Rencontré à San Salvador, Jose Valdez est l’un des commentateurs politiques les plus écoutés du pays. Défenseur du président Bukele, il accuse les grands médias occidentaux de véhiculer une vision déformée du Salvador.
Assis à une table de fer forgé sur la Plaza Barrios, près de la cathédrale de San Salvador, Jose Valdez observe les passants d’un œil vif. Ni fonctionnaire ni doctrinaire, cet homme, qui se définit d’abord comme un «communicateur politique», est l’un des commentateurs pro-Bukele les plus suivis au pays.
À ses yeux, le Salvador vit une transformation historique, bien différente de ce que décrivent les grands médias occidentaux. Entretien.
Jérôme Blanchet-Gravel: Vous êtes reconnu pour votre défense du président Bukele. Commençons par une question simple: pourquoi, selon vous, les grands médias occidentaux présentent-ils une image aussi négative de votre pays?
Jose Valdez: «Parce que la majorité d’entre eux sont orientés idéologiquement. Ils parlent du Salvador comme d’une dictature naissante, mais ne prennent même pas la peine de venir constater les choses sur place.
On répète sans réfléchir ce que disent certaines agences comme l’AFP ou Associated Press, sans nuance ni sensibilité pour l’histoire compliquée et tumultueuse de notre pays. On vend une caricature au grand public occidental.
Le commentateur politique Jose Valdez à San Salvador, le 22 juin 2025. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour Libre Média.
Pourtant, les Salvadoriens sont largement favorables aux réformes et satisfaits du président. La sécurité retrouvée dans nos rues, et ici même sur cette place autrefois infréquentable, parle d’elle-même.»
Parlons justement de cette fameuse sécurité. Le régime d’exception prolongé par Bukele, visant à démanteler les gangs, est au centre des critiques. Que répondez-vous?
Jose Valdez: «C’est très simple. Avant Bukele, les maras [les membres du MS-13, ndlr] faisaient la loi. Ils contrôlaient des quartiers entiers, imposaient un impôt illégal – le piso – que les gens devaient payer pour survivre.
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Aujourd’hui, ces zones sont revenues sous contrôle de l’État. Oui, certaines garanties légales ont été suspendues temporairement pour permettre l’arrestation de milliers de criminels. Mais les gens vivent désormais en paix: c’est la base sur laquelle nous pourrons enfin construire quelque chose de durable.
En somme, la dictature c’était avant, c’était la dictature des gangs.»
Mais n’y a-t-il pas un risque d’abus ou de dérive autoritaire?
Jose Valdez: «Il y a toujours un risque, dans n’importe quel pays. Mais ici, le régime d’exception est clair: il vise exclusivement les membres des pandillas.
Ce n’est pas un outil pour réprimer l’opposition ou museler la société civile. Et la population le comprend. Elle soutient cette politique, parce qu’elle voit la différence.»
Vous parliez d’un fossé entre le discours et la réalité. Pouvez-vous développer?
Jose Valdez: «Absolument. Les constitutions parlent de droits, de santé, d’éducation. Mais que vaut ce texte si, en réalité, vous ne pouvez pas envoyer vos enfants à l’école sans risquer qu’ils soient recrutés par les gangs ou tués?
Le président Bukele a compris que les gens veulent des résultats concrets. La droite et la gauche occidentales peuvent débattre sans fin de l’orientation du Salvador, ici on veut juste commencer par vivre normalement.»
Justement, cette approche semble séduire ailleurs. Une certaine droite latino-américaine n’est-elle pas tentée par la «bukelisation»?
Jose Valdez: «Pas juste la droite! Même le Honduras, gouverné par une gauche modérée, s’est inspiré du modèle salvadorien en matière de sécurité. Cela montre que ce n’est pas une approche idéologique.
Le président américain Donald Trump rencontre le président salvadorien Nayib Bukele dans le bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, le 14 avril 2025. Photo: Brendan SMIALOWSKI pour l’AFP.
C’est une réponse pragmatique à une réalité: la violence chronique en Amérique latine. Et puis, disons-le, les modèles "pacifistes" de la gauche, comme celui du président Gustavo Petro en Colombie ou du parti MORENA au Mexique, ont échoué. Ces politiques sont catastrophiques.»
Parlez-nous de la vision économique de Bukele. En Occident, on entend souvent qu’il est libertarien sur ce plan – on l’associe un peu à Javier Milei – mais ce n’est pas si clair…
Jose Valdez: «Bukele croit au libre marché et à l’indépendance économique de l’individu, oui, mais pas nécessairement à un capitalisme sauvage. L’État doit intervenir minimalement pour garantir une concurrence équitable.
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Beaucoup d’entrepreneurs de droite défendent bec et ongles le libre marché, mais courent pleurer au gouvernement dès qu’ils perdent des parts de marché... Bukele refuse cette hypocrisie.»
Quelle est sa position sur les enjeux culturels, notamment la diversité et les questions dites de genre?
Jose Valdez: «Le gouvernement respecte les libertés individuelles, y compris l’orientation sexuelle. Mais il refuse l’imposition d’un agenda militant.
Au Salvador, on ne promeut pas l’idéologie woke, on ne fait pas entrer des drags queens dans les écoles publiques comme chez vous, au Canada. Chacun est libre, mais l’État ne milite pas. Et ça fait toute la différence.»
Quelle est, en gros, la grande ambition du Salvador de Bukele pour les années à venir?
Jose Valdez: «L’objectif est de devenir un petit pays exemplaire, à la manière de Singapour. Nous avons déjà des accords avec des pays comme l’Estonie pour la numérisation de l’administration.
Cependant, on ne veut pas copier un modèle, mais construire le nôtre, adapté à notre réalité. La vraie solution pour l’Amérique latine, ce n’est pas de "réduire la pauvreté" avec des aides. C’est de créer de la richesse. Et pour cela, le meilleur programme social, c’est l’emploi.»
On voit justement de plus en plus d’étrangers venir s’installer ici, notamment des Nord-Américains liés à l’univers du Bitcoin. Comment le pays accueille-t-il ces nouveaux venus?
Jose Valdez: «Tout le monde est le bienvenu. Mais je dirais aux étrangers de venir voir d’abord, d’observer, puis de décider. Certains arrivent avec des attentes irréalistes. Ils pensent que tout est bon marché, qu’ils vont acheter une maison pour presque rien… mais non.
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Depuis la chute de la violence, les prix ont augmenté. Et c’est normal: plus de sécurité, plus de demande. Il ne faut pas idéaliser El Salvador. C’est un pays en reconstruction, pas un eldorado.»
En conclusion?
Jose Valdez: «Je dirais simplement ceci: ne croyez pas tout ce que vous lisez dans les grands médias occidentaux. Beaucoup ont un agenda idéologique.
Si vous voulez vraiment comprendre ce qui se passe ici, venez. Parlez aux gens. Voyez par vous-mêmes. Vous découvrirez peut-être que la réalité est plus nuancée – ou plus prometteuse – que ce qu’on vous a raconté.»











