L’arrivée de plateformes comme ChatGPT inquiète autant que fascine. Pour le journaliste et intellectuel Benjamin Boivin, il faut continuer à vivre de la manière la plus «incarnée» possible pour contrer l’isolement social amplifié par ces innovations.
Le lancement récent de la plateforme ChatGPT a créé une onde de chocs, en particulier dans le milieu de l’éducation.
Ils sont nombreux parmi les enseignants à craindre la multiplication des cas de plagiat à l’aide de ces nouveaux outils, dont le grand public ignore encore presque tout du fonctionnement.
Une révolution technologique
ChatGPT est une application développée par l’entreprise OpenAI qui se présente comme un interlocuteur à qui l’on s’adresse grâce à un service de messagerie.
Les réponses fournies par le «robot conversationnel» à des questions simples ou complexes sont étonnantes. Les questions peuvent toucher tous les domaines du savoir et les réponses, elles, peuvent rivaliser avec celles des meilleurs spécialistes.
Non seulement ces plateformes permettent déjà aux étudiants d’obtenir des réponses faciles aux questions posées par leurs enseignants – surtout dans le cadre de travaux ou d’examens à la maison –, mais elles révolutionnent le mode d’apprentissage. La mémoire n’est plus appelée à être sollicitée de la même façon, entre autres changements majeurs.
Manque de transparence
Journaliste au magazine Le Verbe, Benjamin Boivin estime que cette technologie risque de «changer le monde de manière significative», et donc pas seulement le milieu de l’éducation.
Il s’inquiète du manque de transparence des entreprises développant ces technologies et de l’avènement d’un «rapport désincarné aux relations sociales», autrement dit d’un monde où les gens sont appelés à se côtoyer de moins en moins dans la réalité.
«Il y a une certaine continuation d’un rapport de plus en plus désincarné au travail, aux loisirs et à la manière de socialiser. […] On vit de plus en plus virtuellement. On magasine en ligne, on s’informe en ligne, on socialise en ligne. Bien sûr, la pandémie a été un accélérateur d’un phénomène qui était déjà bien en place», analyse notre interlocuteur.
Vers le transhumanisme
Les plateformes comme ChatGPT poursuivent ainsi la transformation de la société au profit des géants technologiques et de leur vision du monde. Car si l’intelligence artificielle affiche une certaine neutralité dans sa manière de répondre aux demandes des humains, elle ne peut que refléter une certaine idéologie ouvrant la porte au transhumanisme.
«Il y a un contraste saisissant entre ce que les gens font concrètement de leur vie et ce qu’ils ont l’impression de pouvoir accomplir à travers la machine. […] La révolution numérique crée un isolement social qu’il ne faut pas minimiser», avertit l’intellectuel.
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L’avancée de l’intelligence artificielle risque fortement d’accélérer la robotisation. D’autres dizaines de milliers de personnes perdront leur gagne-pain, tandis que d’autres emplois seront créés.
Un peu partout dans le monde, dans les magasins à grande surface, des caissiers sont déjà remplacés tous les mois par des bornes de paiement automatique.
Un monstre incontrôlable?
Mais dans quel univers sommes-nous exactement projetés? Dur à dire à ce stade. «Les experts avertissent que le destin de ces technologies est incontrôlable», souligne le journaliste Cade Metz dans un article au New York Times, le 11 décembre dernier. «Les nouveaux robots conversationnels ne disent pas toujours la vérité», ajoute-t-il.
Benjamin Boivin partage les craintes de ces experts. Même les meilleurs chercheurs impliqués dans le développement de l’intelligence artificielle ne peuvent prévoir toutes les transformations à venir découlant de son utilisation. Impossible de déterminer la trajectoire exacte de ces innovations capables de bouleverser la vie humaine.
«Mépris de la chair»
«La grande question qui demeure, c’est de savoir pourquoi on souhaite vivre de manière plus isolée, plus individuelle et plus sédentaire. C’est un problème social qui dépasse les impacts de la pandémie et des décisions politiques qui ont été prises durant cette période. La tendance générale de notre société est au mépris de la chair», tranche-t-il.
Faut-il interdire, ou plutôt, encadrer sévèrement l’intelligence artificielle? Pas forcément, dit Benjamin Boivin, qui invite plutôt, du moins pour le moment, à «faire usage du sens commun» et à vivre de la manière la plus «incarnée» possible.











