Roberto Vannacci bouscule la droite italienne avec son discours musclé sur l’immigration et les élites. Le réputé politologue Marco Tarchi décrypte son ascension et évalue sa capacité à menacer la première ministre Giorgia Meloni.
Au pays de Machiavel, Roberto Vannacci fait beaucoup parler de lui. Député européen et chef du parti Futuro Nazionale, cet ancien général s’impose comme une figure politique émergente en promettant notamment de réduire drastiquement l’immigration et de rétablir l’autorité de l’État.
Grâce à une utilisation redoutablement efficace des réseaux sociaux, il contourne les médias traditionnels et s’adresse directement à ses partisans. Peut-il réellement menacer Giorgia Meloni ou devra-t-il se contenter d’exercer une influence limitée sur la droite italienne?
Pour mieux comprendre le phénomène, Libre Média s’est entretenu avec Marco Tarchi, professeur émérite de science politique à l’Université de Florence. Ancienne figure de la Nuova Destra, un courant intellectuel qui cherchait à renouveler la pensée de droite en Italie, il est aujourd’hui l’un des principaux spécialistes européens du populisme. Entretien exclusif.
Comment expliquer l’essor aussi rapide de Roberto Vannacci? Répond-il à une demande politique que Giorgia Meloni ne satisfait plus?
Marco Tarchi: «Le livre Il mondo al contrario qui a fait connaître Vannacci au public – et surtout, aux médias – grâce aux 250 000 exemplaires écoulés en l’espace de quelques semaines sur le site d’Amazon était une sorte de manifeste du populisme, dont il réfléchissait intégralement la mentalité, les nostalgies, les obsessions, le malaise et les espoirs.
Le politologue italien Marco Tarchi. Photo: La Stampa.
Au vu du succès que le populisme a connu depuis désormais trente ans en Italie, et de l’incapacité de ses interprètes – de la Ligue de Matteo Salvini jusqu’au Mouvement Cinq Étoiles de Beppe Grillo – de remplir leurs promesses lorsqu’ils ont accédé au gouvernement, il n’était pas impossible de voir renaître encore une fois ce Phénix de ses cendres, sous une autre incarnation.»
Vannacci accuse justement Giorgia Meloni d’avoir abandonné une partie de ses promesses une fois arrivée au pouvoir. Cette critique vous paraît-elle justifiée?
Marco Tarchi: «En partie, oui, car Meloni a dû accepter beaucoup de compromis et renier quelques chapitres de son programme afin de ne pas faire éclater sa coalition hétérogène.
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Les divergences entre Forza Italia [partenaire de Fratelli d’Italia, le parti de Meloni, au sein de la coalition gouvernementale, ndlr], libérale, centriste et même progressiste sur certaines questions, et ses autres partenaires sont très fortes.
La première ministre italienne, Giorgia Meloni, lors d’une conférence de presse avec son homologue japonais à Rome, le 15 juin 2026.Photo: Andreas SOLARO pour l’AFP.
Meloni devait également gagner la confiance, ou du moins la neutralité, d’autres dirigeants européens, dont la plupart étaient méfiants et prévenus à son égard.»
Son succès traduit-il surtout une inquiétude devant l’immigration, ou un rejet plus large des élites politiques et de l’Union européenne?
Marco Tarchi: «L’immigration est sans doute le pilier de son programme et le sujet qui attire le plus ses sympathisants, mais il y a aussi son image "d'homme de l’ordre" et de restaurateur de l’autorité de l’État face aux partis "diviseurs et corrompus", image qui colle parfaitement à son profil de militaire.»
Comment les médias traditionnels italiens traitent-ils Roberto Vannacci? De quelle manière parvient-il à contourner leur hostilité ou leurs critiques pour s’adresser directement à son électorat?
Marco Tarchi: «Vannacci veut jouer le rôle de champion de l’anti-establishment, donc il se trouve parfaitement à l’aise s’il est montré par les médias comme le "méchant", d’autant plus que ceux qui le critiquent sur les plateaux de télévision se situent pour la plupart à gauche et sont détestés par ses potentiels électeurs.
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Et d’ailleurs, les journalistes de gauche aiment l’inviter, car ils espèrent l’utiliser comme bouc émissaire pour montrer le "vrai visage" de la droite.»
Vannacci peut-il réellement menacer Giorgia Meloni, ou son rôle sera-t-il surtout de pousser l’ensemble de la droite italienne vers des positions plus radicales?
Marco Tarchi: «Vannacci, dont la stratégie demeure assez instable, oscille entre le populisme et les clins d’œil à une extrême droite nostalgique qui risque de devenir son boulet. Entouré de collaborateurs inexpérimentés aux profils hétérogènes, il n’a aucune chance de menacer la position de Meloni comme cheffe de la droite.
Dans une vidéo satirique générée par intelligence artificielle et relayée sur ses réseaux sociaux, Roberto Vannacci apparaît en empereur romain ordonnant la mise à mort de plusieurs de ses adversaires politiques.
Il pourrait en causer la défaite aux prochaines élections en cas de présentation de listes en concurrence avec celles de centre droit, mais dans ce scénario, il subirait un effet boomerang immédiatement après.
Vannacci doit donc se contenter d’exercer une influence (limitée) su Fratelli d’Italia et, ce faisant, obtenir un certain nombre de places éligibles au sein des listes de la coalition dans les collèges uninominaux.»











