Des politiciens toujours plus déconnectés de la population

Le premier ministre François Legault prononce un discours dans une église, le 4 novembre 2022. Photo: page Facebook officielle de François Legault.

Mardi le 15 novembre 2022, à 13:00

Pour notre chroniqueur Félix Racine, les priorités de la classe politique témoignent d’une déconnexion profonde avec les besoins concrets de la population, et la décroissance économique risque d’empirer la situation. 

 

Dans sa chronique du 11 novembre au Journal de Montréal, Nathalie Elgrably-Lévy suggère que la lutte des classes prophétisée par Karl Marx est désormais une lutte entre le peuple et l’élite. Cette substitution de la dialectique est tout à fait pertinente dans le contexte actuel, que ce soit au Québec ou de façon globale en Occident. 

 

Ainsi, plutôt que d’opposer des forces économiques entre le prolétaire qui vend sa force de travail et le bourgeois détenteur de capital, nous serions plutôt face à une élite usurpatrice qui pense d’abord à ses intérêts et qui brime la souveraineté du peuple. 

 

Ce schème est bien propre à la pensée populiste qui mise sur l’éveil des classes populaires afin de reprendre le contrôle des institutions et leviers démocratiques qu’elle croit avoir perdus. Pourtant, il met forcément le doigt sur un pan essentiel de la réalité. 

 

L’inversion des priorités 

 

Au Québec, les urgences de notre système de santé sont présentement saturées. Même malade, un citoyen ne souhaite pas se retrouver dans les dédales administratifs des hôpitaux, pouvant errer durant un laps interminable de temps. 

 

Pourtant, tout récemment, du côté de l’Assemblée nationale, le débat de société qui semblait le plus pressant était celui entourant le serment prêté au roi britannique Charles III, fraîchement couronné.

 

Tous reconnaissent que les fonctions du roi sont désuètes dans le cadre de la démocratie québécoise, mais le serment semblait pourtant être un outrage inacceptable à la dignité du peuple. QS et le PQ, représentant plus de 30% des suffrages, ont ainsi refusé un tel acte de soumission, quitte à ne pas siéger au parlement. 

 

Même la CAQ s’est mise à mijoter un moyen d’échapper au serment au roi. Pendant ce temps, les hôpitaux sont dans le rouge et nous ne sommes ni en crise sanitaire ni en guerre. 

 

Comment faire confiance au gouvernement de François Legault, ce dernier promettant depuis une vingtaine d’années de remédier aux problèmes de santé? 

 

Le système de santé coûte 1 milliard de dollars par semaine aux contribuables. À ce jour, la marchandise n’a jamais été livrée et elle ne le sera probablement pas. Il faut trouver des solutions innovantes qui sortent du cadre habituel. 

 

L’emprise des enjeux régionaux

 

Et que dire du troisième lien à Québec, occupant l’espace médiatico-politique depuis des années comme s’il s’agissait d’un enjeu existentiel? Fondamentalement, cet enjeu relevant d’une gestion banale des infrastructures aurait dû être réglé depuis longtemps. 

 

Seulement, certains lobbys anti-développement font tout pour mettre des bâtons dans les roues du projet, comme s’il s’agissait d’une attaque frontale contre la planète Terre. 

 

La plupart de nos dirigeants, du palier municipal au fédéral, font tout pour remporter la bataille de la vertu ostentatoire. Certains, à l’instar des maires Valérie Plante et de Bruno Marchand, se distinguent tout particulièrement par leur zèle idéologique. 

 

Cherchant à rayonner sur la sphère internationale en montrant patte verte, ils méprisent les gens ordinaires qui doivent composer avec les aléas de la routine en empruntant l’infrastructure à disposition et qui ont bien souvent besoin de l’automobile. 

 

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Ces dirigeants rendent responsables les gens ordinaires de toute la misère environnementale de la planète. 

 

La qualité de vie des citoyens est appelée à fondre au fur et à mesure que les dirigeants mettront en branle leurs projets vertueux, à l’exemple des nouvelles pistes cyclables. Seuls les bourgeois-bohèmes citadins y trouveront satisfaction.

 

Le prix de l’essence atteint des prix exorbitants, mais François Legault refuse de suspendre les taxes. De plus, alors qu’il pourfendait Québec solidaire et leurs fameuses taxes orange, la CAQ préparait sournoisement le même genre de politique à l’endroit des automobilistes. 

 

Tous les partis politiques à l’Assemblée nationale sont sur la même longueur d’onde afin d’atteindre leurs objectifs environnementaux. 

 

Une vie plus compliquée

 

Réglementer davantage, taxer le citoyen moyen et rendre la vie plus compliquée, alors que les Québécois sont déjà parmi les plus taxés en Amérique du Nord. 

 

Ce faisant, les partis pourront se vanter d’avoir contribué à la lutte aux changements climatiques pendant que les superpuissances comme la Chine industrielle poursuivront leur croissance tout en générant un niveau élevé de pollution qui réduit à néant l’effort collectif. 

 

Seul l’Occident entamera une décroissance volontaire, en raison de sa perte de sens, mais aussi de la démesure des élites égarées. 

 

Malgré lui, François Legault est paradoxalement l’incarnation typique de ce modèle de décroissance. Probablement n’en est-il même pas conscient. En effet, en cherchant à électrifier tous azimuts les structures de la société québécoise, il met à risque le bon fonctionnement de notre société. 

 

Si tout dépend de l’électricité et que l’offre décline comme le montrent les prédictions, ce sera encore une fois le peuple qui devra se serrer la ceinture et réduire son niveau de vie. 

 

Même la construction de barrages hydroélectriques n’est plus sujette à un fort consensus, le PLQ de l’ex-chef Dominique Anglade et la PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, s’y opposant frontalement. 

 

Pensez-vous vraiment que le niveau de vie de l’élite diminuera si la décroissance se réalise dans un avenir rapproché? Poser la question, c’est y répondre.