«Joe Biden veut affaiblir la Russie pour se concentrer sur la Chine»

Le président Joe Biden écoute les remarques du président finlandais Sauli Niinisto et du Premier ministre suédois Magdalena Andersson dans la roseraie de la Maison-Blanche, le 19 mai 2022. Photo: Chip Somodevilla pour l’AFP/Getty Images.

Vendredi le 17 juin 2022, à 12:30

Le départ de Donald Trump et le conflit en Ukraine ont inauguré une nouvelle ère en relations internationales. Depuis Biden, quel horizon pour la politique étrangère américaine?

 

Observateur de longue date de la société américaine, Donald Cuccioletta est historien et membre de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal. Entrevue sur la politique étrangère de Donald Trump et de Joe Biden.
 
Simon Leduc: Quel bilan faites-vous de la politique étrangère de l’administration Trump?
 
Donald Cuccioletta: «Tout d’abord, le président Trump voulait solidifier ses relations avec des pays avec lesquels il avait des affinités: la Russie, le Brésil et Israël. Dès le début de la présidence, Donald Trump a clairement indiqué qu’il croyait beaucoup aux leaders autoritaires comme Vladimir Poutine et Jair Bolsonaro. 
 
Selon moi, Donald Trump était lui-même un chef autoritaire. Il voulait harmoniser ses relations avec ces trois pays qui partageaient sa vision des choses. 
 
Par exemple, il a été en mesure de consolider ses relations avec l’État hébreu et l’Arabie saoudite en signant un traité afin de créer des liens entre ces deux pays qui étaient hostiles l’un envers l’autre. Donald Trump voulait que le reste du monde soit proche de son pays, sans pour autant trop lui en demander.   
 
Il a mis en place une politique isolationniste pour tenter de reconstruire l’économie américaine et pour s’assurer que ses alliés l’aident dans sa croisade. Il a aussi posé des questions sur le plan international par rapport à la mondialisation et au libre-échange. 
 
Ce fut la base de sa politique étrangère durant son mandat de quatre ans. Il faut reconnaître que l’économie du pays a été relancée sous sa gouverne. Cependant, il faut souligner le fait que l’État américain a emprunté beaucoup d’argent et cela a fait hausser l’endettement des États-Unis.  
 
Dans les faits, Donald Trump pensait pouvoir gérer l’économie tout en gardant une certaine entente avec des pays autoritaires comme la Russie, la Chine et la Corée du Nord.»
 
Comment définiriez-vous la relation des États-Unis avec le Canada sous Donald Trump?
 
Donald Cuccioletta: «Ces deux pays ont partagé une relation misérable. Donald Trump a dominé tous les pourparlers qu’il a eus avec Justin Trudeau. Ce dernier a tenté de s’imposer face à son vis-à-vis américain, mais il a échoué lamentablement.  
 
Je vais toujours me souvenir de leur rencontre à Washington. Trump parlait tout le temps et Trudeau était assis avec les mains sur ses genoux et restait silencieux comme un petit gars devant les critiques de son directeur d’école. Trump dominait la politique en Amérique du Nord.  
 
Le premier ministre du Canada n’a pas été capable de s’imposer devant la force et l’autoritarisme de son homologue américain. Le Canada a été mis de côté et était un acteur de deuxième ordre durant la présidence de Trump.   
 
Quand Joe Biden est devenu président, les relations avec les pays se sont améliorées. Les affinités entre Justin Trudeau et le président actuels en sont pour quelque chose. Les relations sont toujours plus cordiales entre un président démocrate et un premier ministre libéral.»
 
Comment définissez-vous la politique extérieure du président Biden?
 
Donald Cuccioletta: «Le président actuel sait très bien que l’ennemi principal des États-Unis sur la scène internationale est la Chine. Malgré cela, la politique étrangère de Joe Biden est centrée sur l’isolement de la Russie. 
 
Dans sa stratégie internationale, le président démocrate a compris qu’il devait isoler le pays de Poutine pour éviter qu’il renforce son alliance avec la Chine. 
 
Joe Biden veut isoler la Russie tant sur le plan politique et économique. Le leader démocrate désire diminuer la puissance russe à travers le monde. Les trois pays les plus importants sur la planète sont les États-Unis, la Chine et la Russie. Il y a une rivalité entre les Américains et les Chinois afin de déterminer qui va dominer le monde au XXIe siècle.  
 
Joe Biden donc veut affaiblir la puissance russe, et peut-être éventuellement changer de régime en Russie afin de pouvoir se concentrer sur son véritable ennemi: la Chine. Il ne peut pas le faire tant et aussi longtemps que la Russie sera un joueur important sur la scène internationale.»