Selon l’auteur et historien Marc Simard, la redéfinition des rapports conjugaux et les contraintes réglementaires s’ajoutent à l’immigration comme principales causes de la crise du logement. Comment? Il nous livre son analyse.
Le Canada (et donc le Québec) connaît depuis quelques années une crise du logement qui ne cesse de s’aggraver et qui se manifeste aussi bien par la rareté des logements que par la hausse des loyers et l’augmentation de l’itinérance.
Ces derniers temps, les autorités et les observateurs ont identifié comme cause principale de cette crise l’augmentation de l’immigration sous le régime Trudeau.
Cette immigration se caractérise à la fois par une invitation à la fois naïve et idéologique aux immigrants à venir s’installer dans notre pays si généreux, par l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile (qui passent désormais par les aéroports) et par l’immigration temporaire (qui peut devenir permanente) de la main-d’œuvre, dont les entreprises et les agriculteurs ont besoin, et des étudiants étrangers (vrais ou même fictifs) que les universités utilisent pour se renflouer en leur imposant des droits de scolarité beaucoup plus élevés qu’aux citoyens canadiens.
Des facteurs négligés
Au Québec, une des causes du désir effréné des universités de cueillir cette manne étrangère est, paradoxalement, le «Printemps érable» de 2012, à l’issue duquel les étudiants ont réussi à limiter la hausse des droits, ce qui a incité les institutions d’enseignement supérieur, qui souffrent de sous-financement chronique, à accueillir plus d’étudiants étrangers, qui paient le fort prix sans rouspéter.
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Mais l’immigration, même massive comme la qualifient certains, n’est pas la seule cause de la crise du logement. Deux autres facteurs fusionnent avec elle: la redéfinition de la conjugalité et la faiblesse de la construction résidentielle, dans le domaine des logements à prix abordables notamment.
Bureaucratie paralysante
Sur la question de la construction résidentielle, les avis sont unanimes: il y a un grave déficit entre la demande (croissante à cause des facteurs mentionnés ci-haut) et la mise en chantier de logements. Cette carence s’explique notamment par la pénurie de main-d’œuvre, qui ne connaît pas d’embellie malgré la récession, et par l’insuffisance des capitaux dont ont besoin les entrepreneurs. Et ce en dépit des subventions gouvernementales.
Mais elle est aussi aggravée par deux facteurs qui tiennent de la gestion politique. D’abord, l’extrême lenteur des administrations municipales dans l’étude des projets qui leur sont soumis et le manque de célérité à émettre des permis. On touche ici à l’administration municipale dans toute sa splendeur bureaucratique. Que faire, comme aurait dit Lénine?
Ensuite, la règlementation tatillonne qui enserre la question des loyers et des baux dans un carcan qui décourage non seulement les investisseurs, mais amène même des propriétaires de logements à les retirer du marché parce que ce n’est plus rentable ou parce que leur gestion et les rapports avec certains locataires sont devenus trop lourds, ou à tenter des rénovictions.
Ainsi, nombre de logements abordables disponibles disparaissent, tandis que d’autres tombent en décrépitude faute d’investissements.
Dans ces circonstances, on ne se surprendra pas que les entrepreneurs en construction construisent à la chaîne des maisons carrées toutes semblables qui se vendent fort cher, ainsi que des condos (locatifs ou à vendre), qui ne sont pas donnés non plus.
De nouveaux rapports conjugaux
Enfin, il y a une question, qui passe en général sous le radar, et qui est d’ordre social et culturel: le fait que la conjugalité entraine de moins en moins la cohabitation, et ce à tous les âges.
On n’a qu’à prendre cet exemple (fréquent) du couple qui se sépare. Disons que la conjointe garde la maison et y élève les enfants. De plus en plus souvent, quand elle se dégotera un nouveau conjoint, celui-ci ne viendra pas habiter avec elle, mais continuera à habiter dans son appart ou son condo (vivent la paix et la liberté, si elles sont compatibles avec une relation conjugale satisfaisante).
Si la formation de ce nouveau couple a entrainé l’éclatement de celui du nouveau conjoint (une possibilité), l’ex de celui-ci devra se trouver un logement, souvent seule, du moins dans les débuts, et peut-être ad vitam aeternam si elle a apprécié les avantages de vivre seule. Quant à l’ex de la femme du premier couple, il devra bien sûr se dénicher un toit, entre autres pour y recevoir leurs enfants lors de ses journées de garde. Il y vivra possiblement seul parce que sa nouvelle conquête hésitera à s’installer avec lui et ses enfants, un fardeau.
Nous sommes donc passés d’une situation où quatre adultes occupaient deux logements à une autre ou ces mêmes personnes (plus une autre, éventuellement), en occupent quatre.
Une crise complexe
La crise du logement est donc multifactorielle. On peut l’apaiser en limitant l’immigration, ce qui ne se fait toutefois pas en criant ciseau, entre autres parce que ça générera beaucoup de mécontentement, dans les universités et les entreprises, notamment, et chez les immigrés qui voudraient bien faire venir ici famille et amis.
Ou en stimulant la construction résidentielle (surtout celle d’appartements à loyers abordables), mais cette transformation requiert de modifier les lois et la réglementation, de subventionner davantage la construction d’habitations à loyers modiques, ainsi que de créer des programmes et d’instaurer des règlements pour stimuler celle-ci.
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Sans compter la nécessaire révision des modes de fixation des loyers et la gestion des plaintes (par exemple la Régie du Logement), qui dans l’état actuel contribuent à la réduction du nombre de logements disponibles et à la détérioration du parc locatif.
Quant à la conjugalité sans cohabitation chez les couples, il est vraisemblable qu’il faudra faire avec, puisque c’est un phénomène de mentalités, lesquelles sont difficiles à changer.
On voit bien que le problème est immense et que ça demandera beaucoup de volonté et de doigté, ne serait-ce que pour l’atténuer.











