Sympathique, habile communicateur… mais pas premier ministre. L’animateur de radio Guillaume Ratté-Côté explique pourquoi Bernard Drainville, selon lui, n’a pas l’étoffe du chef dont le Québec aurait besoin.
Comme tout le monde, je le trouve fort sympathique. Drôle, d’apparence sincère, capable de se laisser aller à un degré d’humanité auquel trop peu de politiciens s’autorisent.
Vaillant au-dessus de la moyenne de ses pairs. Doté d’un bon sens des communications. Etc. Mais ce n’est vraiment pas assez. Et surtout pas dans le contexte actuel. Je m’explique.
Le candidat du «changement»
Bernard se présente, avec raison, comme l’incarnation du besoin de changement au sein du gouvernement du Québec.
Un changement qui permettrait enfin de rétablir un certain équilibre entre sécurité et libertés, entre membres de la caste gouvernementale et créateurs de richesse, entre tatillons et développeurs — et ce, évidemment au désagrément des premiers.
Mais Bernard ose nous promettre cela tout en demeurant dans le parti qui, il y a bientôt huit ans, a fait exactement les mêmes promesses.
Et qui, après avoir réussi à obtenir le mandat de les réaliser, s’est empressé de faire exactement l’inverse, malgré l’occasion historique que représentait ce mandat si difficile à obtenir. C’est tout de même incroyable.
Il en faut beaucoup plus
Certains diront que c’est courageux. Mais si cela démontre bien un certain courage, c’est aussi la preuve que celui-ci sera insuffisant pour provoquer le virage à 180 degrés devenu impérativement nécessaire pour le Québec, virage d’autant plus difficile à opérer aujourd’hui.
Car, pour être réellement conséquent, la moindre des choses aurait été d’avoir auparavant le courage de faire acte de dissidence. Mais non. Jamais une seule fois en trois ans et demi.
Le mieux qu’il ait été possible d’obtenir en ce sens fut une larme qui, si elle ne fut peut-être pas de crocodile, avait à tout le moins des relents d’un reptile apparenté — personnellement, j’opterais pour l’alligator.
Le tout pour un troisième lien qui aurait pourtant dû être au cœur de ses préoccupations quotidiennes comme député d’une circonscription à qui son parti l’a promis mille fois et dont la population y tient plus dur que le fer du pont de Québec.
Un cas concret
Mais il existe bien d’autres dossiers où auraient dû se manifester ces prétendues tendances en faveur du «vrai monde».
Et je vais prendre le reste de ce texte pour vous en raconter un seul, dont j’ai été personnellement témoin et qui a fini de me désillusionner quant à notre joyeux luron pince-sans-rire.
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Pour faire une histoire courte: selon mes informations, des personnes lourdement handicapées résidant à Lévis se sont vu amputer leurs déjà maigres allocations de subsistance par le fonctionnariat du domaine de la santé.
Une aide au logement qu’elles recevaient a été tout simplement retranchée — du moins selon ce que je comprends, car cela a été fait en catimini, sans traces écrites et avec des directives au personnel de première ligne de ne pas parler aux médias.
Résultat: ce qui restait après le paiement du loyer sur la prestation mensuelle d’aide sociale est passé d’environ 400 dollars par mois pour vivre à moins de 50 dollars. Et cela n’est pas une blague. J’ai vérifié et revérifié.
Bref, des gens comme Émilie Fournier ou Guillaume Côté, atteints de paralysie cérébrale, que vous pouvez parfois voir circuler dans leurs fauteuils adaptés à Lévis, se sont vu retirer la maigre subsistance qui rendait leur vie un peu moins misérable. Oui, vraiment.
Un député impuissant
Averti de la situation avant qu’elle ne soit pleinement mise en œuvre — et n’étant guère surpris d’une telle décision de la part de notre si «vaillant» gouvernement permanent — j’ai rapidement tenté d’intervenir directement auprès des responsables. Devant l’absence de résultats, je me suis tourné vers notre bon député.
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Quelle ne fut pas ma stupeur lorsque j’ai compris que cette aberration totale, cette irrégularité flagrante, cet affront à l’existence même des États — car à quoi sert un gouvernement s’il ne peut même pas venir en aide à des personnes privées de l’usage de leurs jambes, de la parole et de bien d’autres fonctions — ne serait même pas corrigée avant son entrée en vigueur.
Et pourtant, la solution était simple: identifier le responsable et lui demander de corriger immédiatement cette politique infâme, faute de quoi il serait lui-même remplacé. Mais non. Notre bon député, pourtant ministre responsable de la région, s’en est révélé incapable.
L’épreuve du réel
Cela ne doit pas seulement susciter de la déception. Cela devrait plutôt nous inspirer la lucidité que commande une telle incapacité.
Le bon Bernard, incapable de faire corriger une politique aussi absurde décrétée par un petit fonctionnaire— il est possible que la responsabilité incombe au directeur sortant du CISSS Chaudière-Appalaches, Patrick Simard, pour le nommer, sauf erreur, bien que mes demandes d’entrevue à son endroit soient demeurées lettre morte — ne peut être crédible lorsqu’il promet des réformes d’envergure.
Encore moins celles auxquelles il s’adonne depuis le début de la course, comme la fin de la permanence à vie dans la fonction publique.
Si un simple fonctionnaire de province peut le réduire à l’impuissance politique, imaginons un instant ce que les grandes centrales syndicales pourront lui faire subir.
Un nouveau roulage dans la farine?
Et j’ai bien peur que le Québec ne puisse se permettre un nouveau roulage dans la farine du genre de celui qu’a opéré François Legault depuis près de huit ans.
Au moins Christine Fréchette n’essaie pas de nous faire croire à ce genre de promesses — du moins pas avec autant d’insistance.
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Je la préfère donc au si sympathique Bernard… pourvu qu’elle se contente d’un passage bref à la Kim Campbell du Québec. Bonne fin de course. Mais surtout, bonne fin de mandat.












