Santé: le Québec, parent pauvre de la prévention

Lettre ouverte

Photo: Nhia Moua pour Unpslash.

Mercredi le 6 juillet 2022, à 08:00

L’amélioration du système de santé québécois passe aussi par la prévention, estime Éric Simard, docteur en biologie, chercheur et président de l’Association professionnelle pour la santé intégrative (APSI).


Tout récemment, le ministre Christian Dubé a dévoilé un plan de 120 millions sur trois ans pour aider à la prévention au Québec. À la même occasion, Québec a annoncé que le sous-ministre adjoint Horacio Arruda serait l’ambassadeur de la Politique gouvernementale de prévention en santé. 
 
On peut se réjouir, car on parle enfin de prévention.
 
Par la suite, le ministre Dubé, accompagné de la ministre déléguée à l'Éducation et ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a dévoilé le Plan d'action interministériel (PAI) 2022-2025 de la Politique gouvernementale de prévention en santé (PGPS).
 
Les actions du PAI 2022-2025 s’articulent autour de quatre grandes orientations:
 
·      Le développement des capacités des personnes dès le plus jeune âge: 20,6 millions $
·      L'aménagement de communautés et de territoires sains et sécuritaires: 51,3 millions $ 
·      L'amélioration des conditions de vie qui favorisent la santé: 38,9 millions $ 
·      Le renforcement des actions de prévention dans le système de santé et de services sociaux: 8,3 millions $.
 
Il s’agit de sommes incluses dans les 120 millions annoncés et qui ont été décrits comme un investissement sans précédent, lequel représentera le double dès la première année des investissements de l’an dernier. On peut donc en déduire qu’il s’agit de 60 millions d’argent neuf sur une période de trois ans.
 
Notons aussi que les dépenses en santé atteindront 54,2 milliards en 2022-2023. C’est 54 200 millions. La prévention aura donc une place d’environ 0,2 % du budget total. Quand on dit «qu’un dollar investi en prévention en fait sauver deux en traitement», on peut se demander ce qui justifie une si faible initiative. 
 
Durant la même période, on parle de 10,3 milliards $ «pour renforcer notre système de santé»:
 
·      Vaincre la crise sanitaire
·      Renforcer les services pour les aînés
·      Rehausser les soins et les services en santé

 

Des miettes pour la prévention

 

Ainsi, on parle de prévention avec des miettes comme financement. Ces modestes sommes seront en grande majorité allouées à gérer les réunions de ces initiatives qui impliqueront près d’une trentaine de ministères et organismes gouvernementaux, et plus de 80 partenaires non gouvernementaux. 
 
Comprenez-moi bien, je suis très content que l’on parle de prévention, mais êtes-vous satisfait de ce qui est annoncé? 
 
C’est un peu comme si nous mettions en place un programme de sensibilisation aux risques d’incendie, sans argent pour la mise en place des détecteurs de fumée, en annonçant en même temps que «bonne nouvelle, nous allons financer nos casernes de pompier pour améliorer le service» (une fois que le feu est pris). 
 

D’autres solutions existent 

 
Personnellement, j’ai horreur des gérants d’estrade qui critiquent sans proposer de solution. On peut être fier de notre système de santé, je suis tout à fait d’accord, mais on peut aussi se parler franchement et admettre qu’en prévention, nous sommes presque nuls au Québec.
 
Ainsi, mes propositions pour une approche de prévention structurée permettant une vision à long terme s’articulent autour de trois grands axes:
 
·      Changer la culture du médicament
·      Informer sur les impacts possibles de la prévention et
·      Intégrer les capacités des différents professionnels et praticiens en approches complémentaires. 
 
Je considère qu’au Québec, nous entretenons une culture du médicament qui est exclusive. 
 
Beaucoup de gens attendent d’être malades avant de se soucier de leur santé. 
 
La plupart d’entre eux pensent, habituellement, que le médicament pour soulager leurs symptômes a rétabli leur état de santé. Cette culture du médicament est exclusive, dans le sens où rien d’autre comme traitement ne sera proposé pour améliorer l’état de santé de la personne.
 
De plus, peu d’informations sont disponibles sur la prévention. Savez-vous que la préoccupation numéro 1 des séniors serait la dégénérescence cognitive et les risques d’Alzheimer (avant même le cancer et les maladies cardiovasculaires)? 

Devrait-on expliquer à la population que l’activité physique réduirait à elle seule les risques de 50%? 
 
Le dernier point fait appel au rôle de l’ensemble des praticiens, autant ceux des approches conventionnelles, que ceux des approches complémentaires. 
 
Avez-vous remarqué que nous avons des médecins spécialistes pour tous les problèmes de santé, mais pas pour la prévention? Et si les spécialistes de la prévention étaient justement les autres praticiens?