et des activités parascolaires ont fait partie des principaux éléments ayant affecté négativement la motivation scolaire de milliers d’élèves. 
 
L’enseignement à distance ne permet pas d’identifier facilement l’élève qui ne mange pas le matin avant le début des classes ni celui qui n’a pas dormi de la nuit, car il s’inquiétait de ce qui pouvait lui arriver. 
 
Les caméras fermées ne montrent pas non plus l’élève qui joue aux jeux vidéo pendant son cours, ou encore celui qui s’est recouché faute d’intérêt à passer sa journée derrière un écran. 
 
Si l’inflation a tendance à faire disparaitre progressivement la classe moyenne, au détriment des pauvres qui s’appauvrissent tandis que les mieux nantis s’enrichissent, la fermeture des écoles a eu un impact similaire sur les jeunes dans les écoles. 
 
L’écart entre les élèves qui performent et ceux qui vivent des difficultés ne cesse de se creuser, alors que les élèves dans la moyenne basculent plutôt d’un côté ou de l’autre. 
 

Le marché du travail trop attractif?

 
La conjoncture actuelle avec la pénurie de main-d’œuvre et les salaires élevés pousse également les employeurs à offrir des conditions de travail particulièrement intéressantes pour les jeunes. 
 
Avec des horaires faits sur mesure et des salaires de 20$ de l’heure sans diplôme de secondaire 5 exigé, la voie de la facilité peut devenir le chemin de prédilection pour certains jeunes. 
 
En effet, sans motivation et aide dont ils ont besoin à l’école pour leur faire vivre des réussites, le décrochage scolaire guette les jeunes les plus vulnérables. 

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Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, le taux de décrochage scolaire est d’ailleurs proportionnellement plus élevé chez les jeunes qui travaillent plusieurs heures par semaine, en même temps que leurs études. 

On estime que chez les garçons et les filles qui travaillent 21h et plus par semaine, c’est respectivement 41% et 24% d’entre eux qui s’exposent au risque de décrocher de l’école.
 
Une fois de plus, le Québec déclasse les autres provinces canadiennes en matière de décrochage scolaire et les nouvelles données post-pandémie n’auront rien pour améliorer la situation. 
 
Fait intéressant, l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans dans notre province, tandis que l’Ontario, qui a d’excellents chiffres en matière de diplomation, l’est jusqu’à 18 ans. 
 
Nous sommes également parmi les seuls du continent nord-américain à ne pas disposer d’un âge minimum légal pour le travail des enfants, contrairement à nos voisins du sud où celui-ci varie entre 14 et 16 ans. 
 
Somme toute, il reste donc légitime de douter que la jeunesse fasse réellement partie des priorités au Québec.