Beaucoup s’imaginent aujourd’hui la colonisation des Amériques comme un long processus historique homogène où les Européens sont perçus invariablement comme des oppresseurs racistes et les Autochtones, comme des victimes sans défense.
Cette perception de l’histoire est le fruit d’un long travail de fond poursuivi par la caste gouvernante de ce pays. Fantasmant de faire du Canada une mosaïque multiculturelle postnationale, conformément à la vision trudeauiste, elle vise à faire table rase de la réalité de ses peuples fondateurs au profit d’une communauté cosmopolite dénationalisée et mondialisée. Pour ce faire, cette oligarchie en majorité anglo-saxonne s’efforce, avec les moyens médiatiques dont elle dispose, de clouer au pilori tous les descendants de «colons blancs» sans égard à la diversité de cultures nationales dont ils sont issus. Tous les «blancs» sont mis dans le même sac et déclarés coupables d’une longue campagne ethnocidaire pourtant d’abord orchestrée par l’Empire britannique contre les peuples autochtones.
Histoire nationale: les voix dissidentes censurées et intimidées
Sous prétexte de vouloir décoloniser les annales pour mieux les aseptiser, les révisionnistes «bien-pensants» s’appliquent résolument à réécrire l’histoire de notre société distincte. On censure, intimide ou réduit au silence quiconque va à l’encontre de ce narratif idéologique. Dans ce carcan néocolonial, nous assistons à une lente et méthodique érosion des piliers du patrimoine canadien-français sous l’emprise de discours orwelliens semant la division et l’intolérance au nom de la «diversité, de l’inclusivité et de l’équité». Pendant ce temps, le gouvernement fédéral continue de s’appuyer sur l’ethnocidaire Loi sur les Indiens de 1876 dans la gestion de ses relations avec les Premières Nations.
Sans la mémoire de notre récit national aux proportions continentales, il nous est impossible de réfuter ces attaques dirigées contre notre héritage identitaire. Et sans la capacité de les réfuter, nous sommes condamnés à les subir jusqu’à l’épuisement de notre originalité.
Une trajectoire unique dans l’histoire des Amériques
Ces trois dernières décennies, plusieurs recherches ont permis de déterrer des grands pans oubliés de notre histoire et de celles des Premières Nations, autant de morceaux épars d’un colossal casse-tête à reconstituer. Derrière la somme de tous ces travaux se cache un récit fort différent que celui qui nous a été raconté. Un récit unique qui a le pouvoir de transformer la vision que nous avons de nous-mêmes. Par exemple, combien d’entre nous ont dans leurs familles de souches québécoises ou franco-canadiennes des aïeux autochtones pas si lointains dont on taisait l’identité jusqu’à récemment?
À vrai dire, en ce pays coule une vieille rivière sauvage. Jadis un puissant fleuve aux mille affluents, son cours a façonné ce que nous étions et ce que nous sommes devenus. Un jour toutefois, ce monde a basculé. Cette rivière devint un obstacle aux desseins du nouvel empire établi et l’on fit tout pour l’assécher. Elle trouva alors refuge dans l’ombre pour se faire souterraine.
Plus de deux siècles plus tard, malgré vents et marées, cette rivière coule toujours. Ses fragiles filets sont la source de cette culture singulière qui est la nôtre et se révèlent encore dans nos valeurs profondes, dans nos tempéraments et nos traits de caractère, dans nos secrets de familles et dans le lien à nous unissant à nos communautés.
Cet héritage légué par les premiers Canadiens constitue la clé pour mettre en lumière notre identité profonde et se réapproprier un imaginaire collectif qui nous ressemble. Pour reprendre les mots prononcés par le regretté anthropologue Serge Bouchard lors d’une entrevue accordée dans le cadre du documentaire L’Empreinte sorti en 2014: «Ça serait le travail d’une génération, peut-être deux, de retrouver ces valeurs, de les mettre de l’avant et d’en être fiers. Il faut démancher notre histoire nationale et la rebâtir. Il faudrait faire 25 romans extraordinaires qui n’ont pas été écrits et autant de films qui n’ont pas été tournés. Si j’étais premier ministre, ça serait mon premier souci.»
Dans cette tribune, je vous inviterai à entreprendre un voyage captivant au cœur de notre véritable identité nationale. Nous y déterrerons le récit, brut et vivant, de ces quelques milliers d’immigrants venus de France qui ont pris racine sur une terre d’abord autochtone. Sous le signe de l’alliance, du métissage et de l’ouverture à l’Autre, ces femmes, ces hommes et leurs descendants auront été les bâtisseurs de ce pays, donnant naissance à la grande «Franco-Amérique» aujourd’hui dispersée au nombre de quelque 20 millions de personnes aux quatre coins du continent.











