Les valeurs profondes des Hurons-Wendat

Série de textes

Une carte postale présentant un Huron-Wendat à Wendake, le 1er septembre 1912. Domaine public.

Samedi le 27 août 2022, à 14:45

L’auteur et historien Marc Simard poursuit sa réflexion sur son «indianité» en se penchant sur les valeurs de la nation à laquelle il est lié.


Vers 1900, on peut donc affirmer, comme le faisait le sociologue Léon Gérin, que les Hurons-Wendat sont devenus des Canadiens français. 

Mais cette vision est un peu courte, et il faut avoir connu les Hurons-Wendat de la deuxième moitié du XXe siècle pour comprendre que malgré une assimilation visible et audible, ils ont conservé une identité propre et des valeurs qui les distinguent des autres habitants non autochtones du Québec.

Tout d’abord, les Hurons-Wendat, surtout évidemment ceux qui habitent encore au Village (selon le géographe Christian Morissonneau, le nombre d’Indiens habitant dans la réserve en 1966 se chiffrait à 501 contre 471 qui vivaient hors réserve) ont toujours conservé une conscience nette de leur indianité. 

N’oublions pas que les femmes qui avaient épousé un Blanc avaient été dépossédées de leur statut (recouvré en 1985), ce qui ne signifie pas pour autant qu’elles avaient perdu leur sentiment d’appartenance (ce qu’illustre le parcours de ma mère, Marthe Picard, dite Titite).


Fiers de leur différence


Malgré les brimades dont ils étaient souvent l’objet de la part de certains individus racistes et malgré le statut d’infériorité qui leur était accolé (nous y reviendrons), tous les Hurons-Wendat que j’ai rencontrés se disaient fiers de leur condition d’Autochtones. 

Et cette fierté n’était pas entachée par leur statut de pupilles de l’État canadien. Leur différence, ils la revendiquaient.

Et la plupart aimaient beaucoup narrer la vie de leurs parents et amis hurons-wendat dans sa dimension traditionnelle (ou ce qu’ils estimaient être cette tradition, celle de la Huronie ayant été oubliée), soit leurs exploits de chasseurs et de pêcheurs et le travail de trappeurs ou de guides que certains avaient effectué, comme je le raconte dans «Pêche, moustiques et chiottes», premier chapitre de L’Appel du voyage et le chant des Muses.

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L’amour de la chasse et de la pêche est d’ailleurs très fort dans toutes les nations autochtones, même à Wendake, pourtant enclavée dans le territoire urbain de Québec.

 Le Moose Break et le Goose Break n’y existent pas comme dans le Nord, mais la saison de la chasse au gros gibier y est très courue et constitue une sorte de rituel immémorial qui perdure.

Sentiment d’injustice 


Un de leurs traits les plus frappants était le ressentiment qui les habitait à cause du traitement méprisant qui leur était infligé par les Blancs et par les autorités: pour eux, le quolibet de «sauvage» était particulièrement humiliant. L’équivalent du «mot en N» pour les Noirs?

Sans compter la conscience très nette des injustices qu’ils avaient vécues à cause des vexations historiques qu’ils avaient subies, depuis leur expulsion de L’Ancienne-Lorette en passant par la spoliation des territoires qu’on leur avait attribués (les Quarante-Arpents et Rocmont), la création du parc des Laurentides et les promesses non tenues par les autorités (la seigneurie des Jésuites). 

Par contre, l’affaire des pensionnats n’a pas laissé beaucoup de traces chez eux, les jeunes Hurons-Wendats, déjà francisés et christianisés, étant scolarisés à l’école du Village jusqu’à la quatrième année puis à la sixième année du primaire, et, pour ceux qui poursuivaient leurs études, dans des écoles secondaires voisines, où ils subissaient malheureusement le traitement généralement accordé aux minorités.

Cette revendication de leur statut d’Autochtone s’accompagne d’une fin de non-recevoir, plus ou moins radicale selon les individus et le lieu où ils habitent (dans ou hors réserve), à l’endroit de toute forme de taxation (taxes de vente et immobilières et impôts). 

Pour eux, l’exemption de taxes se justifie par deux éléments: primo, le fait que les taxes n’existaient pas en Amérique avant l’arrivée des Européens; secundo, la vision des taxes comme une forme de sujétion inacceptable des nations autochtones, qui auraient déjà payé leur dû en étant privées de leurs territoires ancestraux.


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Cette exemption a d’ailleurs été reconnue par le Parlement canadien dans la Loi sur les Indiens de 1876, dans les limites de la réserve toutefois.

Le refus de certains Wendats de payer les taxes de vente hors réserve a été et est encore une source de friction avec les commerçants non autochtones. Elle est aussi une importante source d’animosité entre eux et les Blancs (nous y reviendrons dans le cadre de cette série de textes).

Il y a soixante ans, l’adhésion des Hurons-Wendat au catholicisme romain et la participation à ses cérémonies religieuses y étaient probablement aussi fortes, sinon plus, que dans la population francophone. 

Entre animisme et christianisme 


Il est certain que cette ferveur a diminué à l’heure actuelle, mais en contrepartie, l’animisme autochtone (Terre-Mère; sauge; fétiches; danses) y a repris de la vigueur, même si on peut trouver ces cérémonies un peu folkloriques et penser que cette fusion entre catholicisme et panthéisme est indigeste. 

Pour un athée comme moi (voir «Religion et spiritualité» dans Entre les lignes, p, 65-89), ce galimatias est un peu difficile à avaler et c’est la raison principale pour laquelle j’évite leurs cérémonies.

Comme dans toutes les nations autochtones, l’attachement au territoire historique et au territoire imaginé est immense et inconditionnel. 

Certains lieux sont même considérés comme sacrés et inviolables (rappelons-nous la crise d’Oka). 

Dans le cas des Hurons-Wendat, les revendications territoriales sont d’autant plus douloureuses et complexes qu’ils ont été chassés, en 1650, de la Huronie. 

Ils ont donc créé, pour les justifier, le concept de Nionwentsïo («magnifique territoire»), qui correspond «au territoire historique principalement fréquenté par la Nation huronne-wendat au cours des siècles suivant le contact avec les peuples européens». À suivre.