En Ukraine, la course à la reconstruction bat son plein

À Kiev

Des ouvriers rénovent un bâtiment endommagé une semaine plus tôt par une frappe de drone russe, près du centre dentaire Dobrobut (à gauche), rue Antonovycha, à Kiev. Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.

Dimanche le 11 octobre 2026, à 18:50

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En Ukraine, la course à la reconstruction bat son plein
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Alors que la capitale ukrainienne est bombardée tous les jours, certains s’activent déjà pour sa reconstruction. Le reportage de notre journaliste Alexis Brunet.

 

Yevgen Boroviy, 39 ans, n’est pas né de la dernière pluie. Depuis 2009, il dirige à Kiev l’entreprise de reconstruction Alpmontazh. Il a d’abord rénové des églises, puis, en 2014, lors de la révolution de la place Maïdan – connue aussi comme la «révolution de la dignité» –, le Trade Union Building est incendié. Il est chargé de le retaper.

 

Le 24 février 2022, à 4 h 30 du matin, il apprend que la Russie vient de lancer son invasion à grande échelle. Censé rénover le Business Center de Lukianivska, un quartier central de Kiev, il préfère ne pas y aller. Le lendemain, l’immeuble est bombardé.

 

Yevgen Boroviy devant l’ancien Business Center de Lukianivska, un quartier central de Kiev. La façade, posée par son entreprise, représente le poète ukrainien Taras Chevtchenko et reproduit un extrait de son poème Le Caucase. Les vers signifient : «Luttons et nous triompherons! La vérité est de notre côté, la gloire est de notre côté, et la sainte liberté!» Photo: Alexis Brunet pour Libre Média.

 

 

Les six mois suivants, bien des Ukrainiens vont vers l’ouest du pays, bien des hommes sont mobilisés sur le front et il n’y a presque plus de matériel de construction, l’essentiel venant alors de la Biélorussie. Les bâtiments bombardés ne sont donc pas reconstruits.

 

L’aide change la donne

 

Les choses changent début 2023 avec l’arrivée de l’aide internationale. Le ministère du Développement des communautés et des territoires lui confie quelques travaux de reconstruction à Irpin et Boutcha, villes de la région de Kiev tristement célèbres pour le «massacre de Boutcha».

 

«Une organisation caritative canadienne, notamment, a décidé de financer la remise en état de certaines maisons à Boutcha. Les fonds ont été versés aux communautés locales, qui les ont ensuite affectés à des bâtiments spécifiques», souligne-t-il.

 

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À la même époque, il est chargé de retirer les symboles soviétiques (la faucille et le marteau) de la mère-patrie, une statue de cent mètres de haut située à Kiev en bordure du Dniepr – ce fleuve qui traverse trois pays avant de se jeter dans la mer Noire et qui coupe Kiev en deux – pour les remplacer par le trident, l’emblème national.

 

«Ça devait être prêt pour le 24 août, qui est le jour de notre fête nationale. Or, nous n’avions pas de grue et peu de matériel à cette époque», se souvient-il. Avec sa dizaine d’employés et des échafaudages, il relève le défi.

 

Peu après, le programme d’aide à la reconstruction «e-Vidnovlennia» est lancé : un particulier dépose une demande de restauration et choisit un entrepreneur. Les fonds sont directement versés sur le compte de l’entrepreneur. Les entreprises privées restaurent leurs propres biens en utilisant leurs propres fonds.

 

Une facture colossale

 

Selon un rapport conjoint de Kiev, de la Banque mondiale, de l’Union européenne et des Nations unies publié le 23 février 2026, la reconstruction de l’Ukraine coûtera quelque 588 milliards de dollars sur les dix prochaines années.

 

À Calgary, le premier ministre Mark Carney a promis au président Zelensky d’«aider à la reconstruction de l’Ukraine quand la paix viendra».

 

De son côté, l’Union européenne a déjà promis de fournir 50 milliards d’euros à l’Ukraine pour soutenir «son redressement, sa reconstruction et sa modernisation».

 

Pour l’heure, Yevgen Boroviy arpente la ville en voiture entre deux alertes aériennes pour retaper des bâtiments endommagés par la guerre ou simplement vieillissants, comme c’est le cas de la cathédrale Sainte-Sophie.

 

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Alors qu’une alerte est en cours et qu’un drone Shahed à réaction vient d’être intercepté dans le ciel kiévien – ce qui provoque une explosion –, il me fait visiter au pas de course des pièces interdites au public, où il montre fièrement les fenêtres qu’il est en train de rénover.

 

Quelques jours plus tôt, le président Zelensky faisait visiter la cathédrale à Steve Witkoff et Jared Kushner, les émissaires du président Trump pour l’Ukraine.

 

Rebâtir sous les bombes

 

Au programme de Yevgen Boroviy, la rénovation de la toiture de la cathédrale de la Dormition de Kiev, visée par un drone Shahed en juin, et surtout, la reconstruction des centrales énergétiques dans les mois à venir. En réponse aux frappes ukrainiennes sur des raffineries pétrolières, la Russie a intensifié ses attaques de missiles et de drones sur Kiev dès l’été.

 

Outre les infrastructures énergétiques, des hangars d’approvisionnement en nourriture, boissons et livres, des stations-service, des immeubles d’habitation, voire des universités ou un centre dentaire privé ont été visés par des drones ou des missiles.

 

Une situation qui laisse présager que Yevgen Boroviy et ses concurrents ne chômeront pas, souligneraient de mauvais esprits.

 

«Il y a une dizaine d’entreprises de reconstruction comme nous dans le pays et nous nous entraidons régulièrement», assure pourtant cet homme avant de me montrer un hôpital pour enfants flambant neuf aux fenêtres colorées, qui se dresse sur le lieu où le précédent a été détruit par un missile russe en juillet 2024 à Lukianivska.

 

«Les établissements publics tels que les écoles, les hôpitaux et les jardins d’enfants sont généralement restaurés grâce à des fonds publics, bien que ce ne soit pas toujours le cas. Par exemple, un hôpital de Zaporijjia a été restauré grâce à un financement de l’ONU. L’hôpital pour enfants Okhmatdyt, que vous voyez, a été reconstruit grâce à des fonds de la Croix-Rouge», me précise-t-il.

 

L'urgence est dans le ciel

 

Le lendemain de notre rencontre, une dizaine d’explosions de missiles résonneront à Kiev dans la nuit. Le surlendemain, le 18 septembre, jour du début des élections législatives en Russie, deux explosions de missiles balistiques résonneront en fin de journée cette fois.

 

Par la suite, les attaques de drones seront constantes le jour, blessant ou tuant quotidiennement des civils, tandis qu’environ une fois par semaine, les nuits seront agrémentées des détonations terrorisantes des missiles – notamment balistiques, plus difficiles à intercepter que les missiles de croisière.

 

La nuit du 7 octobre, par exemple, date de l’anniversaire du président Poutine, une attaque massive de missiles visant des infrastructures énergétiques a fait 32 morts dans le pays, dont deux à Kiev.

 

Signe qu’au-delà des conférences et des promesses d’aide à la reconstruction du pays, une autre course est bien plus pressante dans cette ville de trois millions d’âmes: celle de la défense antiaérienne.