Le complotisme woke

De jeunes activistes trans manifestent pour leurs droits 13 mai 2023, près du château Frontenac à Québec. Photo: Jérôme Blanchet-Gravel pour Libre Média.

Lundi le 15 mai 2023, à 10:00

Samedi dernier a eu lieu à Québec une manifestation pro-trans ayant rassemblé une centaine de personnes. Jérôme Blanchet-Gravel a interviewé des participants convaincus d’être bientôt victimes d’un «génocide» aux États-Unis.

 

«Aux États-Unis, nous allons bientôt être exterminés: c’est prouvé par la sociologie», m’assure d’entrée de jeu Andrew Conner, un activiste trans de 30 ans vivant à Québec.

 

Samedi dernier en après-midi avait lieu sur la terrasse Dufferin, à Québec, une manifestation pour les droits des personnes trans. Organisé par les organismes GRIS-Québec et Divers-Gens, l’événement a rassemblé une centaine de personnes et s’est déroulé pacifiquement.

 

Des participants distribuaient des autocollants «Fck Éric Duhaime» aux passants, sans savoir peut-être que le chef du Parti conservateur du Québec était ouvertement homosexuel, une orientation probablement déjà perçue comme vieux jeu dans leur groupe.

 

Paranoïa

 

Andrew Conner poursuit à notre micro: «On n’est pas encore au stade de l’extermination, car c’est le huitième stade. Mais nous sommes rendus au septième aux États-Unis. Au Québec, je dois admettre qu’on est dans une situation différente, car c’est vraiment comme un safe space. Mais il y a beaucoup de choses à améliorer ici aussi».

 

Si les trans ne sont pas encore en voie d’extermination au Québec, mon interlocuteur déplore la «discrimination systémique» dont ils seraient régulièrement victimes.

 

«Mégenré» à l’hôpital

 

Lors d’un récent séjour à l’hôpital l’Hôtel-Dieu en raison d’une pneumonie, Andrew Conner a été «mégenré» par une infirmière malveillante, preuve, selon lui, de la persistance d’une mentalité arriérée.

 

«L’infirmière m’a dit que je devais arrêter mes caprices. Ensuite, le reste du personnel a fait exprès de me mégenrer toute la nuit. La première fois qu’une personne vous mégenre, c'est pas dramatique, mais la deuxième fois après l’avoir avertie, c’est une attaque personnelle», s’insurge-t-il.

 

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Marie-Soleil Fillion, 50 ans, est également une activiste trans habitant la région de Québec. Elle renchérit en entrevue: «On enlève ce qui fait partie de nous, cette lumière qui nous fait grandir. […] On essaie d’assassiner ce qu’il y a à l’intérieur de nous. On essaie de nous tuer pour forcer à nous conformer», proteste-t-elle.

 

 

Les militants trans Marie-Soleil Filion (gauche) et Andrew Connor (droite).

 

 

Ma deuxième interlocutrice, qui s’est déjà présentée comme candidate indépendante dans la circonscription de Taschereau, s’inquiète de l’interdiction d’administrer des traitements hormonaux et chirurgicaux aux enfants déclarés «trans» dans certains États américains, généralement républicains.

 

1,6 million de trans aux États-Unis

 

Rappelons que début mai, les élus de Floride ont voté une loi qui interdit aux médecins d'administrer aux mineurs ces traitements souvent irréversibles. Une étude parue en juin 2022 estime que près de 1,64 million de personnes de plus de 13 ans s'identifient comme trans au pays de l’Oncle Sam.

 

«On discrimine des enfants qui veulent faire jaillir leur lumière intérieure. […] Je suis forcé de vivre avec une pomme d’Adam et une voix masculine. Je dois vivre avec un visage androgyne, mais plus masculin. Si j’avais pris des bloqueurs d’hormones quand j’étais enfant, je me sentirais mieux malgré ma vaginoplastie. Malheureusement, mon cerveau s’est développé avec de la testostérone», déplore Marie-Soleil Fillion.

 

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Andrew Conner aurait aussi aimé avoir accès à des bloqueurs de puberté «à partir de 14 ans», car il se sentirait beaucoup mieux aujourd’hui sur le plan corporel et psychologique.

 

«La dysphorie de genre, c’est vraiment violent. Je connais des gens qui se seraient suicidés sans les opérations de changement de sexe. Il vaut mieux commencer les traitements le plus tôt possible», estime celui qui déplore aussi les contraintes bureaucratiques alourdissant et retardant les chirurgies de «transition».

 

Les drag queens comme «boussole»

 

Concernant la prolifération des drag queens dans l’espace public, Andrew Conner et Marie-Soleil Fillion défendent bien sûr le rôle de ces personnages auprès des enfants, contrairement à Éric Duhaime qu'ils méprisent sans ménagement comme leurs camarades.

 

«Les drag queens, c’est pas de l’endoctrinement. Leur intervention dans les écoles permet à des enfants comme moi de s’identifier à elles et de se voir comme normaux. Les jeunes trans ont besoin d’une boussole dans la société. Les drag queens aident les enfants à mieux se comprendre et j’aurais beaucoup aimé en rencontrer une à l’âge de trois ans», conclut Marie-Soleil Fillion avec Libre Média.