En février dernier, le Québec est devenu le premier État en Amérique du Nord à interdire complètement l'extraction des hydrocarbures sur son territoire. Une décision bénéfique pour la nation québécoise?
Lorsqu'il était dans l'opposition, François Legault affirmait que le Québec devait devenir la «Norvège de l'Amérique du Nord», c'est-à-dire un territoire riche où on exploite à la fois l'hydroélectricité, le gaz et le pétrole.
Malheureusement, le chef de la CAQ a changé depuis son fusil d'épaule.
Le positionnement anti-hydrocarbures adopté par le premier ministre et son parti depuis quelques années nuit au Québec, et cela, à plus d'un égard.
Achat local
Un élément central du nationalisme économique est l'achat local. Ce concept est d'ailleurs très à la mode de nos jours, y compris au sein du gouvernement Legault. On n'a qu'à penser au fameux Panier Bleu du ministre Fitzgibbon.
Or l'achat local devrait commencer par l'achat (et donc la production) de pétrole et de gaz québécois.
Étant donné que l'importation d'hydrocarbures non raffinés représente la majorité du déficit commercial du Québec depuis des décennies, acheter de l'essence 100% québécoise est au moins aussi important qu'acheter du jus de pomme 100% québécois.
De plus, comme pour les aliments locaux, les hydrocarbures locaux auraient l'avantage d'être moins polluants, puisqu'ils n'auraient pas à être transportés sur des milliers de kilomètres avant d'arriver chez nous.
Péréquation
Tout nationaliste pragmatique sait que notre dépendance financière à Ottawa est un problème fondamental. François Legault lui-même faisait preuve de lucidité sur cet enjeu avant d'accéder au pouvoir.
C'est encore plus vrai pour les souverainistes qui doivent encore convaincre la population de la viabilité budgétaire de leur projet.
Mais on n'a pas besoin d'être un indépendantiste pur et dur pour regretter que Québec doive se plier aux normes fédérales en santé pour recevoir le financement dont nous avons besoin pour nos hôpitaux et nos CHSLD. D'autant plus que la santé est une compétence exclusive des provinces en vertu de la constitution...
Bref, la péréquation est un frein à l'autonomie du Québec. Pour pouvoir se passer de cet outil redistributif, il va falloir créer de la richesse. Et le meilleur moyen de créer de la richesse, c'est de profiter de la manne énergétique qui repose sous nos pieds. Les retombées économiques liées au seul gaz naturel québécois (sans inclure le pétrole) étaient estimées à 93 milliards $ il y a quelques années.
Est-il surprenant que le virage à 180 degrés de Legault sur la péréquation coïncide avec son virage anti-hydrocarbures?
Compétitivité
Le Québec est devenu le premier État en Amérique du Nord à interdire complètement l'extraction des hydrocarbures sur son territoire en février dernier. Pire encore, les entreprises expropriées n'ont pas reçu la juste valeur marchande de leurs permis.
Cela nuit bien sûr à la réputation du Québec à l'international. Les entreprises étrangères y penseront à deux fois avant d'investir dans notre secteur primaire, ce qui est une mauvaise nouvelle pour le Québec et une bonne nouvelle pour nos voisins.
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De plus, il y a un coût d'opportunité lié au fait de refuser d'exploiter une partie de nos richesses naturelles: le litre de diesel coûte 30 cents de moins à Edmonton qu'à Montréal, avant les taxes. C'est un avantage considérable pour les entreprises basées dans la capitale albertaine, surtout celles évoluant dans des secteurs énergivores.
Qui plus est, la manne pétrolière et gazière permet à l'Alberta de maintenir un environnement fiscal compétitif, alors que le Québec est la société la plus taxée du continent. Il pourrait en être autrement, avec un peu de volonté politique.
Sécurité énergétique
Le dernier aspect à prendre en compte est celui de la sécurité énergétique. La situation en Europe illustre actuellement ce qui peut arriver lorsqu'une puissance hostile décide de couper le gaz à ses clients.
Même si cet exemple peut sembler extrême et lointain à nos yeux, il existe un précédent historique récent qui nous laisse présager de ce qui se produirait si le Québec perdait accès au gaz naturel et aux produits qui en découlent.
La grève du CN (novembre 2019) puis le blocus ferroviaire (janvier-mars 2020) ont provoqué des pénuries de propane dans la Belle Province.
Ce gaz importé d'Ontario par train est particulièrement important pour les agriculteurs, qui l'utilisent pour faire sécher leurs récoltes et pour garder leur bétail au chaud pendant la saison froide.
On avait alors assisté à des manifestations de fermiers en colère au centre-ville de Montréal, qui craignaient d'avoir à abattre leurs troupeaux et perdre leurs gagne-pains.
Pour ne plus jamais assister à de telles scènes, il va falloir miser sur l'autonomie énergétique. Nos agriculteurs le méritent bien. Car c'est aussi ça, le nationalisme: faire passer l'intérêt des nôtres avant tout.











