Notre contributeur Samuel Lamarche rend hommage à l’historien Frédéric Bastien décédé le 17 mai dernier à l’âge de 53 ans.
«Les destins exceptionnels n’engendrent pas des hommes, mais de grands morts». Cette citation de l’écrivain Roger Mondoloni est particulièrement douloureuse pour moi, mais surtout pour la nation québécoise lorsqu’on réalise qu’elle s’applique à Frédéric Bastien.
Un destin inachevé, un combat loin d’être terminé pour un homme comme Frédéric possédant une fougue et une détermination à toute épreuve. Hélas, une énième perte pour la nation québécoise d'un patriote, mais surtout de son dernier chevalier.
Armé seulement de son intelligence et de sa compréhension de l’histoire, de la nation québécoise et de son destin historique, Frédéric parvenait pourtant à monter la garde devant des ennemis particulièrement coriaces.
Penseur, stratège et militant
Alors que le système de justice canadien aimait se draper dans la vertu et ses grands principes, notre compatriote s’est efforcé de dévoiler le rôle éminemment politique des magistrats canadiens.
Une attaque frontale que personne n’avait véritablement réussi à mener de manière cohérente et efficace auparavant. Une poursuite après l’autre, il maintenait la pression sur «les fédéraux» – comme il aimait les appeler – et les forçait à révéler leur véritable nature.

Stratégique, il parvenait à forcer les adversaires du Québec à venir se battre sur son terrain et en ressortait chaque fois avec une petite victoire. Une stratégie brillante: utiliser le régime canadien, ses codes, ses lois et ses coutumes pour l’affaiblir de l’intérieur.
Démontrer par le temps, les faits et l’histoire que le Canada est un géant aux pieds d’argile et que le Québec finira par ronger ses fondations. À l’instar du chevalier face à son rival, il savait utiliser tous les outils à sa disposition pour faire des gains et se rapprocher de la victoire.
Si je compare Frédéric à un chevalier, ce n’est pas simplement pour ses aptitudes politiques et sa pugnacité lors des débats et discussions auxquels il participait. C’est aussi pour son attitude, sa philosophie et sa façon de voir la politique.
Entre pragmatisme et idéalisme
Frédéric était, malgré son pragmatisme, un idéaliste. Il voyait dans la politique une noblesse que plusieurs méprisaient. Au diable le marketing politique, au diable le clientélisme!
Pour Frédéric, il fallait faire de la politique pour la nation, il fallait que les actions soient réalisées au nom de la nation. Il fallait transformer les groupes de pression, les listes d’épicerie en enjeux nationaux, il fallait que la politique donne un certain sens à notre existence, non qu’elle soit seulement un énième outil économique, utilitariste.
Un peu comme un chevalier qui, devant les horreurs de la guerre et la brutalité des combats, choisit de conserver un code moral, un idéal du chaos pour faire ressortir un certain ordre malgré tout.
Alors que ses adversaires usaient des sondages, de leur popularité ou tentaient d’offrir une nouvelle image de l’indépendance, Frédéric préférait afficher ses convictions. Alors que les militants ne voulaient qu’entendre le mot référendum, il disait qu’il fallait user de ruse.
Pendant que plusieurs voulaient remettre l’indépendance à la mode avec des concepts modernes, Frédéric estimait que l’indépendance était la fin en soi et que tout le reste n’était que diversion.
Ironiquement, alors qu’il était celui qui voulait attendre avant de déclencher un référendum, il était probablement l’indépendantiste le plus résolu du Parti Québécois. La liberté ou la mort, l’indépendance ou la disparition. Tel est le destin de la nation québécoise et cette dernière vient malheureusement de perdre un rempart sur lequel s’appuyaient plusieurs militants nationalistes.
Un travail colossal
N’est-ce pas là l’ingratitude de la vie? Pendant tout son parcours militant, Frédéric était respecté, mais aussi tenu pour acquis. Ce n’est qu’à sa mort que plusieurs ont réalisé l’ampleur de son travail pour protéger le Québec et à quel point peu d’individus possèdent la fortitude pour continuer son travail de sape oh combien ingrat.
J’aime à penser que Frédéric a touché le cœur et l’esprit de suffisamment de gens pour que son travail, ses idées persistent. J’ai espoir qu’il peut désormais parler avec les patriotes irlandais qu’il admirait tant.
En attendant, nous avons le devoir d’honorer son travail et son amour profond du Québec et de ceux qui le composent. Nous avons le fardeau historique de mener le Québec à sa destinée et de dire à nos enfants: «Regarde ce Québec renouvelé, plus responsable et plus juste, plus pacifique et plus prospère. J’ai contribué à le faire naître et j’en suis fier et je te le donne».
Pour Frédéric, pour les patriotes du passé, d’aujourd’hui et de demain, il faut continuer le combat existentiel de la nation québécoise.











