La pandémie a été un tournant dans la perception de Fleg du pouvoir et des médias traditionnels. Rencontre avec un génie de la caricature, mais aussi avec un homme humble «inquiet de la direction que prend notre société».
«Pour moi, une bonne caricature, c’est quelque chose de dense qui va brasser, faire parler et demander le moins de texte possible, quelque chose destiné à dénoncer le ridicule des situations. Le message doit être clair et concis […] Pour être un bon caricaturiste, il faut avoir un côté provocateur», résume Fleg.
De retour récemment au Québec, je rencontre Christian Daigle alias Fleg dans une microbrasserie du quartier Saint-Sauveur, à Québec, où il m’attend à une table de choix au bord de la fenêtre.
«Je ne me voyais plus retourner dans un média traditionnel»
Il y a quelques semaines, il a entamé une collaboration avec Libre Média. Ses œuvres sont déjà très appréciées de nos lecteurs, qui les repartagent souvent massivement sur les réseaux sociaux. Match parfait?
«La caricature doit servir à dénoncer les abus du pouvoir. […] Je ne me voyais plus retourner dans un média traditionnel, parce que le financement des grands médias par les gouvernements est devenu problématique», souligne celui qui a commencé à dessiner des caricatures vers l’âge de 12 ans.

Christian Daigle s’est construit une riche et prolifique carrière avant de nous rejoindre. Il a travaillé entre autres pour Le Soleil entre 2002 et 2011, pour le site d’actualité Yahoo entre 2010 et 2015, de même que pour Le Devoir en 2016. Il a collaboré avec André Arthur au réseau TQS en 2008-2009.
Il a été deux fois vice-président de l’association des caricaturistes canadiens entre 2003 et 2015. On peut consulter certaines de ses œuvres au Musée McCord Stewart, à Montréal, malgré le politiquement correct qui semble présider à des expositions plus récentes.
Le 7 janvier 2015, les attentats de Charlie Hebdo, dans les bureaux du magazine, à Paris, l’avaient déjà averti des risques que faisaient planer la censure – cette fois islamiste – sur la liberté d’expression et la pensée en général. Lecteur et adepte de Charlie depuis de nombreuses années, ce soir-là, il est bouleversé. «C’est un choc», se souvient-il.
Le tournant de la Covid
Au fil de notre conversation, il m’explique que le traitement de la pandémie par les médias l’a déçu comme créateur ayant évolué toute sa carrière dans ce milieu, mais avant tout comme citoyen. La gouvernance par décret du parti de François Legault a été pour lui «un point de rupture» dans l’histoire récente.
«Durant cette période, je ne retrouvais plus l’opinion des gens qui m’entouraient dans les médias. Nous étions comme invisibles. […] Au début de la pandémie, on ne connaissait pas encore le danger du virus alors on attendait de voir, mais à un moment donné, on s’est rendu compte que le journalisme ne challengeait plus le gouvernement», pointe-t-il.
«Période morose»
Concernant l’état du Québec, auquel il est très attaché, il déplore «une période morose» provoquée en grande partie par la gestion de la pandémie, mais aussi par l’absence «de leaders forts et de personnalités fortes» qui autrefois nourrissaient la vie politique, culturelle et intellectuelle au Québec.

Le mot qui résume le mieux la Coalition Avenir Québec, selon lui? «Opportunisme», laisse-t-il tomber.
Nouvelle ère
Dans un autre registre, il considère le «contact humain» comme l’un des principaux moteurs de l’inspiration, alors que le télétravail s’impose dans presque tous les milieux avec la révolution numérique, qui par ailleurs lui fournit de nouveaux outils graphiques et conceptuels.
«Avant il fallait découper des photos de politiciens dans les journaux pour se créer une banque à partir de laquelle travailler. Vous imaginez le genre de travail que ça pouvait représenter!».
Avec Libre Média, notre ami et collaborateur Fleg veut contribuer par son travail à la revitalisation du milieu journalistique et médiatique au Québec. Il est bien parti pour ça.













