Jordan B. Peterson devant la nouvelle Inquisition

L'intellectuel et psychologue canadien Jordan B. Peterson. Photo: page Facebook de Jordan B. Peterson.

Jeudi le 22 juin 2023, à 11:30

Jordan B. Peterson ne sait toujours pas s’il pourra conserver son titre de psychologue au Canada, refusant de se soumettre à la «rééducation» exigée par le Collège des psychologues de l’Ontario. Précisions sur une affaire déterminante.

 

Hier débutait à la Cour divisionnaire de l’Ontario la procédure de révision judiciaire opposant Jordan B. Peterson au Collège des psychologues de l’Ontario (CPO).

 

Le célèbre psychologue canadien avait été enjoint par son ordre professionnel à recevoir des cours de «rééducation». Décision qu’il combat actuellement devant le plus haut tribunal de la province.

 

Des audiences «politiques et diffamatoires» ?

 

Cette «révision judiciaire» fait donc suite à la demande expresse du principal intéressé qui avait décidé, en début d’année, de porter cette décision en appel avant la tenue des audiences disciplinaires; le but étant d’enlever au Collège la responsabilité d’enquêter sur les différentes «plaintes» dont fait l’objet le Dr. Peterson. 

 

Ces audiences sont considérées par ce dernier comme étant «politiques et diffamatoires»  puisque, dit-il, il n’a jamais reçu de plainte «durant toute sa carrière». «Ce n’est que depuis que je suis devenu une personnalité publique en 2016 que je ne cesse d’être harcelé par le Collège», explique-t-il dans une vidéo.

 

La décision de la Cour aura de graves conséquences pour M. Peterson, lequel risque de perdre son droit de pratique et, donc, le titre de psychologue «clinicien», titre auquel le premier intéressé semble tenir coûte que coûte.

 

Un ordre professionnel instrumentalisé? 

 

La procédure pour déposer une plainte ne requiert pas de la part du plaignant d’avoir été client d’un membre du CPO accusé, ni de ne l’avoir jamais été.

 

De plus, le plaignant n’a pas l’obligation d’avoir été présumément victime lui-même. Bref, toute personne peut émettre une plainte en bonne et due forme sans qu’aucune imputabilité ne vienne restreindre le risque de fausse plainte.

 

Dans ce contexte, on comprend que les risques de fausses plaintes déposées dans un but diffamatoire son très grands, surtout lorsqu’il s’agit d’une personnalité connue. Clamant son innocence, le psychologue canadien de renommée internationale avait donc décidé de combattre et de rendre publique ce qu’il qualifiait «d’instrumentalisation» du Collège des psychologues de l’Ontario à des fins politiques.

 

Les reproches du CPO 

 

Essentiellement, le Collège des psychologues de l’Ontario reproche au Dr. Peterson de s’être prononcé sur de nombreux sujets d’ordre politique et social, ce qui aurait eu pour conséquence de nuire à sa pratique de la psychologie et à la réputation de la profession en général. 

 

Après un bref examen, il semble que ce soient surtout ses prises de position sur Twitter qui lui valent l’acharnement du CPO. 

 

Retweet d’un gazouillis du chef du Parti conservateur du Canada Pierre Poilievre, critique acerbe de Justin Trudeau, objections aux menaces de la police d’Ottawa d’enlever leurs enfants aux parents manifestant lors du «convoi de la liberté», multiples critiques de la pratique de la mastectomie chez les jeunes femmes (dont le cas rendu célèbre de l’ancienne actrice Ellen Page), apparition au populaire podcast «The Joe Rogan experience» font partie de la liste des opinions du Dr. Peterson exigeant sa «rééducation».  

 

Une question de principes

 

Pouvant compter sur 7 millions d’abonnés YouTube, 4,37 millions sur Twitter et un public international assez important pour remplir des amphithéâtres partout dans le monde, certains pourraient se demander ce que le Dr. Peterson cherche à démontrer en décidant de se défendre contre cette instance.

 

À ce stade, il pourrait aisément utiliser sa réputation pour faire reconnaitre ses compétences ailleurs. Déjà perçue par plusieurs observateurs comme étant une procédure de «cancellation» contre l’ancien professeur de l’Université de Toronto et Harvard, cette manœuvre risquait fort de jeter une couche de discrédit supplémentaire sur le Collège des psychologues de l’Ontario, lequel arbore encore fièrement l’étiquette «équité, diversité et inclusion» sur son site bilingue de langue anglaise

 

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On peut comprendre la combativité de l’auteur des deux best-sellers 12 règles pour une vie lorsqu’on réalise que cette démarche s’inspire de la même philosophie que celle du résistant Alexandre Soljenitsyne pour qui le totalitarisme découle de l’accumulation des silences quotidiens de tous face à l’instrumentalisation idéologique des institutions.

 

Des ordres professionnels…et idéologiques 

 

Le contexte de la pandémie de Covid-19 a montré comment les différents ordres professionnels pouvaient facilement se faire manipuler en ce sens et collaborer unilatéralement à leur propre récupération politique sans égard à leur constitution ou propre code de déontologie. 

 

Le combat du Dr. Peterson participe à la résistance face à la liquéfaction actuelle des institutions canadiennes.

 

Une décision lourde de conséquences

 

Le jugement à venir de la Cour divisionnaire de l’Ontario dans la cause opposant le Dr. Jordan B. Peterson et le Collègue des psychologues de l’Ontario aura de lourdes conséquences au pays.

 

Si elle décidait de renverser la décision du CPO de l’Ontario de soumettre le Dr. Jordan B. Peterson à des leçons de «rééducation» médiatiques, cela impliquerait qu’elle fait prévaloir le droit constitutionnel à la liberté de conscience et d’expression devant la tentation des instances bureaucratiques des ordres professionnels à orienter les idées politiques de leurs membres. 

 

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Les droits fondamentaux seraient donc réaffirmés et le jugement ferait jurisprudence. Est-ce que cela sera suffisant pour renverser cette tendance à la censure qui s’impose de plus en plus dans notre société? On peut en douter. Toutefois, on peut penser que cela pourra éveiller les consciences et encourager d’autres scientifiques et professionnels à se tenir debout lorsque la situation l’exige. 

 

Au contraire, si la décision de la Cour entérinait les requêtes du CPO contre Jordan B. Peterson de le soumettre à une «rééducation», cela confirmerait la dérive de censure constatée par de nombreux observateurs. 

 

Le psychologue canadien n’a aucunement l’intention de suivre cette obligation et de s’infliger un quelconque corset idéologique. Cependant, la volonté de casser les voix discordantes se trouverait désormais entérinée par le plus haut tribunal de l’Ontario. Cela aussi pourrait faire jurisprudence et participer à l’effritement de l’État de droit constaté à maintes reprises durant la crise Covid.

 

Jordan Peterson a cependant déjà indiqué être prêt non seulement à acquérir un nouveau droit de pratique ailleurs, notamment au sein de l’État de la Floride. Une contestation devant la Cour suprême du Canada serait également considérée.