Le Canada, otage du wokisme sur la scène internationale

Une femme chinoise passe devant une affiche représentant un drapeau LGBT devant l'ambassade du Canada à Pékin, le 18 mai 2018. Photo: Greg BAKER pour l’AFP.

Mardi le 18 février 2025, à 12:05

Sous Justin Trudeau, l’aide internationale finance aussi la promotion du wokisme. Déminage «inclusif» et formation policière LGBT en Ukraine: une approche que Mark Carney semble déterminé à poursuivre, selon le professeur Jean-François Caron.

 

Un scandale refait surface: le gouvernement Trudeau utilise l'aide internationale pour promouvoir son idéologie woke dans le monde. 

 

Pour Jean-François Caron, cette approche nuit à la réputation du Canada sur la scène internationale, sans grande surprise. Selon lui, si Mark Carney accède au pouvoir aux prochaines élections, cette ligne directrice perdurera. Seul un retour des conservateurs pourrait, à ses yeux, y mettre un terme.

 

Jean-François Caron est professeur de science politique à l’Université Nazarbayev, au Kazakhstan. Entretien.

 

Simon Leduc: Le gouvernement Trudeau a financé de nombreuses initiatives liées au wokisme à travers le monde. Quelle est votre réaction face à cela?

 

Jean-François Caron: «Je ne suis pas surpris par cette tendance woke du régime Trudeau. Il y a environ un an, je devais faire une présentation à Ottawa pour expliquer que la politique étrangère canadienne était trop axée sur la promotion des valeurs wokes.

 

Or, mon allocution a été annulée à la dernière minute parce qu'une professeure d'université qui allait aussi participer à la séance, Stéphanie Carvin, ne voulait pas l'entendre. Elle n'appréciait pas mes analyses et mes opinions.

 

Par exemple, Affaires mondiales Canada a financé à hauteur de 277 369 dollars un programme de "formation policière inclusive LGBTI" en Ukraine, mis en place entre le 18 février 2020 et le 30 novembre 2022. Mais ce n'est là qu’un exemple parmi d’autres des politiques wokes financées sous le régime Trudeau. 

 

Plus récemment, Ottawa a annoncé l’octroi de quatre millions de dollars pour des opérations de déminage en Ukraine… menées dans le respect de la diversité sexuelle et des "sexospécifités". 

 

En conséquence, le Canada est marginalisé sur la scène internationale par des sociétés plus conservatrices qui rejettent ces politiques d'inclusion et de genre. Plusieurs États refusent d'adhérer à cette vision, ce qui a mis notre pays en porte-à-faux avec eux.

 

Normalement destinée aux populations dans le besoin, l’aide internationale est dans ce contexte détournée pour financer ces programmes wokes, souvent gérés par des fondations comme Aga Khan. Cela signifie qu'une grande partie des fonds publics ne sert pas directement les populations vulnérables, mais finance plutôt des emplois au sein de ces organisations. 

 

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On pourrait presque parler de détournement de fonds, car cet argent public est dépensé à des fins qui ne correspondent pas aux objectifs premiers de l'aide humanitaire.

 

On sait qu'Aga Khan a financé des vacances de Noël à Justin Trudeau en 2017. Il est légitime de se demander si ces vacances payées n'étaient pas une forme de retour d'ascenseur pour les millions de dollars confiés à cette fondation par le ministère des Affaires étrangères. Cela donne l'impression d'un système où l'on remercie les amis du régime.»

 

Les médias traditionnels parlent très peu de ces programmes wokes instaurés par Affaires mondiales Canada. N’est-ce pas?

 

Jean-François Caron: «C'est malheureux de constater que les médias de masse sont restés silencieux face à toutes ces dérives idéologiques du gouvernement Trudeau. 

 

Je pense qu'ils ne veulent pas mordre la main qui les nourrit. De ce fait, la couverture médiatique est conçue pour ne pas nuire à Justin Trudeau.

 

Ainsi, les citoyens qui ne s'informent que par les médias traditionnels ne sauront jamais à quel point ces fonds publics sont gaspillés. C'est très préoccupant.»

 

Mark Carney va-t-il poursuivre la politique woke du gouvernement Trudeau?

 

Jean-François Caron: «Le prochain chef libéral adhère totalement à la politique d'inclusion de Justin Trudeau. Mark Carney a clairement affirmé que le Canada continuerait à promouvoir le wokisme et les valeurs progressistes, tant sur la scène nationale qu’internationale. Sa gouvernance sera donc une continuité directe du régime Trudeau.

 

Il faut aussi savoir que c'est Katie Telford (la cheffe de cabinet de Trudeau) qui tire les ficelles dans l'ombre. Elle soutient activement la candidature de Mark Carney et fera partie de sa garde rapprochée. Ce sera donc du pareil au même.»

 

Comment expliquez-vous la remontée soudaine du PLC dans les sondages?

 

Jean-François Caron: «Les médias subventionnés présentent Mark Carney comme un outsider porteur de changement. Mais ils ne diront pas qu'il partage les mêmes valeurs que Trudeau et que le pays sera gouverné de la même manière.

 

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Malheureusement, une majorité de Canadiens et de Québécois s'informent encore principalement par les médias traditionnels. Ils seront donc amenés à croire que Mark Carney incarne le changement, tandis que son adversaire conservateur sera dépeint comme un radical dangereux. 

 

On assistera à une campagne très agressive des élites contre le leader conservateur, qui devra lutter contre un véritable géant médiatique. C'est pourquoi une victoire des libéraux sous Mark Carney demeure possible, malgré dix ans de gouvernance toxique de Trudeau.»

 

Comment le Canada pourrait-il se démarquer sur la scène internationale dans un monde multipolaire?

 

Jean-François Caron: «Dans la nouvelle configuration des relations internationales, le Canada n'a qu'une influence très limitée, qu'il soit dirigé par les libéraux ou les conservateurs. Nous observons l'émergence de plusieurs empires: américain, chinois, russe. 

 

Dans ce contexte, les puissances moyennes comme le Canada sont condamnées à être les vassaux des pays dominants. Le moment de l’histoire n’est pas propice aux petites et moyennes puissances.

 

Le Canada aurait pu diversifier davantage son économie, mais il est un peu tard. Il a misé paresseusement sur l'intégration à l'économie américaine sans anticiper les éventuels conflits d'intérêts. Aujourd'hui, il paie le prix fort de son laxisme en matière de politique étrangère.»