Le Parti vert du Canada, une formation «d’extrême centre»?

L’ex-chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, arrive au débat des chefs au Musée canadien de l'histoire à Gatineau, le 10 octobre 2019. Photo: Dave Chan pour l’AFP.

Vendredi le 5 août 2022, à 15:30

Après l’échec électoral de 2021, le Parti vert du Canada a déclenché une course au leadership pour trouver un successeur à Annamie Paul. Quel avenir pour la formation écologiste?


Après son échec retentissant de 2021, le Parti vert du Canada (PVC) va-t-il faire un virage à gauche ou rester confortablement au centre du spectre politique? Pour ses militants, que signifie le probable retour de l’ex-chef Elizabeth May à la tête du parti?

Libre Média en a discuté avec le chef du Parti vert du Québec et activiste écologiste, Alex Tyrrell, expulsé selon lui de la course à la chefferie pour son point de vue sur la guerre en Ukraine.

Simon Leduc: Pourquoi avez-vous été expulsé de la course à la chefferie du Parti vert du Canada?

Alex Tyrrell: «L’establishment du PVC m’a expulsé de la course pour deux raisons.  

Tout d’abord, ma position pacifiste sur la guerre en Ukraine n’a pas plu aux dirigeants du parti. En mars dernier, j’ai clairement dit que le Canada devrait négocier avec les deux camps afin d’arriver à un compromis mutuel pour mettre fin à ce conflit militaire. 

De son côté, le PVC a appuyé la politique d’armement de l’Ukraine mise en place par le gouvernement libéral de Justin Trudeau.  

Ensuite, en 2019, la Elizabeth May et le PVC ont pris une position favorable aux sables bitumineux de l’Alberta. Ces derniers voulaient qu’on investisse de l’argent public pour la construction de raffineries dans le but de raffiner plus de pétrole, et ainsi, exploiter des produits à valeur ajoutée plutôt que brute. 

Le PVC voulait aussi garder ouverts les sables bitumineux jusqu’en 2050 pour la production d’énergies fossiles et les produits pétrochimiques.  

Pour ma part, j’ai toujours été un activiste pour la paix et contre les sables bitumineux. En conséquence, en 2019, j’ai dû prendre mes distances de la position officielle du Parti vert fédéral. J’ai fait connaître mon opposition sur les réseaux sociaux et dans les médias nationaux.  

Trois ans plus tard, je me fais donc recadrer pour mes prises de position par un parti qui est supposément libre de discipline interne!

En gros, je me suis fait expulser de la course parce que je n’ai pas tenu la ligne du parti dans les dossiers de la guerre en Ukraine et de l’exploitation du pétrole.  

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Je crois que les dirigeants du parti veulent barrer la route aux candidats de gauche comme moi. 

Je ne suis pas le seul qui a subi ce sort. Lors de la course de 2020, deux candidats écosocialistes ont été expulsés, car Mme May voulait que sa candidate, Annamie Paul, devienne chef. Les ténors du parti ont eu peur du niveau d’appui que les candidats de gauche pourraient recevoir dans cette course au leadership.  

Il y a vraiment un fossé important entre la base militaire progressiste et l’establishment centriste. Je crois que l’establishment du PVC veut un couronnement d’Élizabeth May.»

Lors des élections fédérales de 2021, le PVC a perdu la moitié de ses appuis. Comment expliquez-vous ce grave échec électoral?

Alex Tyrrell: «Je pense que l’establishment est en train d’envoyer le parti au bord du précipice. Elizabeth May a fait des erreurs qui ont nui au parti: une position ambiguë sur l’avortement, sa position sur les sables bitumineux, positionner le PVC au centre, etc. 

Lors de la course au leadership de 2020, Mme May a appuyé une candidate qu’elle souhaitait contrôler. Annamie Paul avait très peu d’expérience politique et elle n’avait pas une longue feuille de route comme activiste écologiste. Tout cela a mené un fiasco électoral du scrutin de 2021.»   

Que doit faire le Parti vert du Canada pour rebondir aux prochaines élections générales?

Alex Tyrrell: «Premièrement, il faut que l’establishment permette un réel débat d’idées au sein du parti au lieu de vouloir imposer sa vision et sa candidate. Elizabeth May se positionne comme le sauveur du parti après l’échec de 2021 et les ténors vont tout faire pour qu’elle soit couronnée.  

Il faudrait que la course actuelle soit ouverte aux candidats écosocialistes. Un vrai débat d’idées sera sain et positif pour le PVC. Dans cette perspective, on pourrait choisir un chef solide qui aura été choisi par la base militante et non pas par l’establishment.

Le PVC devrait avoir le courage de s’assumer comme parti écologiste et progressiste au lieu de se positionner à l'extrême centre de l’échiquier politique.»