10 à 17 ans: pourquoi le Québec est-il le champion du TDAH?

Photo: Brandon Bell pour l’AFP.

Mardi le 23 août 2022, à 16:00

Pour la psychoéducatrice Sarah-Ursula Therrien, l’intolérance grandissante envers nos jeunes et le besoin de faire rentrer tous les profils dans des cases expliquent entre autres la proportion plus élevée de jeunes déclarés TDAH au Québec. 


Selon les chiffres les plus récents de l’Institut national d'excellence en santé et services sociaux (INESSS), on estime que 15% des 10 à 17 ans sont médicamentés pour le TDAH au Québec. 

Pourtant, les résultats d’une revue systématique de 102 études indiquent que la prévalence mondiale du TDAH est estimée entre 5% et 7%. Ce sont d’ailleurs ces mêmes chiffres qui sont actuellement observés pour le reste du Canada. 

Comment pouvons-nous expliquer cet écart entre les données du Québec et celles du reste du monde?

Des pratiques différentes selon les professionnels 


Tout d’abord, il faut souligner qu’il n’y a présentement aucune uniformité dans les procédures lorsqu’il s’agit d’évaluer un enfant pour le TDAH et de poser son diagnostic officiel. 

Les neuropsychologues sont les professionnels désignés pour l’évaluation d’un trouble neurodéveloppemental. Ils consacrent de nombreuses heures à l’évaluation de leurs patients en plus de leur faire passer des tests standardisés. 

Malheureusement, depuis déjà quelques années, leurs services sont de moins en moins accessibles. Une majorité d’entre eux ont des listes d’attentes fermées, ou alors les délais de prise en charge peuvent prendre entre un et deux ans. 

Dans ce contexte difficile, bon nombre de familles décident de se diriger vers des professionnels alternatifs, que ce soient des psychologues ou tout simplement leur médecin de famille. 

Soyons clairs: un médecin de famille consacrera beaucoup moins de temps qu'un neuropsychologue à réaliser l’évaluation d’un enfant, la plupart des médecins étant déjà débordés par l’ampleur d’une tâche qui ne cesse de l’alourdir. 

Certains parents se tourneront alors vers les évaluations psychoéducatives, actes réservés des psychoéducateurs, lesquels permettent de poser des hypothèses cliniques, telles que la présence d’un TDAH chez un enfant ou un adolescent. 

Avec ce document professionnel en main, certains médecins se sentent ensuite plus à l’aise avec la possibilité de confirmer ou d’infirmer l’hypothèse préalablement discutée.


Une intolérance grandissante


Un second enjeu non négligeable est représenté par l’intolérance qui ne cesse de grandir envers nos jeunes dans une société québécoise plus meurtrie que jamais, après plus de deux années marquées par la pandémie de Covid-19. 

Comme psychoéducatrice, c’est probablement ce qui m’a le plus inquiétée dans le cadre de ma pratique ces dernières années. 

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Dans les milieux scolaires, que ce soit au primaire ou au secondaire, mais également dans certains milieux familiaux, on observe cette perte de tolérance face à la diversité des profils chez les enfants. Celle-ci se solde par une forte tendance à vouloir coller rapidement les étiquettes «pathologies» et «problématiques» devant tout comportement sortant du cadre habituel. 

A-t-on le droit de se questionner sur les attentes irréalistes que des adultes entretiennent envers nos jeunes? 

Il va sans dire que la pénurie de personnel dans les établissements scolaires contribue à l’épuisement des travailleurs en poste et à mettre leur patience à l’épreuve. 

Le système scolaire à trois vitesses a lui aussi pour effet d’augmenter la concentration d’élèves en difficultés d’apprentissages et/ou d’adaptation dans les classes régulières des écoles publiques. Malgré tout, ce sont nos jeunes qui en subissent les conséquences sur une base quotidienne. 

Des erreurs de diagnostic à la hausse


Au plus fort de la pandémie et des mesures sanitaires associées, tandis que les écoles étaient fermées et les contacts sociaux interdits, on estimait que plus d’un jeune sur deux présentait des symptômes anxieux et dépressifs. 

La présence d’un niveau de stress élevé était également observée chez une majorité d’enfants et d’adolescents. 

Souvent trop prise à la légère, la présence d’une sur-réaction à un stress toxique peut entraîner plusieurs symptômes qui s’apparentent à ceux du TDAH. Il est donc possible qu’un jeune n'ayant pas les capacités nécessaires pour faire face au stress dû au milieu développe des comportements qui inquiètent son entourage. 

À titre d’exemple, des difficultés à rester attentif ou concentré, la présence d’une agitation motrice importante, des comportements impulsifs, de l’opposition passive ou active, ainsi que de la difficulté dans la gestion des émotions. 

Ces comportements ont habituellement pour effet de déranger en classe et de poser problème pour les enseignants. 

Il est ainsi devenu normal de suggérer aux familles une rencontre rapide avec un professionnel lorsque des «débordements» se produisent. 

On laisse alors sous-entendre à plusieurs parents que leur enfant présente des traits typiques chez les personnes qui ont un TDAH et que l’utilisation de la médication devrait aider l’enfant à «mieux fonctionner en classe». 


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Lorsque nous avons la confirmation qu’un enfant a bel et bien un trouble neurodéveloppemental comme le TDAH, une médication de type psychostimulant peut en effet avoir un effet bénéfique, mais dans certains cas seulement. 

Il reste inadéquat de donner une telle médication à un enfant qui réagit à des facteurs environnementaux externes à sa personne. 

Par ailleurs, n’oublions pas que la médication n’est pas une solution miracle. Les jeunes ayant des besoins particuliers sur le plan de la santé mentale, ou liés à la neurodiversité, doivent d’abord et avant tout bénéficier d’une aide professionnelle pour développer leurs capacités adaptatives. 

Les adultes autour d’eux peuvent également les soutenir en agissant sur la cause des difficultés, en travaillant sur leur sentiment de sécurité et dans la mesure du possible, en adaptant leur environnement à leurs besoins.

Comme adultes, si nous avons trouvé difficile de nous adapter aux défis posés par la gestion de la pandémie, imaginez un peu comment nos jeunes en ont souffert. N’oublions pas de rester indulgents!