L’éditorial de notre rédacteur en chef Jérôme Blanchet-Gravel.
Je suis nationaliste, tu es nationaliste, il est nationaliste. Au Québec, nous conjuguons le nationalisme à toutes les personnes et à tous les temps, sans toujours trop savoir à quoi il correspond vraiment dans la réalité.
Tout le monde est nationaliste et tout le monde est fier, tellement fier de sa patrie et de son modèle social, surtout les gens de la CAQ qui entendent miser sur ce sentiment partagé à la prochaine campagne électorale.
Un Québec à cultiver
Il est vrai que nous sommes toujours les héritiers d’une culture unique en Amérique méritant d’être préservée et surtout, d’être cultivée.
Les gens qui ont bâti l’Amérique française étaient des gens valeureux dont la mémoire est digne d’être célébrée, et notre rapport avec nos frères amérindiens n’a pas toujours été aussi conflictuel que le prétend un certain courant décolonial.
Mais dans les faits, nous sommes aujourd’hui devant une société atomisée où le lien social ne tient plus qu’à un fil.
Pour reprendre les paroles d’une chanson de Louis-Jean Cormier, au Québec, nous sommes bons pour «jouer au solitaire tout le monde en même temps», une tendance qui a culminé durant la dernière pandémie.
Les problèmes de santé mentale explosent littéralement, et en bonne partie du fait de notre culte de la sécurité qui nous rend intolérants à la moindre adversité. À la moindre incertitude.
Le vieillissement de la population à vitesse grand V précipite l’avènement d’un État-CHLSD entièrement consacré à la prévention de tous les risques et périls imaginables.
La pandémie de Covid-19 a affaibli notre démocratie en normalisant l’état d’urgence.
Pourtant, nous refusons de faire notre examen de conscience et ce n’est probablement pas François Legault qui nous proposera d’entamer cette grande introspection.
En fait, l’essentiel de la classe politique et médiatique se comporte comme si rien ne s’était passé ces deux dernières années.
Un nationalisme «woke»?
Il est presque à se demander si nous ne sommes pas devant un processus de «wokisation» du nationalisme québécois qui consisterait à en faire une posture dénuée de tout véritable contenu.
Un nationalisme ostentatoire et vide moins le radicalisme du wokisme, dont le propre serait de montrer, d’afficher qu’on appartient au bon camp, sans pour autant tirer les leçons de notre programme.
Un nationalisme à l’image de l’écriture inclusive, cette démarche symbolique qui n’a rien changé à la condition des femmes dans le monde.
On agite des drapeaux quelques fois par année, on intègre un lys à sa photo de profil le jour de la Saint-Jean devenue Fête nationale, on assiste à un spectacle des Cowboys fringants.
Quels efforts faisons-nous concrètement?
Au Québec, nous sommes devant un nationalisme bureaucratique multipliant les lois pour protéger notre culture comme pour la brancher à un respirateur artificiel.
Au lieu de continuer à croître, nous avons créé une réserve faunique.
Déresponsabilisation
Nous confions à l’État le rôle de protéger le français à notre place, tout en utilisant des anglicismes disgracieux et en négligeant plus que jamais son usage.
On oublie que le français est une langue précise et riche offrant de larges perspectives par son caractère international.
On se congratule à gogo d’être «nationaliste», mais on se mobilise contre le barbecue de son compatriote et sa fâcheuse tendance à tondre le gazon à l’heure du dîner.
Il est où, l’amour de la patrie?
On se félicite de jouer les gros bras face à Ottawa, mais en vérité, on consacre plus d’énergie à militer contre des spectacles en plein air se déroulant durant un été de trois mois. Un été que nous prenons plaisir à fuir à grands coups d’air climatisé – terrible danger de la chaleur oblige.
En 2022, à part de proposer de baisser les seuils d’immigration confortablement installé dans son salon, concrètement, dans la vie de tous les jours, c’est quoi le nationalisme au Québec?
Rénover sa salle de bain en bénéficiant d’un crédit d’impôt du gouvernement Legault?
Le vendredi soir, écouter Netflix en français au lieu d’aller rendre visite à sa grand-mère seule, prétextant d’avoir été en contact il y a deux semaines et demie avec un collègue ayant «testé positif à la Covid-19»?
Le nationalisme sans peuple ni esprit de communauté n’a pas plus de sens que d’avenir.











