Comment expliquer le déclin du Parti libéral du Québec?

L’ex-premier ministre du Québec, Philippe Couillard, prononce un discours lors de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP21) à Paris, le 5 décembre 2015. Photo: Eric Feferberg pour l’AFP.

Jeudi le 23 juin 2022, à 18:30

Pour notre chroniqueur Simon Leduc, le déclin du PLQ dans les sondages s’explique surtout par son abandon de la question identitaire et son virage à gauche sur le plan économique. 

 
Depuis des décennies, le Parti libéral du Québec était le parti naturel de gouvernement. Plusieurs gouvernements libéraux ont mis en place d’importantes réformes pour faire avancer le Québec vers la modernité. 

Adélard Godbout (le droit de vote des femmes en 1940), Jean Lesage (création du ministère de l’Éducation),  et Robert Bourassa (la Baie-James, l’assurance maladie universelle, la loi 22 et 178 sur la langue, etc.) ont fait leurs marques comme premier ministre du Québec.  
 
Pourtant, aujourd’hui, le PLQ n’est plus l’ombre de lui-même. Sous la gouverne de Dominique Anglade, ce dernier est devenu le parti des anglophones et des communautés culturelles, selon l’expression utilisée.
 
Dans le Québec francophone, le PLQ agonise. Comment expliquer cette descente aux enfers dans les sondages?  

Déclin du PQ, déclin du PLQ

 
De 1970 à 2018, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois se sont échangé le pouvoir. Le premier était le parti des fédéralistes et le second le parti des indépendantistes.  
 
Ce clivage fut prédominant durant cette période. Toutes les élections étaient un combat entre le OUI et le NON. Cela a permis au PLQ et au PQ de gouverner le Québec sans interruption pendant quatre décennies. 
 
La défaite de 1995 a toutefois été le début du lent déclin du mouvement souverainiste et du Parti québécois. Aujourd’hui, la question nationale n’est plus à l’ordre du jour et le PQ est aux soins palliatifs. Le PLQ ne peut plus compter sur son ennemi naturel avec lequel il partageait le pouvoir. 

Un PQ en santé est indispensable pour le PLQ et vice versa.  
 
Par conséquent, le Parti libéral a perdu sa principale raison d’être: être le rempart contre la menace «séparatiste». Sans le PQ, les libéraux n’ont pas réussi à se redéfinir et à moderniser leur discours.  
 

Le virage à gauche du PLQ 

 
Jusqu’en 2018, le PLQ était un parti politique de centre. L’économie a été le cheval de bataille de cette formation politique. De fait, les anciens gouvernements libéraux ont mis en place des politiques économiques qui ont contribué à moderniser et dynamiser l’économie du Québec: la création de la Caisse de dépôts et de placements du Québec, la nationalisation de l’électricité par l’entremise de Hydro-Québec, l’entente France-Québec sur la mobilité de la main-d’œuvre, etc.  
 
Aux yeux des Québécois, le PLQ était alors le «parti de l’économie». Mais les libéraux ont abandonné leur cheval de bataille à partir de l’arrivée de Philippe Couillard. Après la conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris, ce dernier a adopté une vision alarmiste de l'écologisme. 
 
Depuis ce temps, le PLQ s’oppose à la plupart des projets d’exploitation des ressources naturelles, ce qui va à l’encontre de la vision antérieure du parti en la matière. Ce virage coïncide également avec la préoccupation grandissante pour les changements climatiques.
 
Sous le leadership de Robert Bourassa, le PLQ a fait du développement hydroélectrique la pièce maitresse de son discours économique. À cette époque, les libéraux provinciaux créaient de la richesse afin de la redistribuer.  
 
Aujourd’hui, sous Dominique Anglade, le PLQ a sensiblement le même discours que Québec solidaire en ce qui concerne l’exploitation de nos ressources naturelles. Sur la question environnementale, le PLQ s’apparente de plus en plus à QS.

Les électeurs progressistes risquent fortement de se tourner vers QS au lieu de choisir un parti qui lui ressemble, mais en moins radical. De leur côté, les libéraux centristes, soucieux de l’économie, appuient maintenant la CAQ. Le parti de François Legault est devenu le parti de l’économie et le PLQ perd des plumes.
 

L’abandon de l’identité

 
Autrefois, le PLQ était un parti nationaliste. Sous Robert Bourassa, le Parti libéral a fait adopter des lois pour défendre l’identité québécoise: la loi 22 qui a fait du français la langue officielle du Québec et la loi 178 sur l’affichage linguistique.  
 
Il ne faut pas oublier non plus que l’Accord du Lac Meech a été proposé par un gouvernement libéral. Mais aujourd’hui, le PLQ n’entend plus vraiment protéger l’identité québécoise. Son opposition aux lois 21 et 96 sur la laïcité et la langue française le prouve bien.  
 
La survie culturelle de la nation québécoise est manifestement loin d’être la priorité des troupes de Dominique Anglade. Pour cette raison, la majorité historique francophone a tourné le dos au PLQ.  L’avenir semble donc bien sombre pour ce parti qui jadis dominait la scène politique québécoise.