Le monopole public en santé ne fonctionne pas

Photo: Petal Blog.

Mardi le 5 mars 2024, à 11:45

Médecin de famille et urgentologue, président de la Commission politique du PCQ, Karim Elayoubi défend l’instauration d’une pratique médicale mixte au Québec. La peur du privé ne rend pas notre système plus performant ni plus égalitaire.

 

Malgré ses promesses électorales de 2022, le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, semble vouloir poser encore plus de barrières à la pratique médicale et empêcher les médecins d’exercer, à la fois dans les secteurs privé et public, ce qu’on appelle la pratique mixte, une méthode en place dans les systèmes de santé européens les plus efficaces et performants.

 

Si le réseau public québécois n’arrive pas à subvenir à la demande croissance, ce n’est pas parce que des médecins consacrent plus d’heures au réseau privé. 

 

Le Québec en queue de peloton 

 

Le Québec, malgré un investissement par habitant en matière de santé qui est supérieur ou égal à ses pairs de l’OCDE et des restrictions déjà lourdes à la mixité, affiche une performance nettement inférieure pour l’accès aux soins de première ligne et aux chirurgies électives, ainsi que pour les délais d’attente aux urgences. 

 

Plusieurs pays font bien mieux, parmi lesquels la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Australie, tout en offrant une approche beaucoup plus libérale quant à la pratique mixte des médecins et un accès universel aux soins.

 

La littérature scientifique démontre que les médecins qui exercent dans les pays qui permettent la pratique mixte ne mettent pas moins d’heures dans le réseau public, souvent parce que le réseau public leur permet de traiter des cas plus complexes et professionnellement stimulants. 

 

Empêcher les médecins québécois de pratiquer au public les démotivera et les encouragera à aller pratiquer ailleurs. 

 

Et puisque les centres médicaux spécialisés privés du Québec ont une gestion plus performante des plateaux techniques, permettant à de nombreux chirurgiens d’opérer jusqu’à deux fois plus de patients par unité de temps, empêcher les médecins québécois du privé de pratiquer au public allongera l’attente au public et pourrait causer un exode permanent de plusieurs d’entre eux vers des juridictions plus accueillantes.

 

Pour ceux qui craindraient malgré tout un «écrémage» du public en faveur du privé, on pourrait exiger que les médecins passent un nombre minimum d’heures par semaine dans le public. 

 

Cette approche de mixité recueille un consensus de la majorité de citoyens selon un sondage IPSOS publié en 2022. 

 

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D’ailleurs, une enquête auprès des médecins québécois a démontré que plus de la moitié (51%) des médecins spécialistes étaient prêts à travailler quatre heures par semaine dans le secteur privé; cela, tout en souhaitant à 68% que le gouvernement impose un minimum de 35 heures de travail dans le secteur public avant d’offrir des heures dans le secteur privé.

 

Au minimum, le Québec devrait offrir cette possibilité aux médecins non participants qui proposent leurs services au même coût que ceux qui œuvrent dans le régime public, ainsi que pour les patients dont l’attente est jugée déraisonnable au sein du secteur public. 

 

Si le Québec levait l’interdiction actuelle de rémunérer un médecin non participant avec des fonds publics pour la prestation de soins assurés, la carte d’assurance maladie permettrait aux patients d’avoir accès aux médecins non participants.

 

Un système déjà inégalitaire 

 

Nous avons un système à trois vitesses au Québec: le premier pour les mieux nantis qui se font soigner au privé, le deuxième pour une partie de la classe moyenne qui a un capital social, c’est-à-dire des contacts et qui se fait soigner plus rapidement et le troisième groupe, le commun des mortels, qui doit faire la queue dans la liste d’attente. 

 

La question qu’on peut se poser est la suivante: vaut-il mieux tous attendre très longtemps au nom de l’égalité absolue? Ou bien améliorer notre système en acceptant un minimum d’inégalités (déjà présentes dans notre système) tout en soignant l’ensemble de la population mieux et plus rapidement?