Une récession mondiale serait imminente, car la demande en pétrole risque de dépasser largement l’offre dans les prochains mois.
«Toutes les conditions de production mondiale de pétrole sont réunies pour déclencher une récession mondiale inédite», alarme Gail Tverberg, spécialiste des relations entre l’énergie et l'économie.
Comme l’énergie est la base de notre civilisation, la sécurité de son approvisionnement doit toujours être garantie. Surtout dans un système économique mondialisé qui n’a jamais autant extrait, transformé et consommé de ressources énergétiques et matérielles.
Offre insuffisante
La production de pétrole risque de ne pas pouvoir répondre à nos besoins énergétiques. «2018 a été le pic de la consommation d'énergie par habitant, avec une baisse accélérée par les mesures liées à la pandémie de Covid-19», précise l’experte des énergies fossiles.
Pour le quatrième trimestre de cette année, selon l’OPEC, la production mondiale de combustibles liquides devrait s'élever à 98,8 millions de barils par jour, tandis que la demande mondiale devrait atteindre 102,8 millions de barils par jour en moyenne.
Une récession pour bientôt
Pour Gail Tverberg, la récession est imminente et les sources d'énergie renouvelables ne pourront pas combler le déficit de cet approvisionnement.
Une récession est une période marquée par un déclin du PIB, avec une hausse du taux de chômage, une perte de revenu par ménage, une diminution des dépenses et de consommation, une augmentation de faillites et une baisse de la production industrielle.
Notons que la récession de 2007-2008 au Canada avait fait perdre 406 000 emplois entre octobre 2008 et avril 2009. Le nombre total de dossiers de faillites d’entreprises avait augmenté pour atteindre le pic de 120 000 en 2009.
Selon la Banque Scotia, l’économie canadienne entrera en récession technique au premier semestre de 2023, avec un ralentissement de la croissance de 3,2% à 0,6% l’année prochaine.
Le Fonds Monétaire International a calculé qu’un tiers de l’économie mondiale sera officiellement en récession cette année et l’année prochaine. Constat similaire à la Banque Mondiale.
Approvisionnement incertain
Depuis quelques décennies, l’approvisionnement des combustibles fossiles, constituant plus de 80% du mix énergétique mondial, n’a jamais été aussi incertain pour répondre à une demande en énergie qui ne fait qu’augmenter chaque année.
Selon notre interlocutrice qui vit en Géorgie, «dans une économie mondialisée, ce qui importe le plus est de savoir si l'approvisionnement en combustibles fossiles est suffisant pour répondre à la demande énergétique d'une économie en constante croissance».
Une tâche d’équilibriste alors que nous devons continuer à extraire plus de combustibles fossiles que l'année précédente pour répondre aux besoins croissants en énergie.
Le problème, selon Gail Tverberg, est que, depuis quelques décennies, les coûts directs et indirects de l'extraction des énergies fossiles peuvent atteindre un point où le prix de vente de la nourriture et d'autres produits de première nécessité doit être très élevé pour que le système économique mondial fonctionne.
Les chocs pétroliers à l’origine des récessions
Les chocs pétroliers, causés par un approvisionnement de pétrole en déclin, sont généralement à l’origine des récessions mondiales, explique Gail Tverberg.
Selon Jeff Rubin, économiste canadien, quatre récessions sur cinq entre 1970 et 2007 ont été précédées de chocs pétroliers.
Un papier du professeur James D. Hamilton de l’Université de Californie confirme la corrélation: aux États-Unis, 10 récessions sur 11 depuis la Seconde Guerre mondiale ont été précédées de chocs pétroliers.
«Lorsque l'offre de pétrole ne correspond pas à la demande du pétrole, le prix du pétrole augmente, ce qui fait grimper le prix des produits de base comme la nourriture, donc le taux d’inflation», pointe Gail Tverberg.
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Un phénomène plutôt logique compte tenu de l’omniprésence des produits pétroliers dans notre économie.
Le pétrole est la matière première des carburants qui alimentent nos transports et nos machines agricoles et minières, le combustible du chauffage domestique et industriel et la base fondamentale des produits pétrochimiques présents dans les objets de la vie quotidienne (matières plastiques, peintures, colorants, cosmétiques, etc.).
En conséquence, la récession est imminente, puisque les salaires ne peuvent suivre la hausse du coût de la vie, entraînant ainsi une augmentation des défauts de paiement sur les dettes.
De plus, «en réponse à l’inflation, les banques centrales augmentent les taux d'intérêt directeurs, entraînant une restriction du crédit et créant des conditions favorables supplémentaires pour une récession mondiale», ajoute Gail Tverberg.
La reprise risque d’être rude
Cependant, après chaque récession, la machine économique mondiale a toujours su redémarrer.
«À chaque rupture d'approvisionnement en pétrole, nous avons pu exploiter d'autres types de combustibles tels que le gaz de schiste ou les sables bitumineux pour relancer l’économie», raconte l’ancienne actuaire qui a travaillé dans le secteur de l'assurance.
Rien n’indique toutefois que l’économie mondiale reprendra aussi facilement sa vitesse de croisière. Selon Gail Tverberg, ces derniers mois, les profits engendrés du pétrole n'ont pas été autant utilisés pour des réinvestissements que ces dernières années, car «ils n'ont pas trouvé d'autres sources de combustibles fossiles qui peuvent être exploitées au même prix».
Récession 2008, une crise du pétrole?
Soulignons que la récession de 2008 peut trouver son explication dans la baisse de la production pétrolière mondiale qui a commencé après 2005.
Hormis l’instabilité géopolitique en lraq et au Nigéria, le facteur déterminant de cette baisse a été le fait que plusieurs champs pétrolifères avaient atteint leur maturité avec des taux de déclin relativement rapides.
Par exemple, la production pétrolière de la mer du Nord, représentant 8% de la production mondiale en 2001, avait réduit de 2 millions de barils par jour entre 2001 et 2007.
Le complexe de Cantarell du Mexique, qui, à cette époque, était le deuxième plus grand champ pétrolier après Ghawar d’Arabie Saoudite, avait vu sa production décliner de 1 million de barils par jour entre 2005 et 2008.
Ces déclins ainsi que d’autres avaient chamboulé le paysage mondial de pétrole dans un monde où la demande ne faisait que croître, avec un PIB mondial qui avait été propulsé de 5% annuellement en 2006 et 2007.
Un déséquilibre qui a forcé certains pays à réduire leur consommation de pétrole, déclenchant la récession mondiale de 2008.











