Les Irlandais ont rejeté par référendum des propositions reflétant une vision à tendance woke de la famille et de la femme, qu’on voulait remplacer dans un article constitutionnel par «membre d'une famille». Le compte rendu de Francis Denis.
La République d’Irlande tenait hier le 8 mars deux référendums constitutionnels. Deux amendements, portant sur les thèmes de la famille et des soins de santé, étaient proposés aux Irlandais.
Le chef du gouvernement de coalition, Taoiseach Leo Varadkar, cherchait l’approbation d’une majorité de la population en faveur de ces modifications. C’est donc par deux votes distincts que les Irlandais ont pu s’exprimer sur ces enjeux de société, refusant ainsi la modification de deux sections de l’article 41.
Redéfinir la notion de famille?
Les Irlandais étaient appelés à s’exprimer sur la définition du concept même de famille présentée comme étant l’évolution logique de la décision des référendums précédents, lesquels avaient légalisé le mariage homosexuel en 2015 et l’avortement en 2018.
Jusqu’à maintenant, la Constitution irlandaise ne reconnait qu’un seul modèle familial, celui hérité de la tradition occidentale. Plus précisément, les Irlandais se sont prononcés contre la modification des deux paragraphes suivants:
Article 41.1.1:
«L'État reconnaît la famille comme l'unité naturelle primaire et fondamentale de la société et comme une institution morale possédant des droits inaliénables et imprescriptibles, antérieurs et supérieurs à tout droit positif».
Article 41.3.1°:
«L'État s'engage à veiller avec un soin particulier sur l'institution du mariage, sur laquelle est fondée la famille, et à la protéger contre toute atteinte».
En votant NON, les Irlandais ont donc, cette fois-ci, refusé d’inscrire dans la Constitution des évolutions sociétales récentes présentées comme bénéfiques. Ils reconnaissent comme valide la disposition actuelle reconnaissant la centralité de la cellule familiale dans la société ainsi que l’obligation pour l’État de protéger la famille fondée sur le mariage.
Par une majorité dont les chiffres définitifs sont toujours attendus, les Irlandais ont décidé de ne pas redéfinir la notion de famille au profit de l’expression «d’autres relations durables» c’est-à-dire celles de «personnes, sans distinction vis-à-vis du sexe des partenaires».
Durant la campagne, plusieurs observateurs avaient dénoncé l’imprécision et la malléabilité de ces nouvelles formulations. Par ce refus démocratique, l’Irlande maintiendra intégralement les définitions actuelles.
Pour l’ancien ministre de la Justice Michael McDowell, ce statu quo constitutionnel est une victoire importante pour la viabilité du système juridique irlandais, qui aurait été ainsi fragilisé par un «chaos juridique sur le plan successoral et pour les lois d’immigration».
«Femme», un mot controversé?
La deuxième question posée à la population irlandaise portait sur la suppression de deux sections de l’article 41 de la constitution et l’ajout d’une nouvelle section.
Article 41.2.1°: «En particulier, l'État reconnaît que par sa vie au sein du foyer, la femme apporte à l'État un soutien sans lequel le bien commun ne peut être réalisé».
Article 41.2.2°: «L'État s'efforce donc de faire en sorte que les mères ne soient pas contraintes par des nécessités économiques de se livrer à un travail au détriment de leurs devoirs au foyer».
Pour lui substituer une nouvelle section 42B selon laquelle:
«L'État reconnaît que les soins prodigués par les membres d'une famille les uns aux autres, en raison des liens qui existent entre eux, apportent à la société un soutien sans lequel le bien commun ne peut être atteint, et il s'efforce de soutenir ces soins».
C’est donc lors de la Journée Internationale des droits des femmes qu’une majorité d’Irlandais se sont opposés à cette deuxième proposition de changement constitutionnel.
Dublin devra donc mettre en application ce refus d’une substitution du mot «femme» par «membres d'une famille les uns aux autres en raison des liens qui les unissent».
Ainsi, le gouvernement irlandais devra maintenir la reconnaissance spécifique du rôle des femmes comme «soutien de l’État», lequel continuera en contrepartie à les soutenir par l’entremise d’aides spécifiques «aux mères» dont les «devoirs au foyer » sont toujours reconnus comme prioritaires pour le « bien commun » de la société. Le référendum aura donc pour conséquence que ces articles resteront inchangés.
Pour la conseillère Sarah O’Reilly du Parti Aontú, cette décision représente une immense victoire puisqu’elle maintiendra les droits des aidants naturels. Cet amendement aurait «soustrait le gouvernement à sa responsabilité de fournir des soins», avait-elle affirmé en entrevue.
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Pour la ministre de l’Égalité Roderic O’Gorman, qui avait qualifié de «rétrograde» et «sans égard pour le rôle que les femmes jouent dans l’Irlande moderne» les anciens articles constitutionnels, cette décision s’inscrit en rupture avec l’histoire longue de la lutte féministe contre la disposition de «la femme à la maison».
Comme tout changement constitutionnel, les modifications apportées prendront des années à se manifester dans toute leur ampleur.
Notons que depuis sa promulgation en 1937, la Constitution irlandaise a fait l’objet de modifications suite à 38 référendums et à plusieurs jugements de la Cour Suprême.











