Les Jeux asiatiques d’hiver au royaume du désert

Image tirée d’une du Rallye Dakar 2021 près de Neom en Arabie Saoudite, le 12 janvier 2021. Photo: Franck Fife pour l’AFP.

Mardi le 4 octobre 2022, à 18:35

En 2029, les Jeux asiatiques d’hiver se tiendront en plein désert d’Arabie saoudite, dans la ville de Neom, une mégapole en construction au nord-ouest de la pétromonarchie. 


Dans un communiqué de presse, le Conseil olympique d’Asie s’est réjoui du fait que «les déserts et les montagnes d’Arabie saoudite seront bientôt un terrain de jeu pour les sports d’hiver». 
 
Les Jeux asiatiques d’hiver devraient se dérouler à Trojena, secteur montagneux de Neom, «où les températures descendent en dessous de zéro degré en hiver et où les températures tout au long de l’année sont généralement inférieures de 10 degrés» au bord de mer, rassure le site du projet Neom. 
 
Prévu pour 2026, le site de Trojena comprendra des pistes de ski ouvertes toute l’année, un lac artificiel d’eau douce, des chalets et des hôtels de luxe.  
 
Le directeur de la ville-projet de Neom, Nadhmi Al-Nasr, a affirmé que le site de Trojena sera doté «d’infrastructures adéquates pour créer une atmosphère hivernale au cœur du désert, et de faire de ces Jeux d’hiver un événement mondial sans précédent». 
 

Le projet Neom, c’est quoi? 

 
Neom est un projet d’une région urbaine intelligente futuriste au design atypique au nord-ouest du pays faisant partie du plan Vision 2030 du gouvernement saoudien. 
 
La superficie du projet est de la taille de la Belgique.
 
Le gouvernement veut que la ville-région fonctionne avec 100% d’énergies renouvelables et qu’elle soit exemptée de voitures et de routes. 
 
Des objectifs à prendre avec précaution, car le pays avait promis en 2016 50% d'électricité générée avec des énergies renouvelables d’ici 2030, alors qu’en 2019, seulement 0.1% de l’électricité était «verte».
 
Annoncé en 2017, le projet de 500 milliards de dollars de Neom est avant tout un projet de diversification économique dont le but est de sortir le pays du modèle dominant de production et d’exportation de pétrole. 
 

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Le projet Neom est aussi une stratégie de communication pour la couronne saoudienne, Mohammed Bin Salman, qui a pour but d’améliorer la réputation internationale de l’Arabie saoudite. Le roi veut convaincre le monde entier que Neom est un projet de libéralisation de l’Arabie saoudite économiquement et culturellement. 
 
Une vision du pays qui contraste fortement avec la répression gouvernementale des opposants politiques et la culture en place de violations des droits humains, violations régulièrement dénoncées par différentes ONG. 
 

Les droits humains fréquemment violés 

 
Beaucoup d’anciens employés de la ville-projet Neom, majoritairement des expatriés qui sont restés une seule année au service de l’État saoudien, ont dénoncé une culture managériale oppressante, toxique et discriminatoire à leur égard. 
 
Selon des témoignages récoltés par Bloomberg, les anciens expatriés aiment illustrer leur expérience en Arabie saoudite en utilisant l’image des deux seaux: un seau qui récolte leur salaire et un autre seau qui récolte «toute la merde qu’ils peuvent prendre». Lorsque ce deuxième seau est rempli, les anciens employés expliquent sur un ton ironique qu’il est temps de partir. 
 
L’Arabie saoudite a aussi déjà commencé à emprisonner des Bédouins qui refusent de quitter leurs terres ancestrales pour faire place au projet Neom. Le gouvernement a prévu des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 50 ans pour ceux qui refusent de bouger. 
 
Cela peut laisser présager le sort incertain des futurs ouvriers de ce projet titanesque, à l’image de la Coupe du Monde au Qatar.