Guerre en Ukraine: les grandes coïncidences

Des soldats ukrainiens portent le cercueil d’un compagnon mort au combat à Lviv, le 18 octobre 2022. Photo: Yuriy Dyachyshyn pour l’AFP.

Samedi le 22 octobre 2022, à 17:00

Après la Covid-19, la guerre en Ukraine permet de maintenir un état d’urgence dont profitent les tenants d’un monde régi par le contrôle social... et écologique, analyse Jérôme Blanchet-Gravel.

 

Il faut être très naïf pour penser que l’unique but de Washington en soutenant l’Ukraine est de «défendre la démocratie dans le monde», un slogan auquel semblent pourtant adhérer les défenseurs les plus zélés du gouvernement de Kiev.

 

Il faut mal connaître les mécanismes de la géopolitique pour s’imaginer que les intérêts restent secondaires dans ce conflit, que ce soit du côté russe ou américain.

 

Les intérêts d’abord

 

Si les intentions de Moscou se nourrissent d’abord d’une blessure historique et ainsi, de la volonté de reconstituer une petite partie de l’empire contre l’avancée de l’OTAN, on sait que Washington veut affranchir l'Europe occidentale du gaz russe pour la forcer à se tourner vers le gaz liquéfié des États-Unis.

 

Ce projet est l’une des principales raisons qui font dire à des observateurs qu’une intervention américaine explique le récent sabotage du réseau Nord Stream reliant la Russie à l’Allemagne.

 

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Les principes des États-Unis en sont pour quelque chose dans la poursuite de cette espèce de guerre de sécession entre deux nations sœurs – il s’agit à la fois de défendre la démocratie et l’autonomie de l’Ukraine –, mais les intérêts ne sont jamais bien loin.

 

Si le seul but des Américains était de défendre la démocratie, Washington ne soutiendrait pas une présidence quasi criminelle en Haïti et n’aurait pas renversé ou tenté de renverser autant de gouvernements en Amérique latine ces dernières décennies. Entre autres exemples.

 

D’une priorité à l’autre

 

Au-delà des intérêts financiers et politiques que peuvent avoir les États pour faire la guerre, existent aussi les intérêts idéologiques, souvent complémentaires aux premiers, lesquels s’arriment avec une nouvelle sensibilité dominante.

 

Depuis la pandémie de Covid-19 et les mesures qui ont été prises pour la contrer, on peut penser que la priorité de certains États occidentaux n’est plus exactement de «défendre la liberté», mais d’être capables de rivaliser avec la Chine, dont le modèle totalitaire s’avère malheureusement d’une efficacité redoutable.

 

Certains acteurs doivent penser que l’une des seules façons de tenir tête à Pékin est d’imiter en partie son modèle.

 

De même, la priorité de l’Occident est sans doute moins de «défendre la liberté» que d’assurer la transition écologique, une idée qui elle aussi s’appuie sur une lucrative industrie, celle des énergies vertes et du télétravail.

 

Ce n’est pas une coïncidence si les mesures de confinement ont favorisé les industries bénéficiant de l’arrêt des transports et de cet enfermement à la maison, au premier rang desquelles les GAFAM et autres soutiens de la réalité virtuelle.

 

De l’urgence sanitaire à l’urgence militaire

 

Il n’est pas (encore) interdit de penser que la poursuite du conflit en Ukraine fait l’affaire de quelques puissants, ne faisant donc pas exception à la règle historique.

 

Des historiens ont montré que la Révolution française elle-même avait été encouragée par la bourgeoisie naissante, laquelle souhaitait s’affranchir du pouvoir et de l’inertie de l’aristocratie pour mettre en branle la nouvelle économie.

 

À la Révolution française, la bourgeoisie s’est vue propulsée à la tête de la nation qui voyait le jour en instaurant un ordre basé sur le droit et la propriété.

 

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En ce qui concerne la guerre en Ukraine, il n’est pas impossible que la baisse du pouvoir d’achat due à l’inflation conforte une position favorable à la décroissance de certains secteurs et à l’instauration graduelle de contrôles écologiques, permettant à une nouvelle industrie de fleurir.

 

La pandémie a apporté l’idée d’un monde fini où tous les petits gestes comptent, où tous doivent faire leur «petit effort de guerre» au quotidien pour aplatir la courbe du virus et remonter la pente du climat.

 

En Europe, le seul fait de baisser le chauffage de son salon correspond à un effort contre les Russes, mais aussi contre le réchauffement climatique.

 

En passant de l’urgence sanitaire à l’urgence militaire, on se trouve à poursuivre cette logique et à préparer l’avènement d’une société de rationnements et de limitations.  

 

Les peuples ukrainien et russe sont les principales victimes de cette immense conjoncture mêlant intérêts, principes, idées et hasards de l’histoire.