Autochtones, Premières Nations, Amérindiens: mieux s’y retrouver

Des femmes autochtones attendent l'arrivée du pape François à l'école Nakasuk à Iqaluit au Nunavut, le 29 juillet 2022. Photo: Vincenzo Pinto pour l’AFP.

Mardi le 30 août 2022, à 11:30

Aujourd’hui, on emploie abondamment les termes «Autochtone» et «Premières Nations» pour parler des premiers occupants du territoire canadien, mais cela n’a pas toujours été le cas. Survol historique pour mieux comprendre leur situation.


Il est important de comprendre les différents mots ou expressions qui désignent les premiers habitants du continent afin d’en saisir l’impact et de bien les distinguer.

Une question de langue


Au Canada, le seul mot générique issu d’une langue autochtone servant à nommer les premiers habitants qui s’est imposé jusqu’à présent dans la langue française et anglaise est «Inuit», qui signifie «les gens». La langue des Inuits, l’Inuktitut, est d’ailleurs la deuxième langue autochtone la plus parlée au Canada.

La première est le cri, pour laquelle un alphabet a été créé au milieu du XIXe siècle grâce au missionnaire canadien-anglais James Evans. Certaines nations autochtones se le sont ensuite approprié, comme les Inuits, et l’ont adapté à leur langue.

Même en Amérique centrale et en Amérique du Sud, aucun mot issu d’une langue locale servant à évoquer les Autochtones n’a prévalu en espagnol ni en portugais, et ce malgré la forte présence de certaines langues comme le quechua (Andes et Amazonie) et l’aymara (Pérou et Bolivie), le nahuatl (Mexique) et le guarani (Paraguay), pourtant parlées par des millions de personnes.

En anglais, tout comme en espagnol, en français et en portugais, il n’y a donc pas de terme d’origine autochtone pour désigner l’ensemble des premiers habitants du continent! Cela témoigne d’un déséquilibre majeur du rapport de force sur le plan linguistique, et par conséquent, culturel.

La difficulté de préserver leur langue, face à l’attrait puissant de l’anglais et du français, est donc au cœur d’un conflit identitaire et ethnoculturel au sein des Premières Nations: même leur nom générique en français ou en anglais ne vient pas d’eux-mêmes. 

De ce fait, leur appellation courante fait référence à «l’envahisseur» et nourrit, pour beaucoup, une mauvaise estime de soi.

Il serait intéressant de voir si les membres des Premières Nations souhaitent créer ou promouvoir un nom dans leur langue respective qui désigne l'ensemble des Autochtones qui habitent sur le territoire canadien.

Après tout, même leur territoire ancestral, le continent américain, porte un nom européen tiré du navigateur italien Amerigo Vespucci. Imaginons le scénario farfelu suivant: c’est comme si demain, tous les habitants de l’Amérique du Nord devaient parler mandarin et que, pour se nommer eux-mêmes de façon générale, ils emploieraient un mot qui ne fait pas référence au Canada ni à l’Amérique, mais plutôt à un mot dérivé du nom d’une personnalité chinoise.


Quel mot veut dire quoi?


Commençons par l’un des premiers termes employés par les explorateurs européens: Indiens (d’Amérique). C’est d’abord l’explorateur Christophe Colomb qui a choisi ce nom, lui qui croyait avoir atteint les Indes orientales. On a d’ailleurs longtemps appelé l’Amérique centrale les «Indes occidentales», surtout en anglais. 

Puisqu’il s’agit d’une erreur historique, cette appellation tend à disparaître à l’écrit, bien qu’elle soit toujours très utilisée à l’oral en anglais comme en français, notamment par des Autochtones.

Le mot «Sauvage» a été employé dès le XVIIe siècle pour parler d’un Autochtone d’Amérique. Au Québec, il n’a aujourd’hui pas entièrement disparu de la langue courante. 

À la base, il désignait simplement toute personne qui vivait «dans la nature», de sa racine étymologique sylvestre qui signifie «forêt ». Contrairement aux autres nations européennes, les Français l’utilisaient beaucoup plus que le terme «Indien».

L’élite intellectuelle française lui a toutefois rapidement donné une connotation péjorative en lui attribuant les caractéristiques de primitif, rude ou sans finesse, par opposition à celles des peuples «civilisés», ce qui sous-entendait une supériorité morale de ces derniers. Il en va de même pour le mot «tribu», désormais remplacé par «nation».

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Il est intéressant de noter qu’aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Autochtones de l’Amérique du Nord-Est jugeaient leur mode de vie nomade ou semi-nomade supérieur sur le plan moral à celui des Européens.

Le nom «Amérindien», lui, est également plus courant en français, bien qu’il ait été emprunté de l’anglais des États-Unis au début du XXe siècle. Inventé par des anthropologues américains, il tend à s’effacer dans la littérature contemporaine à cause de son historique colonialiste. Il est toutefois généralement mieux perçu que le mot «Indien».

Les expressions «Premières Nations» et «Autochtones» sont beaucoup plus récentes. Elles remontent aux années 1960, pendant la période d’émancipation et de luttes pour les droits civiques des minorités.

L’appellation «Première Nation» est propre au Canada, et ne comprend pas les Inuits et les Métis; ceux-ci font partie de nations distinctes. C’est un terme générique qui désigne les nombreuses nations éparpillées sur l’ensemble du gigantesque territoire canadien. Aux États-Unis, on parle plutôt de «Natives» ou «Native Americans», parfois encore «Indians».

Le terme «Autochtone», lui, englobe les trois principaux groupes reconnus au Canada, soit les Permières Nations, les Inuits et les Métis. C’est le mot le plus générique en français. Ce sont les Autochtones eux-mêmes qui ont commencé à l’employer au début des années 2000, après avoir été reconnus comme tels par un traité de l’ONU.


Et au Québec?


La plupart des nations autochtones du nord-est de l’Amérique se nommaient en fonction de leur particularité géographique. Par exemple, Kanien’kehá :ka (Mohawk) signifie «Peuple des chailles». Ces nations ont souvent conservé leur nom d’origine, qui demeure cependant mal connu des populations issues de la colonisation européenne.


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Au Québec, on en retrouve onze : les Anishinabegs (Algonquins), les Attikameks, les Nehiyawaks (Cris), les Wendats (Hurons), les Innus (anciennement appelés Montagnais en français), les Inuits, les Kanien’kehá :kas (Mohawks), les Mig’maqs, les Naskapis, les Abénakis et les Wolastoqiyiks (Malécites).

En bref, si les Autochtones cherchent à se réapproprier leur nom, c’est d’abord et avant tout par fierté et pour réaffirmer leur caractère unique ainsi que leur droit à l'autodétermination.