Il en revient à nous d’honorer la mémoire des Patriotes et de veiller à ce que les valeurs de liberté, de justice et d’égalité qu’ils ont défendues ne restent pas lettre morte.
Depuis 2003, le Québec célèbre chaque année sa Journée nationale des Patriotes afin de «souligner l'importance de la lutte des Patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance de leur nation, pour sa liberté politique et pour l'établissement d'un gouvernement démocratique».
Près de deux siècles se sont écoulés depuis ce soulèvement national historique. Cet événement continue de hanter les mémoires et de fasciner les esprits, comme si la leçon qu’il renferme n’avait toujours pas été apprise.
La quête de reconnaissance de droits
Pour pleinement saisir la signification de cette cause défendue par nos ancêtres du 19e siècle, il faut se rappeler que la guerre des Patriotes avait été précédée par près d’un demi-siècle de luttes pacifiques menées contre l’autoritarisme et le pouvoir arbitraire du maître colonial nouvellement établi.
En 1791, l’Acte constitutionnel avait divisé la colonie en deux provinces: le Bas-Canada et le Haut-Canada. Pour chacune, des assemblées législatives élues par le peuple, mais sans pouvoirs réels, avaient été instituées.
Au-dessus d’elles siégeaient des conseils législatif et exécutif dont les représentants étaient nommés par le gouverneur de la colonie, sans véritable compte à rendre à l’assemblée législative.
Dans le Bas-Canada, la majorité des postes-clés de l’administration publique étaient confiés à des anglophones, alors que l’écrasante majorité de la population était francophone. Les conditions étaient donc réunies pour permettre les pires abus de pouvoir.
Rapidement, des conflits surgirent entre l’assemblée législative et le gouvernement colonial, alors que des débats sur la gestion des dépenses publiques se répétaient à chaque session parlementaire.
Au début des années 1830, les autorités coloniales firent monter la tension d’un cran en demandant à l’Angleterre de faire venir davantage d’immigrants anglophones pour favoriser l’assimilation des francophones.
Le 21 mai 1832, lors d’une émeute ayant éclaté dans le cadre d’une élection partielle controversée, l’armée britannique mit le feu aux poudres lorsqu’elle tira à bout portant sur la foule en colère, faisant trois morts et plusieurs blessés.
Naissance du mouvement patriote
Fort mécontent, le peuple se rallia autour de membres de la grande bourgeoisie canadienne-française et de notables, notamment Louis-Joseph Papineau, les frères Robert et Wolfred Nelson et le chevalier de Lorimier.
Le Parti Canadien devint le Parti Patriote et il poussa l’assemblée législative à exiger davantage de pouvoirs. Deux ans plus tard, en 1834, l’assemblée adopta ses 92 Résolutions qu’elle fit parvenir au gouvernement de Londres.
Essentiellement, les Patriotes réclamaient ce qui constitue les principaux piliers d’un État démocratique moderne: un corps législatif représentatif doté de pouvoirs réels, un contrôle sur les dépenses publiques et un gouvernement responsable de ses faits et gestes devant tous ses citoyens inclusivement : Canadien français, Autochtones et Britanniques.
Il fallut attendre à 1837 avant qu’une réponse ne parvienne de Londres, stipulant un refus des demandes des députés du Bas-Canada. Envenimant une situation déjà tendue, le climat devenait alors explosif.
De mai à septembre, les Patriotes organisèrent plus d’une vingtaine d’assemblées publiques afin d’inciter la population à se mobiliser. Des affrontements armés surviendront dans les mois suivants à Saint-Denis, à Saint-Charles et à Saint-Eustache. Les Patriotes s’inclineront finalement, en 1838, devant les troupes de l’empire britannique, mieux organisées.
Des résistants seront emprisonnés ou pendus et plusieurs autres, contraints de s’exiler.
Au même moment au Haut-Canada, la concentration du pouvoir entre les mains d’une poignée de privilégiés entraînera également une rébellion semblable à celle des Patriotes. Menée par William Lyon MacKenzie, elle sera aussi durement écrasée par l’armée coloniale.
Un chapitre de l’histoire toujours d’actualité
Près de deux siècles plus tard, ce chapitre de notre histoire n’a rien perdu de son actualité. Inspirés des grands principes républicains de la Révolution américaine, notamment du «no taxation without representation», les idéaux universels mis de l’avant par les Patriotes rejetaient le pouvoir arbitraire au profit de la liberté des peuples.
Cet élan d’émancipation nationale s’était fait l’écho d’un peuple qui subissait la violation systémique de ses droits politiques et civiques, au moment où il traversait une importante crise économique marquée par l’inflation, le chômage et les mauvaises récoltes.
Et si le mouvement patriote a su se donner un ancrage populaire, ce ne fut pas que sur la base d’une coalition canadienne française homogène, mais aussi sur le ralliement de citoyens d’origines anglaise, irlandaise, écossaise et autochtone.
Premiers véritables démocrates de notre histoire, les Patriotes se sont battus avec courage pour défendre l’intérêt et l’autonomie de leur peuple. Ils occupent une place charnière dans l’histoire de la nation québécoise et de la Francophonie d’Amérique.
Il en revient à nous d’honorer leur mémoire et de veiller à ce que les valeurs de liberté, de justice et d’égalité qu’ils ont chèrement défendues ne restent pas lettre morte pour les générations à venir.












