À force de vouloir protéger les enfants de tout risque imaginable, le Québec les confine à une existence sous cloche et les fragilise. L’école oublie une vérité simple: grandir, c’est apprivoiser le réel.
Au Québec, les travaux de Jonathan Haidt ont contribué à nous faire réaliser l’importance de protéger nos enfants d’un monde virtuel qui les laisse en proie à des forces parfois viles.
Une excellente politique publique a découlé de cette prise de conscience: l’interdiction des téléphones à l’école.
Certains avancent qu'il reste cependant beaucoup de pain sur la planche, en l’occurrence en ce qui a trait à la majorité numérique, plan sur lequel l’Australie vient d’agir résolument.
À cet égard, je suis convaincue que le statu quo n’est pas tenable, même si je conviens volontiers que le diable se cache dans les détails et que le défi de ce problème d’action collective réside dans le comment.
Cela dit, s’il y a un élément qui me désole davantage, c’est qu’on se soit trop peu intéressés à l’autre côté de la médaille de la thèse de Haidt; au versant positif porté par sa collègue restée tristement dans l’ombre.
Pourtant, les mises en garde du psychologue social s’avèrent lacunaires sans le message promu par Lenore Skenazy qui fait l’apologie du risque, de l’autonomie et de la liberté à regagner par les enfants dans le monde réel.
La dangereuse utopie du risque zéro
Grâce à la croisade des jusqu’au-boutistes de la sécurité, l’inaccessibilité du risque zéro a été clairement démontrée.
Chacun convient désormais que restreindre les enfants à un terrain de jeu virtuel et les empêcher de jouer dehors avec leurs amis n’est, ultimement, pas dénué de risques. Au contraire.
D’ailleurs, presque un an s’est écoulé depuis la sortie remarquée des pédiatres en faveur du jeu risqué.
Or, même si les mentalités et les avis d’experts ont évolué sur la question, la réalité tarde à changer, en particulier dans les écoles, où nos enfants passent le plus clair de leur temps.
Surenchère sécuritaire à l’école
Avec le froid qui arrive, les parents remettent en question la «fermeture» de nombreux modules de jeux dans plusieurs CSS.
Ils déplorent également la pléthore de règles qui interdisent les batailles de boules de neige ou qui obligent les enfants à se déplacer à quatre pattes dès qu’il y a une plaque de glace.
Les bonnes raisons invoquées ne manquent pas: la perte d’amortissement, le non-respect de certaines normes, le risque de commotion...
En outre, les écoles et les villes y vont d’une surenchère de sécurité dont le plus bas dénominateur sort toujours vainqueur.
Ce double zèle frappe fort. Entre les permis requis pour jouer dans la rue ou la fermeture de patinoires non conformes, les villes donnent le la de l’obsession règlementaire.
Existence hermétique
Cela dit, les écoles ne sont pas en reste. Comme on le constate, on ne se s’y limite pas à fermer les modules de jeu. Même les buttes à glisser la tag ou Homme-sur-terre peuvent passer à la trappe.
Bref, les enfants peuvent faire le piquet dans la cour d’école (s’ils peuvent se mettre debout!)
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Et ça, c’est quand la récréation a lieu à l’extérieur. Car quelques gouttes de pluie, un coup de vent ou un mercure pas assez ou trop élevé suffisent parfois à justifier que les élèves demeurent toute la journée à l’air vicié de l’intérieur.
Au grand dam des profs. Certes, les CSS reconnaissent les effets bénéfiques du temps passé dehors, mais s'empressent d'ajouter, du même souffle, qu’ils s’appuient sur des «aides à la décision» pour décréter s’il est sécuritaire ou non de sortir.
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Cela n’est pas dénué d’ironie puisque nos enfants, qui ne sont pas faits en chocolat, se sont visiblement rendus indemnes à l'école.
Plusieurs facteurs justifient l’impasse, mais celui qui contribue le plus est sans aucun doute la peur des poursuites, qui se multiplient dans le réseau scolaire comme dans les municipalités.
Pour que l’aiguille bouge enfin, il serait peut-être temps qu’écoles, villes et avocats, mus par le bien commun, se penchent sur ce dossier avec un angle différent: l’absence de risque est un jeu risqué.













