Le mondialisme démonté de A à Z

Le président français Emmanuel Macron (à droite) accueille le premier ministre canadien Justin Trudeau (à gauche) au 19e Sommet de la Francophonie au château de Villers-Cotterêts en France, le 4 octobre 2024. Photo: Ludovic MARIN pour l’AFP

Samedi le 4 janvier 2025, à 11:20

Dans un ouvrage essentiel dont on espère une traduction française, le penseur argentin Agustín Laje expose chirurgicalement les fondations du globalisme, qu’il qualifie de «plus ambitieux projet politique jamais vu».

 

Dans Globalismo, Agustín Laje livre une critique rigoureuse et captivante du globalisme (la plupart du temps mondialisme en français), une idéologie visant à restructurer en profondeur les sociétés à travers une gouvernance mondiale exercée par des organisations comme l’ONU et le Forum de Davos.

 

«Le globalisme est l’aboutissement d’une vision technocratique selon laquelle le pouvoir politique s’arroge la tâche de donner à la société une forme abstraite qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui le détiennent», écrit-il dans cette somme de 589 pages. 

 

Des designers de sociétés

 

D’abord, il en retrace les germes dans les excès de la Révolution française pour s’attaquer à un courant qui, désormais conjugué à la «religion politique» du wokisme, veut transférer la souveraineté des États à une élite pseudo éclairée.

 

Au cœur du projet globaliste se trouve la figure de l’ingénieur social. Pour celui que nous avons déjà interviewé, cet acteur clé entend sculpter des sociétés ainsi transformées en pâte à modeler pour élites déconnectées. 

 

Il écrit: «L’ingénieur social est un créateur, tant d’hommes que de sociétés: il redessine les traditions et coutumes, il redéfinit les valeurs et principes; il censure des croyances pour en imposer de nouvelles […]; il intervient dans le domaine du langage pour imposer un nouveau vocabulaire et proscrire l’ancien; il dissout les liens établis entre les personnes pour les remplacer par d’autres formes de relation sociale.»

 

 

L’auteur argentin Agustín Laje et son livre Globalismo. Photo: Infobae.

 

 

Menées bien sûr au nom du progrès, ces transformations s’accompagnent d’un encadrement accru des individus, justifiant la censure de voix dissidentes et la mise en place de programmes gouvernementaux destinés à façonner l’opinion publique

 

La pandémie comme tremplin

 

L’auteur rappelle que la Covid a offert un exemple frappant de l’application de cette ingénierie sociale globalisée, avec des mesures de contrôle imposées quasi uniformément partout sur Terre. 

 

Ladite crise sanitaire a aussi contribué à normaliser un état d’urgence dont le propre est de suspendre les libertés au nom d’une urgence à combattre. Fondé sur la peur, cet état d’exception permanent sert aujourd’hui les ambitions de certains écologistes rêvant d’instaurer une sorte de confinement climatique, ici encore au nom de la santé publique, et non de la nature en tant que telle.

 

De l’ONU à Davos

 

Agustín Laje analyse ensuite le rôle des institutions supranationales dans l’imposition de ce courant. L’agenda 2030 de l’ONU représente pour lui la quintessence du plan globaliste visant à «habituer» les peuples à leur propre dépossession. 

 

C’est toujours au nom de l’environnement et de grands principes comme l’égalité des «genres» (non plus des sexes…) que des changements non réclamés sont initiés par des États moins souverains que complices.

 

Avec ses initiatives techno-utopistes comme la «Grande réinitialisation», le Forum économique mondial travaille parallèlement à l’uniformisation des normes, des cultures et des mentalités à l’échelle planétaire. C’est sans doute la grande arnaque du culte de la Diversité: plus on en fait la promotion, moins elle survit concrètement. 

 

Ces organisations ont peut-être divers objectifs de coopération louables, elles tendent néanmoins à concentrer le pouvoir entre les mains de quelques acteurs influents qui jouent les chefs d’orchestre sous couvert de «philanthropie».

 

Contre le globalisme, l’union des droites

 

Pour riposter à cette vaste offensive, Laje propose une réponse articulée autour de «la Nouvelle Droite», un courant qui doit selon lui s’employer activement à regrouper sous les mêmes étendards le libertarisme, le conservatisme et le souverainisme. 

 

Ne devant pas être confondue avec la Nouvelle Droite représentée en France par le philosophe Alain de Benoist, la Nueva Derecha se veut une réponse adaptée au contexte latino-américain et plus largement occidental. Et même mondial? «Le globalisme oblige les patriotes à se globaliser», constate-t-il.

 

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Laje n’insiste pas là-dessus dans cet ouvrage, mais en Argentine, Javier Milei semble avoir réussi à fédérer ces trois courants pour offrir une alternative solide à la «caste».

 

Si Milei est d’abord et avant tout un économiste «libertarien», rappelons que sa vice-présidente, Victoria Villarruel, incarne un conservatisme bien argentin sans lequel il n’aurait sans doute pas pu être élu.

 

Aux États-Unis, le duo Trump-Musk incarne lui aussi à sa façon cette alliance entre les droites pouvant mener à la victoire. 

 

Un clivage brouillé… mais encore pertinent

 

L’auteur de 35 ans dénonce aussi le processus de «privatisation du politique» permettant à des firmes comme McKinsey de court-circuiter les élus en prenant certaines décisions à leur place. 

 

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C’est donc dire que la droite de Laje est loin de se limiter à une simple défense du «capitalisme», encore moins d’un capitalisme de surveillance qui se sert du traçage et des données (l’identité numérique) pour faire des profits en s’harmonisant aux projets liberticides des États-jouets. 

 

Si Laje défend encore la pertinence du clivage gauche-droite, n’est-il pas paradoxal que ce soient les moins «progressistes» qui dénoncent aujourd’hui les excès du «Grand Capital», comme les pressions exercées par Big Pharma pour promouvoir la vaccination de masse pendant la pandémie?

 

Globalisme occidental, conservatisme oriental

 

Bien que l’auteur laisse en suspens cette perspective, il faut souligner que des pays comme la Russie, la Turquie, la Chine, l’Inde et l’Iran poursuivent des objectifs divergents, parfois ouvertement opposés à ceux de l’Occident globaliste. 

 

Vladimir Poutine est passé maître dans l’art d’opposer la Russie traditionaliste à l’Occident décadent, comme le montre bien Jean-François Caron dans un récent ouvrage. La guerre en Ukraine met en lumière le fossé séparant un bloc occidental progressiste et des puissances orientales prônant une vision du monde plus conservatrice.

 

Sans proposer un modèle beaucoup plus respectueux des libertés, ces puissances font contrepoids à un globalisme qui n’est donc pas encore tout à fait hégémonique.