«Des ressources limitées»: les verts canadiens visent la décroissance

Le futur co-chef du Parti vert du Canada, Jonathan Pedneault, le 18 octobre 2022. Photo: page Facebook de Jonathan Pedneault.

Mardi le 22 novembre 2022, à 16:30

Elizabeth May vient de redevenir chef du Parti vert du Canada, mais partagera son rôle avec Jonathan Pedneault que Libre Média a interrogé. Les verts veulent miser sur des «politiques draconiennes» pour en finir avec l’économie du pétrole.

 

Jonathan Pedneault est expert en gestion de crises et le futur co-chef du Parti vert du Canada. 

 

Simon Leduc: Le week-end dernier, Elizabeth May est redevenue chef du Parti vert du Canada après trois ans d’absence. Vous proposez une codirection à la tête du parti: pour quelles raisons?

 

Jonathan Pedneault: «Au Canada, on fait face à des défis importants qui demandent plus qu’une personne à la tête du Parti vert. On va proposer un modèle bigénérationnel qui représentera toutes les générations. Elizabeth May a 68 ans et moi 32 ans.  

 

De plus, on veut que le leadership de notre parti soit plus efficace et on a conclu qu’une codirection était le bon type de gouvernance à appliquer. On va pouvoir se partager le travail: Mme May au parlement et moi sur le terrain.

 

Élizabeth May ne se concentrera pas nécessairement sur le reste du Canada et moi sur le Québec.  Nous voulons diriger le parti ensemble dans tout le pays.»

 

En général, la gauche écologique prône la décroissance afin de combattre le réchauffement climatique. Est-ce que sous votre leadership, le Parti vert du Canada va adhérer à cette vision des choses?

 

Jonathan Pedneault: «C’est clair que le modèle économique (le capitalisme de marché) dans le lequel on vit présentement n’est pas bénéfique pour la plupart des gens qui ont de la difficulté à boucler leurs fins de mois. C’est essentiel d’avoir une discussion profonde sur l’économie canadienne avec les Canadiens.  

 

Nous croyons qu’il est important et crucial que l’économie – à l’échelle nationale comme internationale – tienne compte des ressources limitées que la planète nous offre. Il faut bien comprendre que ces ressources ne sont pas infinies. 

 

Dans cette logique, on est obligé de viser un ralentissement et une décroissance de notre économie pour mettre l’accent sur le bien-être et le mieux vivre, plutôt que sur une croissance qui bénéficie surtout à un petit groupe de personnes très riches.»  

 

Quelle est la vision économique du Parti vert du Canada?

 

Jonathan Pedneault: «On est une formation politique résolument progressiste. Nous militons depuis longtemps pour la mise en place d’un revenu de base garanti pour s’assurer que tous les Canadiens soient capables de joindre les deux bouts. 

 

Nous croyons à une plus grande redistribution de la richesse. Par exemple, on prône un plafonnement salarial pour les entreprises fédérales, pour que les salaires des dirigeants ne soient pas exorbitants comparativement aux petits salariés.  

 

On est donc un parti qui veut agir face à la crise climatique et cela nécessite des politiques draconiennes sur le plan économique.»

 

Depuis deux ans, l’inflation frappe durement l’économie canadienne. Que proposez-vous afin de combattre l’inflation?

 

Jonathan Pedneault: «Tout d’abord, nous combattons la crise climatique qui est en partie responsable de la hausse de l’inflation.  De plus, les pétrolières en profitent pour s’enrichir sur le dos des contribuables. Les libéraux et le NPD continuent de leur donner des subventions. Nous, au Parti vert, on propose de couper dans ces subventions et de redistribuer cet argent aux travailleurs.  

 

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Également, il est essentiel d’avoir un revenu de base garanti qui va permettre aux Canadiens de tous les horizons de faire face aux pressions inflationnistes auxquelles ils sont confrontés. C’est notre mesure phare afin de combattre l’inflation.»

 

Votre parti va-t-il proposer de nouvelles mesures écologiques contraignantes pour combattre les changements climatiques?

 

Jonathan Pedneault: «Nous voulons plutôt éliminer les subventions de milliards de dollars que le gouvernement Trudeau accorde à l’industrie pétrolière. Il faut mettre fin à tous les projets d’exploration pétrolière. On va commencer par faire cela avant de passer la facture et le fardeau aux citoyens.»

 

Êtes-vous en faveur de la taxe sur le carbone du gouvernement Trudeau?

 

Jonathan Pedneault: «Cette taxe est un moyen de faire comprendre aux consommateurs le coût environnemental de leurs actions. Cependant, ce n’est pas la meilleure mesure à appliquer dans le contexte inflationniste actuel.»

 

Le Parti vert du Canada s’oppose farouchement à l’exploitation des ressources naturelles (pétrole, hydroélectricité, etc.). Sur quelles sources d’énergie le Canada doit-il alors se concentrer?

 

Jonathan Pedneault: «Le Canada a un énorme potentiel géothermique, éolien et solaire. C’est sur ces énergies renouvelables que le pays doit se concentrer.»

 

Quel est le point de vue du PVC sur la loi 21 sur la laïcité de l’État adoptée par le gouvernement de François Legault?

 

Jonathan Pedneault: «Je m’oppose personnellement à cette législation. Par contre, notre parti respecte les champs de compétence du Québec dans ce domaine. C’est un enjeu provincial et l’Assemblée nationale du Québec a le droit de légiférer en ce sens.»