Haïti: la stratégie du chaos?

Photo de couverture: AFP.

Mercredi le 6 mars 2024, à 17:15

Haïti s’enfonce toujours plus dans le chaos au moment où un chef de gang menace de plonger le pays dans la guerre civile. On en discute avec Roromme Chantal, professeur à l’Université de Moncton et spécialiste de la perle des Antilles.

 

Il est rendu presque banal de dire que rien ne va plus en Haïti, où un chef de gang très influent, l'ex-policier Jimmy Chérizier, menace désormais de déclencher une «guerre civile» si le Premier ministre Ariel Henry s'accroche au pouvoir.

 

«C’est une situation d’une gravité exceptionnelle pour un pays dont l’histoire a été jalonnée de crises majeures», souligne d’entrée de jeu notre invité.

 

Placé à Port-au-Prince par les puissances occidentales via le Core Group, Ariel Henry, que des observateurs soupçonnent d’avoir participé au meurtre du président Jovenel Moïse en juillet 2021, voit sa légitimité fortement contestée dans la population. 

 

La veuve de l’ex-président, Martine Moïse, est elle-même soupçonnée d'être impliquée dans l'assassinat de son mari par un commando de mercenaires colombiens à la résidence présidentielle.

 

Les bandes criminelles, qui dominent la capitale ainsi que les voies d'accès au reste du pays, ont récemment ciblé des sites stratégiques, notamment l'académie de police, l'aéroport et plusieurs prisons, entraînant l'évasion de milliers de détenus.

 

Mascarade 

 

Selon le politologue Roromme Chantal, l’entretien du chaos en Haïti est une stratégie orchestrée par le pouvoir pour justifier son rôle et délégitimer les velléités d’indépendance du pays face à l’emprise de Washington principalement.

 

«Ce à quoi on a assisté au cours des derniers jours, ce n’est pas à l’effondrement de l’État haïtien comme on le dit souvent dans les médias, mais plutôt à sa démission», explique-t-il.

 

La mise en place d’un gouvernement provisoire composé d’experts haïtiens indépendants – seule façon pour Haïti de se reprendre en main sans renoncer à sa souveraineté – pourrait être perçu par Washington, mais aussi par Ottawa et Paris comme une manière de se déprendre des griffes du «néo-colonialisme».

 

«Tout cela participe d’une stratégie du gouvernement visant à entretenir le chaos puisque c’est un gouvernement dont la présence au pouvoir ne tient qu'à un fil. […] Il semblerait que le gouvernement laisse faire, mais instrumentalise ses propres gangs pour créer le chaos et donc augmenter l’urgence pour que la communauté internationale vienne à sa rescousse», poursuit M. Chantal.

 

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Rappelons que le 9 octobre 2022, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé à la mise en place d'une force armée internationale pour répondre aux flambées de violence qui secouent sans cesse le pays le plus pauvre d’Amérique latine. Le Kenya a reçu le mandat d’envoyer des troupes stabilisatrices, lesquelles se font toujours attendre.