Ce qui caractérise le phénomène Pierre Poilievre est peut-être moins son programme en tant que tel que l’énergie qu’il déploie dans un Canada aseptisé.
Samedi soir dernier, j’écoutais le discours de victoire de Pierre Poilievre en tant que nouveau chef du Parti conservateur et une chose m’a frappé d’entrée de jeu: son énergie.
L’énergie du nouveau chef, mais aussi celle de sa femme, Anaida Poilievre, qu’on a découverte dans sa prodigieuse vitalité alors qu’elle le présentait au public dans un discours trilingue (anglais, français, espagnol) loin des clichés sur le «racisme» de la droite.
Ce qui détonnait le plus, c’était l'énergie du couple Poilievre dans un pays aseptisé et woke où être tiède et fragile est presque devenu un projet.
Hors de la zone de confort
Dans un pays-chalet où des fonctionnaires font la loi en télé-pyjama, où durant la crise des camionneurs, des coups de klaxon ont presque été comparés à des bombardements et où se victimiser est devenu un sport national, l’énergie du couple Poilievre a de quoi étonner.
Dans un Canada où la notion de safe space tend à devenir une réalité, où le couvre-feu a fait sa marque au Québec et où un chroniqueur n’hésite pas à parler de «terroristes du bruit» pour décrier ce qu’il voit comme l’un des plus grands fléaux de notre époque, on comprend mieux pourquoi Poilievre dérange autant.
Il y a dans sa fougue quelque chose qui rappelle l’Ancien Monde, ce monde d’avant la PCU et du chômage encouragé, celui où il était encore permis de sortir les gens de leur monastère mental sans demander leur autorisation.
Lire notre entrevue avec le nouveau chef du Parti conservateur du Canada: Pierre Poilievre, des libertés pour accroître l’autonomie du Canada
Au Canada, c’est comme si la tempérance puritaine était devenue gage de progrès dans une sorte de tranquillement correct.
L’ardeur décomplexée du couple Poilevre fait moins appel à la faiblesse qu’à une certaine force, une valeur maintenant associée à la «masculinité toxique».
Bien sûr, les critiques constructives du programme de Poilievre sont légitimes, comme elles le sont pour tous les partis dans une démocratie comme le Canada.
Nul besoin d’adhérer au programme de Poilievre pour reconnaitre qu’il apporte un vent d'air frais dans un Canada quelque peu renfermé.
Au Québec, ses références à Dieu et son hommage à la défunte Reine déplaisent déjà à plusieurs personnes plus attachées à la laïcité qu’à la monarchie britannique.
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À noter que Pierre Poilievre est opposé à la loi 21, ce qui pourrait lui coûter cher chez les nationalistes québécois. Toutefois, sa position est cohérente avec sa conception du libéralisme marquée par une méfiance envers l’État, méfiance que la gestion de la pandémie a renforcée.
Une place dans le monde à reconquérir
Pour ma part, j’espère surtout que le nouveau chef saura aller au-delà de ses grands slogans économiques sur la #JustinFlation et sa volonté de baisser les taxes et impôts.
Il faut parler d’économie, mais pas seulement d’économie. Beaucoup de gens comptent sur lui pour défendre leurs droits contre le régime de contrôle social.
Sur la scène internationale, le Canada doit retrouver la place de choix que le gouvernement Trudeau lui a fait perdre. Le repli des Canadiens sur leur petite zone de confort rime avec le déclin de leur pays à l’échelle du globe.
Faut-il opposer de manière aussi manichéenne la liberté aux «dictatures» depuis l'avènement d'un ordre post-pandémique et multipolaire où l’Occident ne peut plus tout à fait se vanter de l’avoir défendue en toutes circonstances? Un discours plus américain que canadien rappelant la Guerre froide.
Chose certaine, l’intensité de Pierre Poilievre et de sa femme Anaida continuera de faire réagir.











