Un récit médical dominant empêche des médecins de proposer d’autres traitements que ceux défendus par les géants pharmaceutiques pour traiter la maladie de Lyme, dont les caractéristiques sont bien connues des autorités médicales.
Il faut que les autorités changent leur perception de la maladie de Lyme et qu’elles «encouragent les médecins à développer des approches plus complètes» pour les patients qui en sont atteints, lance Dr. Amy Offutt, médecin américain et spécialiste des enjeux liés aux maladies à transmission vectorielle.
La situation est urgente, car derrière le manque d’ouverture des autorités médicales, ce sont «les patients qui souffrent le plus», déplore le médecin.
Une maladie qui inquiète
Selon le site officiel du gouvernement du Québec, «la maladie de Lyme se transmet par la piqûre d’une tique porteuse de la bactérie Borrelia burgdorferi».
Bien documentée par la communauté scientifique depuis plus de 40 ans, la maladie tire son nom de la ville de Lyme, dans l’État du Connecticut aux États-Unis, dont l’histoire fut marquée par une éclosion d’arthrite chez des enfants.
Les provinces canadiennes les plus touchées par la présence des tiques porteurs de la bactérie Borrelia burgdorferi sont la Colombie-Britannique, le Manitoba, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et le Québec.
L’inquiétude est présente chez les autorités de santé publique du Québec depuis 2011, car il y a eu une forte progression du nombre de cas déclarés de maladie de Lyme.
Le monopole des antibiotiques
Les antibiotiques restent le traitement le plus conventionnel au Canada et au Québec.
Selon le gouvernement du Québec, il faut un traitement avec des «antibiotiques prescrits par un médecin» et «la nature et la durée du traitement dépendent du stade de l’infection et des symptômes présents».
Le gouvernement du Canada souligne que «la maladie de Lyme est traitée au moyen d'antibiotiques».
Cette tendance à réduire le traitement de la maladie de Lyme aux antibiotiques sans se pencher sur des traitements non conventionnels est aussi présente chez les médecins en Amérique du Nord.
Pour Dr.Offutt, deux raisons peuvent expliquer ce phénomène.
D'une part, «le rythme rapide des soins et les charges réglementaires toujours croissantes» n’ont pas permis aux médecins de se familiariser davantage avec cette «science qui soutient l'utilisation d'une grande variété de thérapies», dont les plantes.
D’autre part, «on a réussi à persuader la plupart des cliniciens que les approches non conventionnelles ne doivent pas être envisagées ou explorées», explique la présidente élue de la International Lyme and Associated Diseases Society (ILADS), une organisation à but non lucratif qui cherche à accompagner les médecins dans le traitement des maladies vectorielles.
Ce qui veut dire, par exemple, que peu de cliniciens sont disposés à consulter cette littérature scientifique qui démontre les bienfaits des plantes dans le traitement de la maladie de Lyme par manque de curiosité et de sensibilisation.
Pourquoi pas les plantes?
Les autorités médicales ainsi que le corps de médecins doivent mettre fin à leur vision «désuète» des maladies vectorielles en prenant conscience que «les infections transmises par des vecteurs peuvent causer des maladies chroniques», explique Dr. Offutt.
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Selon Dr. Offutt, c’est en «éduquant davantage nos cliniciens à aborder les patients souffrant de maladies chroniques avec une approche plus à jour» que les médecins et les professionnels paramédicaux pourront s’armer d’un plus grand arsenal de traitements allant des antibiotiques aux thérapies à base de plantes.
Plusieurs études démontrent que les plantes peuvent jouer un rôle important en tant que traitement naturel de la maladie de Lyme, surtout pour les cas de maladie chronique.
Par exemple, selon une étude en 2020 de Johns Hopkins, Artemisia annua (absinthe douce) et Uncaria tomentosa (griffe de chat) étaient efficaces pour éradiquer B. burgdorferi dans sa phase stationnaire, voire plus efficace que la doxycycline et le céfuroxime, deux antibiotiques classiques.
En effet, l’étude conclut que «seul 1% d'extrait de Cryptolepis sanguinolenta a provoqué une éradication complète, tandis que la doxycycline et le céfuroxime et d'autres herbes actives n'ont pas pu éradiquer les cellules en phase stationnaire de B. burgdorferi».
Selon les auteurs de l’étude, ces résultats suggèrent aussi que «les symptômes persistants peuvent être dus à des bactéries persistantes qui ne sont pas tuées par un traitement conventionnel antibiotique de Lyme».
«Les traitements à base de plantes sont également utilisés par de nombreux cliniciens aux États-Unis et dans d'autres parties du monde», souligne Dr. Offutt.
Chaque personne est unique
Pour ILADS, il n’est pas question de mettre de côté les antibiotiques, mais plutôt d’inclure les plantes et autres traitements non conventionnels dans la boîte à outils des professionnels de la santé.
Les autorités médicales devraient «encourager les professionnels de la santé à suivre une formation pour développer des approches complètes pour les patients atteints de maladies à transmission vectorielle» et, ensuite, «encourager le traitement individualisé», explique l’ancienne membre du conseil d’administration d’ILADS.
Mais, pour Dr. Offutt, cela exige que les autorités médicales «s’assurent de former une représentation plus complète de la littérature publiée», car «leurs sources sont choisies en utilisant des biais pour continuer à soutenir leur récit» qui clame que les maladies de Lyme sont seulement temporaires et que les antibiotiques sont le seul traitement efficace.
Manque de financement public
La crédibilité et la légitimité d’un traitement se construisent grâce à la solidité de ses preuves scientifiques.
Il est vrai que «la preuve scientifique est encore limitée pour la plupart des thérapeutiques à base de plantes», admet la professionnelle de santé.
Mais les raisons sont variées, dont le fait dont le manque d'investissements dans la recherche publique, explique Dr. Offutt.
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«Il faut investir davantage dans la recherche en dehors de la recherche privée financée par le secteur pharmaceutique», insiste la clinicienne.
«Si davantage de recherches pouvaient être publiées, ce qui nécessite un financement, il y aurait plus de chances que certains de ces produits soient plus couramment utilisés par les professionnels de la santé», conclut-elle avec Libre Média.











