François Legault a promis de convertir d’ici 2030 la majorité du réseau cellulaire québécois à la technologie 5G. Libre Média fait le point des risques sociétaux de la 5G avec Jean-Michel Hupé, spécialiste des enjeux liés aux technologies.
«Le Canada est en retard pour avoir la 5G», a déclaré François Legault lundi dernier, qui entend avec la création en 2022-2023 du fonds Infrastructures et données Québec (ID Québec) «réduire le fossé technologique» entre les villes et les régions.
Avec la 5G, François Legault entend non seulement positionner le Québec comme leader de l’économie verte, mais aussi comme leader de l’économie numérique. Deux objectifs qui, selon Jean-Michel Hupé, sont en pleine contradiction.
«La 5G, c’est la loi du encore plus, sans se poser la question du pourquoi et sans aucune réflexion citoyenne des choix technologiques», lâche-t-il auprès de Libre Média.
La 5G, c’est quoi?
«La cinquième génération de téléphonie mobile est un ensemble de normes dans le système de téléphonie mobile qui permet de transférer les données plus rapidement, avec une plus grande capacité et plus de connexions simultanées», précise Jean-Michel Hupé.
Par exemple, les vitesses de téléchargement seraient 100 fois plus rapides que la 4G.
La grande originalité de la 5G est qu’elle est appliquée aux objets connectés de l’Internet des objets ainsi qu’aux satellites comme Starlink.
«La 5G permet d’avoir tout un tas d’objets connectés simultanément et interagissant entre eux avec des flux massifs de données numériques», explique Jean-Michel Hupé.
Mais les usages du système d’objets connectés ne font pas l’unanimité.
Par exemple, Sidewalk Labs, le projet de ville intelligente de Google à Toronto, a été abandonné dû à une opposition des habitants qui étaient inquiets de la collecte de leurs données personnelles. La technologie favorise selon des observateurs le phénomène du «capitalisme de surveillance».
«Le projet de la ville intelligente, avec des détecteurs partout récoltant toutes les données possibles, est une véritable alliance entre l’intelligence artificielle, la 5G et l’Internet des objets connectés», souligne Jean-Michel Hupé.
Le numérique, plus matériel que virtuel…
«Derrière le numérique, c’est toute une économie mondialisée très matérielle avec un impact sur la planète très important, allant des émissions de gaz à effet de serre à la consommation excessive de ressources et d’énergie», explique l’auteur de Débrancher la 5G ? (Écosociété, 2022).
Aujourd’hui, le numérique pèse plus que l’aviation civile dans le monde au niveau des émissions de gaz à effet de serre.
En 2025, selon le Shift Project, le numérique pourrait représenter 5% de la consommation énergétique et 7,5% de toutes les émissions de gaz à effet de serre.
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On parle d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre de 8% par an alors que l’Accord de Paris demande une réduction annuelle de 5% des émissions.
«Il n’y a rien de virtuel dans le numérique», martèle Jean-Michel Hupé.
C’est un ensemble d’ordinateurs, d’écrans, de smartphones, de câbles en cuivre et de fibres optiques, de centres de données, de chargeurs de téléphones, d’antennes, etc.
En 2019, le numérique à l’échelle mondiale fonctionne grâce aux 34 milliards d’équipements informatiques, dont 19 milliards d’objets connectés.
Compatible avec la réduction des GES?
«La 5G n’est absolument pas compatible avec nos objectifs des émissions de gaz à effet de serre», explique le chercheur du Centre national de la recherche scientifique.
La première raison est que la 5G requiert un changement de matériel, ce qui nécessitera un renouvellement des équipements informatiques dans l’économie mondiale du numérique.
Par exemple, selon le rapport de GreenIT, 80 à 90% de l’énergie utilisée pour un téléphone intelligent est consommée par sa fabrication: le reste est lié à la consommation électrique pour recharger l’appareil.
«Ce sont surtout les étapes d’extraction des matières premières (minerais notamment) et leur transformation en composants électroniques qui induisent des impacts: épuisement de ressources abiotiques, pollutions, émissions», analyse le rapport.
C’est la fabrication des équipements des utilisateurs en particulier qui représente 76% de la contribution du numérique à l’épuisement des ressources dont des minerais.
Ce renouvellement, qui demandera une explosion de la fabrication des équipements informatiques, causera une accélération de l’augmentation de la consommation énergétique et des ressources.
Avec la 5G incitant au renouvellement du parc des appareils électroniques, le numérique sera très loin d’atteindre ces objectifs de l’Accord de Paris.
Une dynamique exponentielle
Les grands opérateurs de télécommunications aiment louer les bienfaits environnementaux de la 5G, notamment son efficacité énergétique et son faible bilan carbone.
«C’est vrai que la 5G est plus efficace énergétiquement, mais cet argument ne peut pas justifier un bilan écologique positif dans son ensemble», affirme le chercheur.
En effet, si on optait pour le même usage de la 4G avec la 5G, sans consommer plus de données, la 5G serait plus efficace énergétiquement et peut-être moins énergivore dans l’utilisation des appareils.
Mais dans un modèle de croissance comme le nôtre, la 5G multiplie les usages et les données avec plus de bandes passantes, annulant les gains d’efficacité énergétique, analyse Jean-Michel Hupé.
C’est un phénomène constant à travers notre civilisation qui s’appelle l’effet rebond. On estime que l’efficacité énergétique des réseaux 5G sera multipliée par 10 en 10 ans, là où le trafic de données pourrait multiplier entre 100 et 1000 fois.
La population n’est pas consultée
«Les nouvelles technologies ont bouleversé notre façon de vivre et d'interagir, et on n’a jamais eu de réflexion et dialogue entre citoyens de façon démocratique pour ces choix technologiques dans notre société», déplore le spécialiste.
«On ne demande pas notre consentement. Il devrait y avoir des conventions citoyennes, notamment pour discuter de la 5G», conclut Jean-Michel Hupé.
L’association Sciences Citoyennes tente de répondre à ces nécessités démocratiques grâce à ce mécanisme de convention citoyenne.
L’association Sciences Citoyennes tente de répondre à ces nécessités démocratiques grâce à ce mécanisme de convention citoyenne.











