Inflation en hausse: «le conflit en Ukraine sert de bouc émissaire»

Un étalage de pommes dans un supermarché de Monterey Park en Californie, aux États-Unis. Photo: Frederic J. Brown pour l’AFP.

Mercredi le 8 juin 2022, à 13:00

Avec 6,8%, l’inflation n’avait pas été aussi élevée au Canada depuis 30 ans. La gestion restrictive de la crise sanitaire continue d’affecter négativement l’économie, observe Jonathan Hamel, investisseur et analyste en économie et politique.

 

«Les mesures sanitaires ont été une bombe à retardement dont on commence à peine à mesurer l’ampleur», s’inquiète Jonathan Hamel, investisseur et analyste en économie et politique.
 
Selon lui, de «nombreux dirigeants progressistes» tels que Joe Biden, Justin Trudeau et Emmanuel Macron aiment bien pointer le conflit entre la Russie et l’Ukraine pour tenter de faire oublier l’impact de leur propre politique:
 
«Le conflit en Ukraine sert de bouc émissaire. Des facteurs géopolitiques ont empiré le problème, mais il ne faut pas oublier que ce sont les restrictions sur la circulation des gens et des marchandises qui sont à l’origine de ce qu’on voit actuellement», explique-t-il en entrevue avec Libre Média.


L’effet papillon des mesures sanitaires 

 

Selon un certain nombre d’observateurs tels que Pierre Brisson dont un texte est paru récemment dans ces pages, les dommages collatéraux engendrés par les mesures sanitaires pourraient s’avérer plus graves que l’impact du virus lui-même. 
 
C’est aussi l’avis de notre interlocuteur, pour qui il s’agit de «l’éléphant dans la pièce».
 
«Il est là le drame. [...] On voit aussi qu’il y a des gens qui ont honte en quelque sorte d’avoir participé à tout ce cirque politique, et qui préfèrent encore là insister sur la guerre en Ukraine pour se déresponsabiliser».

À l’échelle du globe, l’effet papillon des restrictions se fera encore ressentir sur de nombreuses années, continuant d’affecter les chaînes d’approvisionnement et de ralentir la reprise. 

 

L’inflation réelle supérieure aux chiffres officiels?

 
L’inflation réelle pourrait même être supérieure aux chiffres officiels qui la fixent aujourd’hui à 6,8%, avertit Jonathan Hamel, pour qui le gouvernement du premier ministre Legault est l’un des principaux responsables au Canada de l’érosion du pouvoir d’achat.
 
«François Legault est l’un des politiciens qui a le plus contribué à l’inflation au Canada. Son chèque de 500$ envoyé aux Québécois participe lui-même du phénomène [...] N’oublions pas que c’est grâce aux chèques du fédéral que Legault a pu fermer le Québec aussi longtemps. C’est un nationalisme assez paradoxal», ironise-t-il.

Du côté fédéral, le maintien de règles strictes dans les aéroports nuirait aussi à la reprise en faisant obstacle à la circulation et en laissant planer le retour de restrictions à l’automne. 
 
Le 8 juin à la Chambre des communes, les conservateurs et les néo-démocrates ont à nouveau demandé au gouvernement Trudeau de prendre davantage d’initiatives pour freiner la hausse du coût de la vie. 
 
À cette occasion, le ministre fédéral de l’Innovation, François-Philippe Champagne, a déclaré que la guerre en Ukraine restait le principal facteur de l’inflation affectant les familles canadiennes, en particulier en raison de la réorganisation du marché du pétrole. 
 

Atterrissage en douceur 

 
Pour éviter la récession, les banques centrales tentent ce qu’on appelle un «soft landing» en économie, c’est-à-dire un atterrissage en douceur, observe Jonathan Hamel. 

La manœuvre sera-t-elle effectuée avec succès? Il est encore tôt pour le dire, mais notre interlocuteur rappelle en terminant que l’économie mondiale peut toujours nous réserver des bonnes comme des mauvaises surprises.