Véritable symbole national, la filière viticole française rencontre des difficultés de plus en plus nombreuses, entre surproduction chronique, hausse des taxations à l’export et incendies. Éclairages.
Tempête sur le vin français. À quelques jours des vendanges, le secteur s’inquiète pour ses 440 000 emplois.
Si l’Hexagone caracole toujours en tête de la production mondiale, avec 40 millions d’hectolitres en moyenne par an et un chiffre d’affaires direct tutoyant les 60 milliards d’euros, la situation se dégrade dans ce pays où le vin reste un marqueur culturel de premier plan.
Abandon de centaines d’exploitations chaque année, revenus en baisse, diminution du nombre de nouvelles installations…les symptômes de la crise sont nombreux.
Et le sentiment de solitude des professionnels, de plus en plus vif. D’autant que les solutions qui se présentent à eux ne sont pas dénuées de risques.
Pourquoi une telle crise?
Longtemps, les analystes du secteur se sont affrontés sur la cause première du problème. Les données statistiques offrent aujourd’hui une réponse claire: la surproduction chronique est le premier facteur explicatif de la crise du vin en France.
Ainsi, le marché national n’absorbe que 62% des besoins, alors qu’entre 1960 et 2019, la consommation annuelle par Français a été divisée par 3, de 120 à 40 litres.
Dans le même temps, les débouchés internationaux se tarissent: en un temps record, la Chine a constitué l’un des plus grands vignobles de la planète, au moment où le marché mondial est lui aussi confronté à une surproduction de près de 20% supérieure aux besoins. Résultat, les filières d’achat s’engorgent et tirent les prix à la baisse.
Pourtant, la cyclicité de la demande a conduit certains viticulteurs français à voir toujours plus grand. Ainsi, entre 2022 et 2023, la production nationale a encore augmenté de 4%.
Le phénomène, qualifié de «boom-bust» et désormais bien connu, a été facilité par la libéralisation des droits de plantation au niveau de l’Union européenne.
Comme si les défis n’étaient pas suffisamment lourds, des événements récents ont encore compliqué l’équation: le contexte météorologique d’abord, au terme d’un mois de canicule qui a vu les feux se multiplier et ravager des terroirs entiers.
Frappé par «l’incendie du siècle», le massif des Corbières, dans l’Aude, a ainsi perdu près de 2000 hectares de vignes, soit 20% de l’appellation.
Sur la côte méditerranéenne, la sécheresse est devenue quasi permanente.
En outre, l’entrée en vigueur le 7 août des tarifs Trump sur les produits importés d’Europe laisse entrevoir une contraction de la demande extérieure.
À la suite du «deal» entre Washington et Bruxelles, les taxes sur les vins et spiritueux ont progressé de 33%, ce qui va mécaniquement diminuer la compétitivité du vin produit dans l’Hexagone.
Quelles solutions?
Aujourd’hui, rares sont les acteurs de la filière à espérer publiquement une hausse de la consommation. Depuis la loi Evin de 1991, la publicité tricolore pour l’alcool a été très fortement régulée.
Loin le temps où à l’école publique, les enfants avaient accès au vin de table, et où il occupait une place de choix dans le quotidien des Français.
Alors que le sanitarisme a gagné tout le pays, et que ce dernier affronte déjà une explosion de la consommation de stupéfiants, aucun responsable politique ne plaidera vraisemblablement pour assouplir les règles en vigueur.
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Par ailleurs, l’arrachage de pieds de vigne, subventionné pour contenir la production, a été pointé du doigt lors des incendies de l’été. On le sait pourtant depuis des siècles: en plus d’abreuver et d’égayer les Hommes, la vigne les protège du feu…
D’autres options pourraient donc être mises sur la table: un meilleur encadrement des quotas de plantation, un contrôle de la production au niveau professionnel, une plus forte diversification des cibles internationales et des produits.
Sur ce dernier point, une innovation rencontre depuis quelques mois un franc succès: le vin sans alcool, inspiré de ce qui a été fait avec la bière au début de la décennie.
Les techniques de désalcoolisation, perfectionnées afin de préserver les arômes, permettent aux gammes 0° de trouver leur public aux quatre coins du pays.
Une vision politique manquante
Car les Français restent très attachés à leur patrimoine viticole, importé par les Grecs il y a plus de 2500 ans. 96% d’entre eux jugent que le vin est indissociable de leur identité, plus d’un sur deux ayant participé à un événement célébrant le fruit de la vigne en 2024.
Pour que cet héritage perdure, aimer ne suffira pas, et les vignerons réclament une vision politique de long terme.
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Pour l’heure, elle fait défaut: au milieu du désastre des Corbières, la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a osé: «les cultures d’hier ne fonctionnent plus sur ce territoire». Une analyse perçue comme une véritable provocation dans ce berceau de la vigne française.













