Censure: la ministre Proulx doit démissionner

La ministre Caroline Proulx lors d'un point de presse en 2020. Photo: page Facebook de Radio-Canada.

Samedi le 10 juin 2023, à 13:25

L’intervention de la ministre Caroline Proulx auprès du Centre des congrès de Québec pour faire annuler l’événement d’un groupe chrétien montre qu’on peut maintenant censurer toute opinion qui ne représente pas celle du gouvernement du Québec. 

 

La démocratie au Canada – et surtout au Québec – semble en chute libre. 

 

Non seulement le gouvernement fédéral adopte des lois comme C-11 et maintenant C-18 qui limiteront peut-être notre capacité d’échanger l’information sur les médias sociaux, mais la ministre québécoise du Tourisme, Caroline Proulx, intervient auprès du Centre des congrès de Québec – sur base de ses convictions partisanes sur l’avortement – pour faire annuler un événement organisé par un groupe chrétien. 

 

D’après les informations de Radio-Canada, le bureau de la ministre aurait argumenté que l’événement «n'était pas le bienvenu dans une institution gouvernementale». «Notre gouvernement est résolument pro-choix. Et c'est un sujet qui fait largement consensus au Québec», a-t-elle dit.

 

Un autre précédent grave

 

Rappelant pourtant que «la liberté d’expression, c’est la règle», Pierre-Michel Bouchard, le PDG du Centre des congrès, a lâchement cédé à la pression du gouvernement pour affirmer qu’il y avait maintenant des exceptions: «Dans ce cas-là, comme société d’État, on pense que c’est notre rôle d’adhérer à certaines valeurs dont le gouvernement fait la promotion». 

 

En d’autres mots, on peut censurer toute opinion qui ne représente pas celle du gouvernement.

 

D’ailleurs, contrairement à ce que prétend la ministre, 67% des Québécois sont contre les avortements de troisième semestre, un «service» garanti au Québec par la CAQ en opposition aux politiques de certains États américains. 

 

Rappelons qu’en février dernier, l’avortement d’un bébé viable à 38 semaines de grossesse à l’hôpital Sacré-Cœur, à Montréal, a causé une controverse. La procédure continue de choquer une partie du personnel infirmier et médical et à diviser les hôpitaux au Québec, certains employés préférant parfois quitter leur emploi plutôt que de participer à un avortement tardif. 

 

Le prétexte de l’avortement 

 

Pourtant, l’enjeu de l’avortement est un prétexte ici. La conférence à Québec n’est pas un événement pro-vie, mais une conférence chrétienne, sans focus particulier sur l’avortement, comme le montre le site de l’événement. Le pasteur Art Lucier, qui dirige Harvest Ministries, l’organisation derrière la conférence, nie le caractère spécifiquement «anti-avortement» de l’événement.  

 

Le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles, qui représente Harvest Ministries dans cette affaire, a informé la ministre que la décision serait «abusive, discriminatoire, attentatoire aux libertés fondamentales d’expression et de religion, sans l’ombre d’une justification raisonnable», même si l’événement était entièrement consacré à la question de l’avortement.  

 

 

On peut donc discriminer s’il s’agit de défendre «les principes fondamentaux du Québec».

 

-Martin Tampier, chroniqueur 

 

 

Effectivement, car le gouvernement agit contre la neutralité de l’État. Bien sûr, un parti politique peut avoir un point de vue sur tout enjeu – incluant la religion et l’avortement –, mais les lieux publics doivent rester accessibles à tous les citoyens. 

 

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, s’oppose aux avortements tardifs. Interdirait-on à son parti d’organiser des événements dans certaines salles au Québec? Interdira-t-on à l’Église catholique de tenir certains événements et à d’autres communautés religieuses – musulmanes, juives, sikhes, etc. – de se manifester publiquement?

 

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Peut-être la ministre ne comprend pas ce que signifie la neutralité de l’État et la séparation de l'Église et de l’État. Or, si la ministre ne comprend pas ces principes à la base d’une démocratie fonctionnelle, elle démontre qu’elle n’est pas qualifiée pour être ministre ni d’ailleurs pour être députée. Ses actes de nature anticonstitutionnelle devraient l’inciter à démissionner. 

 

Ce nouveau développement survient dans un contexte où la censure est déjà bien installée au Québec, comme en atteste notamment le traitement réservé au professeur Patrick Provost par l’Université de Laval. En voulant débattre de la nécessité de la vaccination des enfants avec les produits ARNm, l’université l’a censuré et suspendu à deux reprises, sans salaire. 

 

Visionnez notre grande entrevue avec Patrick Provost sur Youtube

 

Le gouvernement Legault assure être en faveur de la liberté académique au Québec, mais la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, n’est pas intervenue dans l’affaire Patrick Provost. Silence radio. L’appui du gouvernement Legault à la liberté d’expression est superficiel et motivé par des raisons électoralistes. 

 

Legault en rajoute

 

Questionné à ce sujet le 2 juin dernier, le premier ministre Legault a doublé la mise en affirmant que son gouvernement ne permettrait pas «à des groupes anti-avortement de pouvoir faire des grands spectacles dans des organismes publics». Naturellement, l’opposition à Québec, absente depuis la pandémie, n’a pas réagi à la décision inconstitutionnelle de la ministre. 

 

Au contraire, Marc Tanguay du Parti libéral, Ruba Ghazal de Québec Solidaire et Pascal Bérubé du Parti québécois ont, sans surprise, tous salué cette attaque à la liberté d’expression. Selon eux, on peut donc discriminer s’il s’agit de défendre «les principes fondamentaux du Québec». 

 

Entre-temps, l’ultimatum de la mise en demeure envoyée au gouvernement par le Centre juridique pour les libertés constitutionnelles a expiré sans réponse ce jeudi, 8 juin. Québec devra donc justifier ses actions devant les tribunaux, ce qui représente un coût important pour les contribuables. Il reste à espérer que les juges vont défendre l’État de droit.