«En Occident nous sommes manichéens»

Photo de couverture: Ludovic MARIN pour l’AFP.

Mardi le 9 janvier 2024, à 10:30

De passage à Québec, la géopolitologue Caroline Galactéros analyse l’avènement d’un monde multipolaire et déplore le déni de l'Occident face à son propre déclin. Elle revient aussi sur la reprise du conflit israélo-palestinien.

 

«Il n’y a rien de plus passionnant que la variété du monde. Pourquoi est-ce qu’on a besoin de tout uniformiser selon nos canons?», s’interroge Caroline Galactéros aux grandes entrevues.

 

«En Occident, nous sommes manichéens. Vous ne pouvez pas être autre chose qu’aligné sur le camp occidental. Si vous n’êtes pas dans une attitude de servilité et de total aveuglement complaisant vis-à-vis ce que fait l’Occident ou sa manière dont il voit le monde, vous êtes forcément de l’autre côté», déplore celle pour qui les relations internationale sont tout sauf «des relations amoureuses».

 

Géopolitologue et auteure de plusieurs livres dans son domaine, notre invitée décrit l’avènement d’un monde multipolaire, après une période relativement courte de polarité durant laquelle l’Occident a dominé le système international. 

 

Le tournant du 11 septembre 

 

«Le 11 septembre a vraiment été un coup de tonnerre dans ce qu’on croyait être un ciel bleu, celui d’une mondialisation heureuse, d’une progressive disparition à notre profit des entités souveraines, nationales, étatiques, surtout en Europe… […] Tout l’équilibre a commencé à bouger», résume la présidente de Geopragma.

 

Selon elle, «la bascule du monde» a eu lieu il y a près d’une dizaine d’années dans un contexte d’émergence de la Chine, et ce mouvement s’est accéléré récemment avec l’offensive russe en Ukraine. L’Occident n’a rien à gagner à nier l’émergence de cette nouvelle réalité. Pour rebondir, il doit au contraire raffiner sa lecture de la situation.

 

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«On ne se donne plus les moyens de comprendre ce qui se passe. […] Le réel est là sous nos yeux et il est temps d’en prendre la mesure», plaide l'auteure de passage à Québec dans le cadre d’une conférence organisée par les Productions France-Québec.

 

Notre invitée revient enfin sur la reprise du conflit israélo-palestinien suivant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, selon elle moins le fruit d’une lutte entre deux civilisations qu’un affrontement entre intérêts divergents. «On se sert de la religion, mais ce n’est pas ça qui fait que les États se mettent en guerre les uns contre les autres», conclut-elle.