«Nous incarnons le retour du balancier» –entrevue avec Éric Duhaime

Éric Duhaime. Crédits photo: Parti conservateur du Québec.

Jeudi le 19 mai 2022, à 11:00

Dans une entrevue exclusive accordée à notre rédacteur en chef, Éric Duhaime évoque les perspectives pour son parti, revient sur le prix de l’essence et fustige la nouvelle tendance au contrôle social amplifiée par la pandémie.


Jérôme Blanchet-Gravel: Le Parti conservateur du Québec a connu une rapide croissance depuis votre élection comme chef en avril 2021. Quelles sont vos perspectives pour l’élection qui arrive à grands pas, alors que la CAQ domine toujours largement dans les sondages?
 
Éric Duhaime: «Depuis mon arrivée comme chef, le parti est passé de 600 à un peu plus de 58 000 membres. Nous sommes le parti provincial qui a recueilli le plus de dons dans les derniers mois. Les gens répondent à l’appel.

La première chose dont nous avions besoin pour assurer la croissance du parti, c’était un député, et nous l’avons obtenu au mois de juin 2021 avec l’arrivée de Claire Samson. Nous avions ensuite besoin de créer des associations et au moment où on se parle, nous avons 121 associations pour 125 circonscriptions. 

Je travaille actuellement sur le recrutement de candidatures en vue de l’élection. La candidature d’une trentaine de candidats a été déjà annoncée et je vais continuer de présenter un nouveau candidat chaque semaine. 
 
Dans les sondages, les appuis au Parti conservateur varient toujours entre 13% et 20%. Nous sommes déjà très loin du 1% obtenu par le parti à la dernière élection provinciale de 2018. Je serai au prochain débat des chefs, ce qui est une grande nouvelle pour nous. 
 
Notre vote est concentré dans la région de Québec, où nous recueillons à certains endroits presque 30% des intentions de vote. Nous rentrons dans la zone payante. Si une élection avait lieu aujourd’hui même, nous pourrions faire une percée dans Chauveau où je me présente et probablement aussi en Beauce. À Québec, on pourrait faire des ravages. Notre but est de commencer par Québec pour ensuite faire tache d’huile en s’étendant partout sur le territoire.»

 

Le prix à la pompe bat des records au Québec et c’est pourquoi vous suggérez de suspendre la taxe provinciale sur l’essence ainsi que celle sur les carburants. Est-ce vraiment une solution à long terme si l’inflation est toujours appelée à grimper?

 

Éric Duhaime: «La suspension de ces taxes est la solution à court terme pour soulager la population. À long terme, la solution est d’exploiter nos ressources naturelles pour atteindre l’autonomie énergétique. Depuis la guerre en Ukraine, on voit d’ailleurs que le mouvement en faveur de notre indépendance énergétique a pris de l’ampleur et c’est tant mieux.

Dans son livre Cap sur un Québec gagnant publié en 2013, François Legault proposait lui-même d’exploiter nos propres ressources naturelles: il a fait un virage à 180 degrés sur la question qui illustre un grave manque de considération pour ses électeurs. 
 
De son côté, le Parti québécois propose de fixer le prix de l’essence. C’est une position qui témoigne d’une profonde méconnaissance des mécanismes de l’économie. Ce n’est pas à un parti politique de fixer des prix qui varient en fonction du marché.»
 
Le débat sur la densification est revenu à l’avant-scène sous le leadership de maires écologistes opposés à l’étalement urbain. Pourtant, des maires comme Bruno Marchand font aussi la chasse au bruit et au moindre «désagrément» causé par la densité sociale. N’est-ce pas quelque peu paradoxal?
 
Éric Duhaime: «Ce que je trouve contradictoire dans le débat sur la densification, c’est que d’un côté, des gens déplorent la crise du logement, mais de l’autre, ils s’opposent à ce que des maisons soient construites hors de la ville. Si on veut régler la crise du logement et que les jeunes aient accès à la propriété malgré l’explosion des prix, eh bien il faut construire des maisons. 

Le fait de vouloir empêcher le développement va totalement à l’encontre du discours favorable aux logements. Il ne faut pas oublier que les gens qui vont vivre en périphérie le font souvent pour des raisons économiques. Ces gens ont le droit d’aspirer à une certaine qualité de vie et de ne pas vouloir habiter au douzième étage d’un édifice sans balcons avec leurs enfants.»
 
La gestion de la crise sanitaire a encouragé le développement d’une sorte de réglomanie rimant avec un désir accru de contrôle social. Un conseil de quartier de Limoilou a récemment suggéré à la Ville de Québec d’encadrer l’utilisation des barbecues à charbon pour des raisons écologiques et de «bon voisinage». Que pensez-vous de cette tendance?

 

Éric Duhaime: «La solution à la montée de ce courant de surrèglementation, c’est nous. Nous voulons plus de libertés. Nous voulons que nos droits soient respectés et une plus saine démocratie. Les représentants de ce courant de pensée sont en train de grossir nos rangs. Autrement dit, nous incarnons le retour du balancier. 

Les militants du Parti conservateur sont des gens qui ne sont pas intéressés à ce que le gouvernement leur dise quoi manger, quoi penser, quoi regarder à la télévision, quoi porter comme vêtement et qui ils peuvent inviter pour souper. »