Salaire des députés: une hausse injustifiée et déconnectée

De gauche à droite: Geneviève Guilbault, François Legault et Simon-Jolin Barrette le 27 janvier 2023 durant un point de presse à l'Assemblée nationale du Québec. Photo: page Facebook de François Legault.

Lundi le 29 mai 2023, à 09:00

Les députés de l'Assemblée nationale sont mieux rémunérés que près de 92% des Québécois. Alors que la hausse du coût de la vie frappe les ménages, la hausse de leur salaire est inadmissible, tranche la Fédération canadienne des contribuables. 

 

Rares sont ceux qui ont le pouvoir de voter une hausse de leur propre salaire sans consulter leur employeur. Mais pour votre député à l'Assemblée nationale, ce privilège semble anodin. D'ici quelques semaines, il augmentera son propre salaire par un simple vote.

 

Le débat entourant le salaire des députés a toujours soulevé les passions, et on comprend bien pourquoi les précédents gouvernements ont évité de s’y engager en optant plutôt pour une majoration des indemnités de base.

 

Les députés de l’Assemblée nationale sont mieux rémunérés que la majorité de leurs homologues canadiens ainsi que près de 92% des Québécois. Une révision de leur salaire n’avait jamais semblé être un enjeu préoccupant.

 

 

Alors que près d’un Québécois sur cinq vit une période d’insécurité alimentaire, comment nos élus peuvent-ils justifier de s'accorder une telle augmentation de salaire?

 

-Nicolas Gagnon, directeur à la Fédération canadienne des contribuables

 

 

Mais le gouvernement de François Legault en a récemment décidé autrement en déposant le projet de loi 24 qui vise une augmentation de près de 30 000 $ des indemnités de base des élus.


Autrement dit, leur salaire passera de 101 600$ à 131 800$. 

 

Les ministres auront également leur part du gâteau avec une hausse salariale de 53 000$, de même que le premier ministre, qui obtiendrait une hausse de 62 000$ par année.

 

Un hausse record

 

Il s'agirait de la plus importante augmentation de salaire d'un politicien dans l'histoire de l'Assemblée nationale. C'est aussi la plus sordide.

 

Alors que près d’un Québécois sur cinq vit une période d’insécurité alimentaire, comment nos élus peuvent-ils justifier de s'accorder une telle augmentation de salaire?


Nous attendons de nos politiciens qu'ils vivent selon des standards de vie similaires à ceux de leurs électeurs
et non qu'ils vivent comme des rock stars pendant que le reste de la population peine à joindre les deux bouts.

 

L’exemple d’autres provinces

 

Si nos députés ont besoin d'inspiration, ils n'ont pas besoin de chercher bien loin pour en trouver.

 

En Colombie-Britannique par exemple, les députés ont voté à l'unanimité le gel de leurs salaires pour l'année 2023-2024. Ils ne s'en mettent pas plein les poches pendant que l'inflation grève lourdement les salaires de tous les autres.

 

Un événement similaire s'est produit en Nouvelle-Écosse, où la législature s'est réunie en session d'urgence au cours de l'été 2022 pour bloquer une augmentation des salaires des députés provinciaux. Ils sont allés plus loin en réduisant le salaire du premier ministre Tim Houston de 11 200 dollars.

 

Dans les Prairies, les législateurs de la Saskatchewan ont refusé d'accepter une augmentation de salaire de 6,8% par respect pour les contribuables épuisés. Au lieu de cela, ils ont décidé de plafonner leur augmentation de salaire à 3%.


En Ontario, les salaires des députés de Queen
s Park n'ont pas augmenté depuis 2008 et le premier ministre Doug Ford ne semble pas avoir l'intention de rouvrir le débat sur la question.

 

Mais au Québec, nos politiciens ne semblent pas s'inquiéter de la façon dont la «plèbe» s'en sort. Pire encore, le gouvernement Legault semble tourner le dos aux contribuables.

 

La fourberie de la CAQ


La Coalition Avenir Québec s’était vivement opposée à une augmentation salariale des élus en 2015. Benoît Charrette, ministre de l’Environnement, avait alors déclaré qu’il était «hors de question d'aborder la rémunération des députés avant l'atteinte de
l'équilibre budgétaire».

 

Il est hypocrite pour la CAQ d'envisager une hausse de salaire alors que les finances publiques du Québec accusent un déficit de 4 milliards de dollars, trois fois plus élevé qu'en 2015.

 

Le premier ministre François Legault prétend que des salaires plus élevés attireront des candidats de meilleure qualité.

 

Il serait sage de rappeler que près de 880 candidats se sont présentés à l'élection de 2022. Nous avons même eu droit à un débat des chefs entre cinq partis politiques pour la première fois dans l'histoire du Québec. Quoi qu’on en dise, il n’y a pas de pénurie de main-d’œuvre dans la politique québécoise.

 

La seule pénurie que nous avons présentement, c’est le manque de politiciens qui ont le courage de refuser une augmentation de salaire sur le dos des contribuables.

 

Il est clair que le travail d'un député est exigeant et demande du dévouement. Mais que dire du travail et du dévouement nécessaires pour être agriculteur, infirmier, travailleur de la construction, enseignant ou entrepreneur?

 

Aucune de ces personnes ne s'accorde une augmentation de salaire de 30%. 

 

Si les députés sont si convaincus de mériter une telle augmentation de salaire, ils devraient d'abord la faire approuver par leurs électeurs.