Xi Jinping sera à San Francisco ce mercredi pour rencontrer Joe Biden. Selon le politologue Roromme Chantal, Pékin et Washington doivent définir d’urgence des zones de convergence pour éviter une escalade pouvant déstabiliser l’ordre international.
Professeur de science politique à l’Université de Moncton, Roromme Chantal est spécialiste de la vie politique chinoise de l’auteur du livre Comment la Chine conquiert le monde (PUM, 2020).
Xi Jinping sera à San Francisco ce mercredi pour rencontrer son homologue Joe Biden. Quels sont les objectifs de cette rencontre pour les deux dirigeants?
Roromme Chantal: «Tout d’abord, ces deux pays se doivent de trouver des modalités pour mieux coopérer.
Depuis quelques années, ces deux États se retrouvent dans une situation très difficile qui suscite d’énormes craintes sur la scène internationale. Il s’agit de la plus importante relation bilatérale du XXIe siècle. Les États-Unis demeurent la première puissance mondiale sur les plans militaire et économique, tandis que Chine est la deuxième puissance qui aspire à obtenir la pole position.
Au début du XXe siècle, la transition qui a vu les États-Unis détrôner le Royaume-Uni comme première puissance mondiale s’est bien déroulée, car ces deux pays partageaient essentiellement les mêmes valeurs démocratiques. Aujourd’hui, la Chine et les États-Unis préconisent des valeurs assez différentes: autoritaires et démocratiques respectivement.
À chaque fois qu’une nouvelle puissance émerge dans le système international et remet en question la position de la puissance établie, les risques qu’il y ait une guerre mondiale sont très élevés.
Actuellement, il y a beaucoup de tensions sur la scène internationale: la guerre entre Israël et le Hamas, le conflit en Ukraine, le programme nucléaire iranien, la question de Taiwan, le dossier nucléaire nord-coréen, etc.
Il est urgent pour les deux grandes puissances de se comprendre, d’identifier des foyers de tensions et de mieux communiquer pour éviter des dérapages potentiellement catastrophiques pour elles et le reste du monde. C’est ce que les présidents Biden et Jinping vont tenter de faire à l’occasion de cette rencontre bilatérale.»
Quelle est la position de la Chine sur la guerre entre Israël et le Hamas?
Roromme Chantal: «La Chine a une position de peacemaker. C’est-à-dire qu’elle tente de se positionner en alternative à un leadership américain qu’elle a toujours critiqué dans cette région du globe. Il ne faut pas oublier que la Chine a été à l’origine, de façon spectaculaire, d’un accord entre l’Iran et l’Arabie-Saoudite. Ce succès diplomatique a surpris le reste du monde.
La Chine n’approuve ni ne désapprouve les agissements du Hamas.
De plus, les Chinois entretiennent de bonnes relations avec Israël. Dans ce contexte, la Chine n’a pas l’expérience américaine dans cette région et n’est pas en mesure de surclasser son ennemi américain. Toutefois, la Chine a un rôle important à jouer au Moyen-Orient, car elle a beaucoup renforcé ses liens avec les pays de la région sur les plans économique et sécuritaire.
Sur les plans sécuritaire, technologique et économique, la Chine a développé de très bonnes relations avec les dirigeants israéliens.
Cette vaste région regorge de pays dont les régimes respectifs ressemblent davantage au régime chinois qu’à celui des États-Unis. Alors, ce sont des États qui privilégient une coopération avec la Chine. Dans cette optique, Pékin a peut-être un rôle diplomatique pacifique à jouer entre les pays de la région.
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Lors de leur rencontre, Joe Biden va demander à la Chine de convaincre les différents pays de contribuer à la paix dans la mesure du possible. Il faut savoir que les Américains ne jouissent pas d’une bonne réputation dans la région en raison de leur appui inconditionnel à l’État hébreu. Ce n’est le cas de la Chine qui a la possibilité de dialoguer avec Israël et ses voisins hostiles.»
Quelles sont les relations entre la Chine et Israël et avec la Palestine?
Roromme Chantal: «La Chine entretient des relations cordiales avec Israël. Sur les plans sécuritaire, technologique et économique, la Chine a développé de très bonnes relations avec les dirigeants israéliens. Les pays deux se sont rapprochés.
Mais parallèlement, la Chine a aussi de bonnes relations avec l’Iran… Ces deux pays sont en train de devenir des alliés. Le régime chinois a signé un accord de dizaines de milliards de dollars avec l’Iran qui est le grand ennemi d’Israël.
Un axe Chine-Iran-Russie est en train d’émerger. Cela a peut-être refroidi l’ardeur d’Israël vis-à-vis de la Chine. Malgré tout, les deux pays conservent de bonnes relations.
Concernant la Palestine, la Chine a une politique de neutralité qui vise à ne pas antagoniser les différents acteurs. Par exemple, en Afghanistan, après le retrait des Américains, Pékin a entretenu des relations officielles avec les Talibans, ce qui a conféré au régime taliban une certaine légitimité.
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En Palestine, l’Occident dit clairement que le Hamas est un groupe terroriste, tandis que la Chine garde une certaine retenue vis-à-vis de ce groupe militaire palestinien. Elle n’approuve ni ne désapprouve les agissements du Hamas.
Le régime chinois évite de prendre position clairement pour ne pas froisser les deux camps. L’absence d’une position claire permet ainsi à la Chine d’être mieux perçue par les pays de la région que les États-Unis.»













