Une nouvelle alerte des Nations unies sur la famine au Yémen laisse présager le pire dans ce pays du Moyen-Orient, au moment où l’attention mondiale est focalisée sur la guerre en Ukraine. Des groupes de pression pointent le rôle de la coalition militaire menée par l’Arabie Saoudite et le soutien en armement fourni par les États-Unis.
Trois organisations de l’Onu, à savoir l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’UNICEF ont publié, le 14 mars dernier, de nouvelles données sur le Yémen, considérant que «la crise alimentaire dans le pays, déjà très grave, est au bord de la catastrophe».
Des éléments du rapport, rendus publics sur le site électronique Onu Info, indiquent que «le nombre de personnes qui ne seront probablement pas en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires minimums pourrait ainsi atteindre le chiffre record de 19 millions de personnes», alors que le pays compte un peu plus de 29 millions d’habitants. «Une nouvelle donnée extrêmement inquiétante est que le nombre de personnes connaissant des niveaux catastrophiques de faim devrait être multiplié par cinq au cours du second semestre de 2022», préviennent la FAO, le PAM et l’UNICEF.
Au moment où ce drame humain se profile à l’horizon, dans un pays déchiré par la violence depuis 2014-2015, toute l’attention mondiale semble focalisée sur la guerre en Ukraine.
Famine à l’horizon: le Congrès américain interpellé
Pour parer à cette situation, plus de 70 groupes de pression ont interpellé, le 20 avril, dans un communiqué commun, le Congrès américain sur le rôle de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite et le blocus qu’elle impose dans la région, grâce notamment au soutien en armement des États-Unis.
«Le 26 mars 2022 a marqué le début de la huitième année de la guerre et du blocus saoudiens contre le Yémen, qui a contribué à la mort de près d'un demi-million de personnes et poussé des millions d'autres au bord du gouffre de la famine», indique le communiqué. Les signataires notent qu’«avec le soutien militaire américain continu, l'Arabie saoudite a intensifié sa campagne de châtiment infligé au peuple yéménite ces derniers mois, faisant du début de 2022 l'un des périodes les plus meurtrières de la guerre».
À cet effet, les groupes de pression, qui saluent la trêve nationale de deux mois, pour arrêter les opérations militaires, lever les restrictions sur le carburant et ouvrir l'aéroport de Sanaa au trafic commercial, appellent l’Administration américaine à «renforcer cette trêve et inciter davantage l'Arabie saoudite à rester à la table des négociations».
Hassan Al-Tayyab, directeur exécutif du Comité des Amis sur la législation nationale, un des groupes de pression américains signataires du communiqué, soutient que «le Congrès doit aider à empêcher un recul de l'Arabie saoudite» et «bloquer le soutien militaire américain à toute reprise des hostilités».
«La guerre en Ukraine a approfondi le problème»
Selon Mari-Joël Zahar, professeure titulaire en science politique à l’Université de Montréal, et directrice du Réseau de recherche sur les opérations de paix, même si «la crise humanitaire au Yémen ne date pas d’aujourd’hui», le pays est présentement menacé de famine «en grande partie à cause du conflit qui s’y déroule depuis 2015». Dans une déclaration à Libre Média, elle relève que «la guerre en Ukraine a approfondi le problème, car le Yémen comme toute la région MENA dépend du blé ukrainien pour cette denrée essentielle des pauvres qu’est le pain».
Pour cet universitaire, «l’annonce début avril d’une trêve de deux mois est (toutefois) un signe positif», auquel il faut ajouter «un appui aux efforts de l’ONU de convaincre les parties de s’asseoir à la table des négociations».
Dans ce sillage, Affaires mondiales Canada a annoncé, le 16 mars dernier, une aide de 62,5 millions de dollars en 2022, pour répondre aux besoins humanitaires des personnes touchées par le conflit au Yémen.
«Le Canada demeure profondément préoccupé par les répercussions du conflit au Yémen. Une aide d’urgence doit être acheminée rapidement aux personnes les plus touchées par cette crise humanitaire, qui est l’une des pires au monde», a soutenu Affaires mondiales.
Pour rappel, en septembre 2021, quatre anciens députés, Daniel Turp, Libby Davies, Douglas Roche et Adam Vaughan, avaient interpellé le gouvernement canadien afin qu’il «cesse de fournir des armes à l’Arabie Saoudite».
Une pétition a été lancée pour le même motif par la branche canadienne de l’organisme Amnistie internationale.











